main tenant

19 avril 2018

POÉTIQUE : REMARQUES, de Jacques Roubaud - avril 2018

« Ce volume rassemble un demi-siècle de réflexions dans une forme particulière de prose que j’appelle remarques. », écrit Jacques Roubaud. Il ajoute qu’il se compose de 15 sections de 317 remarques chacune. Je pensais d’abord citer quelques remarques chaque mois de l’année 2017, mais j’ai choisi de les présenter par section ; il y en a 15, cela dépasse l’année. Ou bien, nous dirons qu’une année Roubaud vaut plus que douze mois. Vous trouverez, dans chacun des trois mois suivants (février, mars, avril), quelques-unes des remarques de Jacques Roubaud dans ce blog, précédées du numéro qu’elles ont dans le livre. Vous lirez ici des Remarques de la quinzième, et dernière, section du livre, la section O.

babelg

4483. Selon Jean L’hour, « Le narrateur de Gn 11 suppose une unicité de langue dans le monde. Il lie cette situation au projet unificateur d’une ville et d’une tour universelle pour assurer la non-dispersion de l’humanité et il y voit une entreprise illusoire et dangereuse. D’où son intervention pour brouiller les langues. Le contre-projet divin n’est pas une punition pour un quelconque péché d’hubris, mais une volonté d’amener les humains à accepter le fait de leur diversité, seule condition pour réaliser leur "humanisation" progressive à travers l’altérité et le dialogue. En d’autres termes, face à un projet tentant (encore aujourd’hui : le rêve d’un gouvernement universel, le Big Brother de George Orwell, 1984), le projet divin selon l’écrivain de Gn 11 fait le choix de la dispersion, de l’altérité, du voyage au risque de l’errance, en quête du dialogue, thème déjà présents en Gn 2-4. » Les babéliens disaient tous la même chose.

4499. Le hasard, qu’est-ce ? Simplement la trace, dans notre esprit qui l’éprouve, d’un changement de « monde possible ».

4510. Baudelaire, dans Le spleen de Paris, par ses « petits poèmes en prose » s’oppose à la fois à Chateaubriand et à son « grand poème en prose » « Le génie du christianisme », et à Flaubert revendiquant pour la prose de roman la faculté de se substituer à la poésie. Il leur adresse ses « merveilleux nuages » avec le message suivant : « essayez un peu, pour voir ».

4552. Une conception très originale (par rapport à l’idée antique, par exemple) de la poésie est apparue, à la fin du onzième siècle, dans le chant troubadouresque, qui n’a pas cessé de produire depuis, de siècle en siècle, ses effets : La poésie est le lieu privilégié où se disent ensemble l’amour des êtres (Amors) et l’amour de la langue. Il ne faut pas penser l’amour seul, la poésie seule, ni même le chant qui les unit ; mais en un unique syntagme l’amour la poésie

4559. Il n’y a pas de partisan plus exalté de la liberté qu’un propriétaire d’esclaves.

4593. trident : un monde possible, plein, en 13 syllabes.
4600. Trident : aura-t-il été mon unique création d'une vraie forme, oulipienne, mais pas seulement.

4597. Convulsive, la Beauté ? Fatras prétentieux de surréaliste.

4636. Ma mémoire me nomme.

4714. Ce que j’ai oublié, l’ai-je su ?

 

Pour retrouver des Remarques extraites des autres sections, suivre les liens ci-dessous :

Section A - Section B - Section C - Section D - Section E - Section F - Section G - Section H - Section I - Section J - Section K - Section L - Section L (suite) - Section M - Section N - Section O

Posté par onarretetout à 07:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


18 avril 2018

Black Dolls, la collection Deborah Neff, à la Maison rouge (Paris)

DSCN6955

La collection de ces poupées soulève de nombreuses questions qui méritent sans doute qu'on s'y attarde. Avant d'être porteuses de revendications sociales, elles ont peut-être été simplement signe de la relation à la mère, d'autant plus que certains enfants en étaient séparés dans le contexte de l'esclavage. Relation à la mère, mais aussi projection de soi. Ainsi on voit sur des photos des enfants noirs portant une poupée blanche (et je me souviens de James Bladwin racontant qu'il n'a découvert qu'à près de 8 ans qu'il n'était pas blanc).  Mais l'exposition montre des relations plus complexes : des poupées sont fabriquées avec deux têtes, l'une noire, l'autre blanche, la tête apparaissant étant celle qui n'est pas cachée par le tissu des vêtements que l'on peut retourner. Les auteures sont anonymes, mais ces créations révèlent une nécessité dont il faut sans doute encore explorer les conditions de réalisation.

Une phrase s'impose au-dessus de la porte que nous franchissons en sortant de la grande salle : "Mères, donnez à vos enfants des poupées qui leur ressemblent, pour qu'elles jouent avec et les câlinent, afin qu'elles apprennent à aimer, lorsqu'elles grandiront, leurs propres enfants." (Marcus Garvey - 1887-1940)

DSCN6956

DSCN6962

DSCN6965

DSCN6967

DSCN6971

DSCN6974

 

L'exposition est visible en ce lieu jusqu'au 20 mai 2018

Posté par onarretetout à 08:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

17 avril 2018

Ceija Stojka, une artiste rom dans le siècle - à la Maison rouge (Paris)

mlnw5zyhyp0vvbcsnkqu

Ceija Stojka est née en 1933. À 10 ans elle est déportée avec sa mère et ses frères et soeurs à Auschwitz-Birkenau, puis Ravenbrück puis Bergen-Belsen. Quarante ans plus tard, elle éprouve le besoin de laisser un témoignage : écrits, dessins et peinture vont se succéder et s'accumuler jusqu'à ce qu'une documentariste autrichienne, Karin Berger, la rencontre et l'aide à restranscrire ses manuscrits et lui consacre deux documentaires. La Maison rouge expose environ 150 dessins et peintures, presque toujours accompagnés de textes, représentant la vie d'avant, les sensations épouvantables des trois camps de concentrations (le froid, les morts, les odeurs obsédantes, les barbelés), le retour à la vie. Des tournesols, "la fleur du Rom", des corbeaux messagers entre les morts et les vivants, imposent leur présence.

DSCN6943

DSCN6947

DSCN6942 fullsizeoutput_3115

DSCN6949

DSCN6950

Ceija Stojka, morte en 2013, écrivait : "Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n'ouvre pas ses portes et fenêtres, s'il ne construit pas la paix - une paix véritable - de sorte que mes arrière-petits-enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d'expliquer pourquoi j'ai survécu à Auschwitz, Bergen-Belsen et Ravensbrück."

L'exposition s'achève le 20 mai 2018.

Posté par onarretetout à 07:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

16 avril 2018

Lionel Sabatté à la Maison rouge, à Paris

DSCN6953

Le titre, c'est Demeure. Faut-il y voir un lien avec la fermeture annoncée de la Maison rouge ? Une demande adressée au fondateur de ce lieu original dans la vie artistique parisienne ? Ou simplement un nom commun, désignant une maison. Lionel Sabatté installe sa construction dans le cube de verre au coeur du bâtiment. Étrange végétation poussant le long de fers à béton, ressemblant à des visages superposés, exprimant, me semble-t-il, toutes celles et tous ceux qui se succèdent dans un immeuble, une maison, une forêt. Car il y a de la forêt dans ces piliers dressés vers le ciel, poussant parfois de manière oblique, soit ruine d'un temps révolu, soit chantier en cours où prendre place.

DSCN6939

DSCN6941

DSCN6951 DSCN6952

DSCN6940

Posté par onarretetout à 07:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

15 avril 2018

Aliz'art exposait au 148, à Alfortville (94)

fullsizeoutput_30f4

Les aquarellistes d'Aliz'art proposent chaque année une exposition. Et, chaque fois, c'est une approche particulière et partagée qu'ils nous offrent. Il y a quelques années, c'était autour du haïku ; cette année, ils se sont donné pour règle de n'utiliser que deux couleurs, le jaune et le bleu. Tout un mur de la salle d'exposition était réservé aux réalisations répondant à cette règle. D'autres oeuvres, sur les autres murs, pouvaient y déroger. Ce qui permettait à la fois de montrer la diversité au sein du groupe et son projet collectif.

DSCN6930 fullsizeoutput_30f9

DSCN6928 fullsizeoutput_30f8

DSCN6932 DSCN6934

fullsizeoutput_30f6

 

Oeuvres de Marie Arriaran, Sigolène Jolly,
Martine Maillet, Claire Roure,
Mireille Caretti, Abraham Mimouni,
et Chrismali
(que les autres me pardonnent de ne pas les citer :
mes photos ne sont malheureusement pas toutes présentables)
L'exposition s'est terminée le 12 avril 2018.

Posté par onarretetout à 07:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


14 avril 2018

En avril

150711_ayi

Avril a cinq lettres différentes. Et nous sommes, ce week-end, au milieu du mois. La lettre au milieu du mot avril est le R. Trouvez des mots contenant cinq lettres, toutes différentes, dont la lettre centrale sera un R.
Exemples : caRpe, muRet, abRis, ouRse, poRte, paRue, PaRis, foRme...

Quand vous avez trouvé quelques mots, composez avec au moins trois d’entre eux une phrase commençant par « En avril ». Et recommencez deux autres fois. Ça fera trois phrases. De quoi allonger la liste des proverbes et dictons concernant ce mois du début de printemps.

Exemples :
En avril, l’ourse guette la forme d’une carpe dans les mares.
En avril, tu tords la vertu et vires aux zéros.
En avril, servi aux abris, Vous aurez la force.

C’est à vous main tenant. Postez vos trois phrases dans les commentaires ci-dessous. Merci

Posté par onarretetout à 07:35 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

13 avril 2018

L'amour est très surestimé, de Brigitte Giraud

l-amour-est-tres-surestime-9782290006740_0

Brigitte Giraud écrit presque toujours à la première personne. La narratrice, l’auteure, est-ce la même ? Et qu’importe au fond ? C’est peut-être moi, lecteur. Car le « je » que je lis ne se dissocie pas facilement de moi. Et quand il se dissocie, il fait de moi un « tu » à qui est adressé le texte. Ainsi les nouvelles de ce livre, L’amour est très surestimé, tantôt semblent évoquer des situations que j’ai vécues, tantôt me font destinataire du récit. Difficile face à face au matin quand la relation amoureuse a perdu de sa réciprocité, les objets qu’on n’emporte pas au moment de la séparation, le départ de l’un des parents, et le deuil, ce qu’on appelle deuil ; l’absent « m’habite désormais sans me faire sombrer. Je le porte comme un enfant ». 

Vous trouverez dans ce blog la présentation d'autres livres de Brigitte Giraud :
Une année étrangère
Pas d'inquiétude
Avoir un corps
Nous serons des héros
Un loup pour l'homme et aussi ici

UnLoupPourLhomme_Affiche

Brigitte Giraud est accueillie, ce vendredi 13 avril, à 19h, à la Librairie L'Établi, à Alfortville (94)

Posté par onarretetout à 08:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

12 avril 2018

Rue du monde, la poésie

À l'occasion du Printemps des poètes, l'éditeur RUE DU MONDE a publié cette année une anthologie sous forme de réponses de poètes vivants à des questions posées par des enfants. C'est Pfff ! ça sert à quoi la poésie ?

le-poeme-nous-met-au-monde-1520009210

Mais c'est un ouvrage plus ancien que j'ai retrouvé chez moi : Le petit Oulipo. Des poèmes, des jeux de mots, des animaux ou plutôt des ani-mots, des contraintes, des règles du jeu, car il s'agit de jouer, donc c'est sérieux, un peu. Il y a les dessins de Lucile Placin. Et des textes écrits par Michèle Audin, Marcel Benabou, Frédéric Forte, Paul Fournel, Michelle Grangaud, Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Daniel Levin Becker, Harry Mathews, Georges Perec, Raymond Queneau, Jacques Roubaud et Olivier Salon, de drôles de zèbres.

51MeSKIcYqL

Posté par onarretetout à 07:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 avril 2018

Les enfants du Temps qui Vient, de Gaia Guasti

CVT_Les-enfants-du-temps-qui-vient_5614

« L’Ancienne est partie ». Et la Jeune est la dernière à être née dans le clan. Est-ce le climat ? Est-ce autre chose ? Il n’y a plus de naissances et le clan quitte sa montagne enneigée. Mais le Vieux et le Vaillant craignent les Nouveaux dont on ne connaît pas grand-chose, sinon qu’ils sont bruyants, sinon qu’ils ont des mains rouges, sinon qu’ils sont proches. L’esprit de l’Ancienne, sa voix qui berçait les enfants du temps qu’elle était encore vivante, va inviter la Jeune à voir de ses propres yeux ce que les autres ne veulent pas voir. Et elle rencontrera un Nouveau qui lui fera découvrir d’autres savoirs, d’autres désirs. « Rien de ce qui a été ne saurait te combler », dira la voix de l’Ancienne. Cela se passe dans des temps très anciens, quand des mains traçaient des dessins d’animaux dans les grottes, ouvrant dans le ventre secret des montagnes l’avenir.

Et, dans le dernier chapitre, les verbes sont écrits au futur. 

Posté par onarretetout à 08:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

10 avril 2018

Le cheval qui galopait sous la terre, de Dedieu

9791035200718

Une histoire d’amitié dont le début m’a fait penser à Montedidio d’Erri de Luca. Sans doute parce que l’enfant, Petit Jean, commence à travailler à 13 ans. Oui des enfants ont travaillé en Europe à partir de 13 ans et c’était normal pour l’enfant que nous suivons dans le livre d’Erri de Luca. Oui, des enfants ont travaillé dans la mine, en France, à 13 ans, et ce n’est pas si ancien. À 13 ans, beaucoup d’enfants ont travaillé dans des usines, en France, et sans doute les patrons trouvaient cela normal. Comme il était normal de faire travailler dans la mine, sans que jamais ils en sortent, des chevaux pour tirer les wagonnets sous la terre. Aujourd’hui, en France, il ne faudrait pas l’oublier. Ça semblait normal alors que la vie normale d’un cheval est plutôt de courir dans l’herbe ou de brouter. Ça semblait normal et l’enfant, Petit Jean, éprouve même un sentiment mêlé de fierté et de peur. Il comprend le cheval et ne veut plus le quitter. Mais, pour cela, il faudra déroger aux règles établies. Et ne pas accepter qu’un chef, aux ordres des cols blancs dans les bureaux, leur crie : » Assez joué ! » Eh bien non, l’enfant et le cheval n’ont pas assez joué.

De l'auteur, Dedieu, un autre livre a été présenté, dans ce blog, ici.

Les Éditions Thierry Magnier précisent, à propos de la Collection Petite Poche : 
Pour les lecteurs débutants (petits ou grands) et ceux qui ont envie 
d’histoires courtes, une collection aux couvertures graphiques, élégantes et gaies.
À l’intérieur, la mise en page prend en compte le rythme de lecture, les mots
restent toujours entiers et les groupes de sens sont respectés. Une collection
pensée pour permettre à tous les lecteurs de savourer ces courts romans.

Posté par onarretetout à 08:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :