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20 février 2019

Regarder, de Serge Mestre

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La vie brève de Gerta Pohorylle a laissé derrière elle des feux encore allumés. Serge Mestre raconte, dans une langue souvent riche, dont il assume de temps et temps la narration à la première personne, ses combats, ses désirs, ses convictions. De 1933 à 1937, quatre ans seulement, quitter l’Allemagne qui chasse les juifs, arriver à Paris, rencontrer celles et ceux que les nazis traquent jusqu’en Italie, aimer sans vouloir n’être que la femme d’un seul homme et garder parallèles des vies qui se sont un peu éloignées. Aimer et vouloir vivre intensément. Lutter. Apprendre la photographie : la mise au point, la prise de vue, le développement, le tirage. Choisir les pseudonymes de Robert Capa et Gerda Taro, couple qui ira en Espagne pour alerter les pays européens, trop timorés face au sort fait aux républicains espagnols par les franquistes soutenus, eux, par les nazis. Vouloir photographier une victoire quand elle voit surtout des morts. Et puis mourir elle-même à 27 ans sous la chenille d’un char républicain, son appareil enterré dans la terre du champ de bataille. Serge Mestre rend à la fois hommage aux combattants espagnols que son héroïne a soutenus jusqu’à en mourir et à cette jeune femme revendiquant sa place dans l’amour et dans la société. Et qu’on appose sa signature de photographe de guerre et non celle de Capa quand ce n’est pas lui l’auteur. Croiser dans ce livre André Kertész, Henri Cartier-Bresson, Louis Aragon, José Bergamin, Stephan Zweig, Abel Gance, Rafael Alberti, St Exupéry, et d’autres. Et voir, grâce aux mots de l’auteur, les photos, au moment même où elles s’impriment sur la pellicule, clic, ziiip.

Sans doute, Serge Mestre, enfant de républicains espagnols, aura fabriqué ce titre avec les lettres du prénom que s'était choisi la photographe (G, E, R, D, A) pour qui regarder était déjà témoigner, c'était agir au plus près.

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19 février 2019

Les ronces, de Cécile Coulon

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Cécile Coulon publie Les ronces fin 2018 chez Le castor astral. Ce recueil a obtenu le prix Apollinaire, cent ans après la mort du poète. Faut-il chercher un lien entre Cécile Coulon et Apollinaire ? L’une est attachée à son Massif central, l’autre est bien parisien. L’une choisit la forme poétique (des lignes qui ne vont pas jusqu’au bord de la page, des répétitions, marquant ainsi des rythmes) pour raconter des souvenirs, pour exprimer sa mélancolie, pour évoquer la nature. L’autre a choisi de bousculer la poésie au tournant du siècle précédent. 

Mais il ne faut pas pousser la comparaison. Cécile Coulon n’est pas née au XIXe siècle. Elle a choisi de publier ses textes d’abord sur Facebook, pour voir ce que ça fait, la poésie, sur un « réseau social ». Puis, ses poèmes ont été publiés dans un livre. À leur lecture, je me demande si la poésie peut ainsi n’être que narrative (« avoir un début, un milieu et une fin », dit Cécile Coulon) et si la poésie peut aussi n’être que nostalgique : la maison à vendre, l’amour perdu, la grand-mère qu’on n’a pas connue… Et je suis partagé entre le plaisir et l’ennui.

Et je lis ces autres mots, une pensée parmi les ronces, qu'écrivit Amin Khan en novembre 2016, dans le numéro 2 de la revue Apulée.

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18 février 2019

La plus précieuse des marchandises, de Jean-Claude Grumberg

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Le train de marchandises traverse la forêt. Dans la forêt, pauvre bûcheronne ramasse ce qu’elle peut de petit bois pour le feu. C’est l’hiver. Pauvre bûcheron, lui, est enrôlé par ceux qui sont venus, ont construit la ligne de chemin de fer. Du train tombent des papiers que pauvre bûcheronne ne sait pas lire. Et un jour, miracle, un paquet tombe du train dans la neige. C’est un enfant, une petite fille. Elle a faim. Pauvre bûcheronne va se battre pour la nourrir et la protéger de ceux qui chassent les « sans-coeur ». Y compris son mari. Mais les sans-coeur ont un coeur et rien n’est plus pareil. La mort est partout dans ce conte. L’amour est juste à ce point-là, dans les bras de cette pauvre bûcheronne, recevant cette enfant qu’une main inconnue a réussi à extraire du train. Est-ce un don des dieux ? On finit par en douter. Elle, enfin, fait preuve d’humanité. 

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17 février 2019

Apulée n°2 - février 2019

Cette revue annuelle de littérature et de réflexion initiée par Hubert Haddad s’engage à parler du monde d’une manière décentrée, nomade, investigatrice, loin d’un point de vue étroitement hexagonal, avec pour premier espace d’enjeu l’Afrique et la Méditerranée.

C’est autour du nom prestigieux d’Apulée – auteur berbère d’expression latine qui, avec l’Âne d’or ou les Métamorphoses, ouvrit au IIe siècle une extraordinaire brèche de liberté aux littératures de l’imaginaire – que se retrouvent ici écrivains et artistes venus d’horizons divers. Romanciers, nouvellistes, plasticiens, penseurs et poètes des cinq continents ont la part belle pour dire et illustrer cette idée de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.

C’est avec le numéro 2 de cette revue, paru en 2017, que nous aurons, cette année, notre rendez-vous mensuel.

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Vassílis Vassilikós
En pleine nuit…

En pleine nuit de la Sécurité
on arrête le maçon.
Il a écrit, dit-on, des slogans sur les murs

Avec une pince, on lui a arraché les ongles
un à un, comme on effeuille pétale après pétale
la marguerite : « Tu m’aimes ? Tu ne m’aimes pas ? »
En l’occurence : « La liberté ou la mort. »

Au cinquième doigt, celui de son ongle lond,
avec lequel il nettoyait son oreille,
on a trouvé la « Liberté ». Mais au dixième
la « Mort » l’a trouvé. Plutôt que
de le tuer, on lui a demandé
de signer qu’il soutenait le régime.

Et il a dit : « Les mains servent aux échafaudages.
Elles ne savent pas, même si elles le pouvaient,
tenir un crayon. À défaut d’ouvriers,
ce ne sont pas les maisons qui manquent. »
En pleine nuit de la Sécurité
on arrête le maçon.

Les ongles poussent d’eux-mêmes,
comme la barbe des morts
au-delà de leur mort.

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16 février 2019

Parler latin

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Le latin, une langue morte ? Philippe Cibois (suivre le lien "La question du latin" dans la colonne de droite)  démontre le contraire. À condition de ne pas enfermer le latin dans les déclinaisons, ni dans les traductions ex abrupto de textes de Cicéron… Tiens, je viens d’écrire ex abrupto. Le latin est présent dans notre langue. Il est aussi, depuis des siècles la langue des scientifiques. Certes, et notamment depuis la guerre 1914-1918, l’anglais domine dans les échanges internationaux. Y compris dans les sciences. Mais la nomenclature des plantes et des animaux est encore latine. C’est Linné, au XVIIIe siècle, qui met au point ce système : un mot pour le genre (catégorie large), un mot pour la spécificité, un mot pour le vocabulaire ordinaire. Cette façon de nommer, qui autorise la latinisation de certains mots, s’est étendue, après Linné, à d’autres domaines scientifiques : chimie, biologie, météorologie… L’usage a accepté que les descriptions soient faites dans les langues propres aux chercheurs, mais les noms sont restés latins. Et même Pierre Bourdieu, qui considérait le latin comme un moyen de distinction sociale, utilisa nombre de mots, soit directement latins (par exemple ad hominem), soit fabriqués selon des règles latines (par exemple homo academicus gallicus). 

Oui, le latin est toujours présent dans le français. Nous le savons depuis les cours d’écoles (arriver ex aequo), la recherche d’emploi (où on rédige son curriculum vitae) et dans les commentaires sur l’actualité (qui déniche ici ou là un casus belli). Et, bien que les initiales aient transité par l’anglais, R.I.P. nous vient aussi du latin (requiescat in pace).

Philippe Cibois a relevé chez Pierre Bourdieu un certain nombre de mots latins. En voici quelques-uns : a contrario, a fortiori, a posteriori, a priori, alea, deus ex machina, ego, ex nihilo, modus operandi, post-scriptum. La liste est plus longue dans le livre. 

Je ne sais pas s’il existe encore des dictionnaires où, séparant les noms communs et les noms propres, quelques pages roses faisaient la liste d’expressions ou de citations latines. Je vous propose d’en chercher quelques-unes et de poster, dans les commentaires ci-dessous, des phrases en contenant au moins trois.

Exemple : On ne sait pas si le monde a été créé ex nihilo, mais les cumulus ne le sont certainement pas qui désespèrent Georges Brassens, contraint de dire un de profundis à ses amours d’un soir d'orage.

C'est à vous main tenant. Postez vos phrases truffées de mots latins dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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15 février 2019

Un vélo contre la barbarie nazie, d'Alberto Toscano

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Gino Bartali est né en 1914 et mort en 2000. Il arrête la compétition dans les années 1950. Comment se fait-il que je connaisse son nom de champion ? Peut-être par la longévité de sa carrière. Peut-être par sa rivalité avec Fausto Coppi. Ce livre me montre un aspect de la vie de Gino Bartali que j’ai jusqu’à ce jour ignoré : son engagement social et politique dans une Italie qui traverse le siècle en passant par le fascisme (alors, tout doit y être fasciste, même le sport), la guerre, les lois raciales, le retour de la démocratie. Bartali, sans en faire un titre de gloire, s’engage dans ces périodes. Jamais il ne fera le salut fasciste, il préfèrera toujours faire le signe de croix ; il ne sera jamais un champion du parti de Mussolini ; il protègera des Juifs italiens chez lui et transportera des papiers qui permettront de sauver des vies. Mais il n’en fera pas étalage, même quand, à la fin du siècle, un journaliste le citera dans un livre. Ce n’est qu’après sa mort que seront révélés les faits qui lui valent d’être aujourd’hui considéré comme un Juste. Il se considérait lui-même comme un sportif, animé dans sa vie d’un sentiment de justice envers les autres, très pieux admirateur de Sainte Thérèse de Lisieux. « Le bien, a-t-il dit à son fils, doit être accompli dans la discrétion. »

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14 février 2019

Les Invisibles, film de Louis-Julien Petit

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La salle de cinéma était pleine. Un film américain ? Avec des super-héros ? Un bon thriller ?

Non, un film avec des SDF, des femmes et des « travailleuses sociales ». Une municipalité du Nord (l’accent, tout de suite, on le reconnaît, pas besoin de l’exagérer comme dans les films de Dany Boon). Comme d’autres municipalités ou d’autres gestionnaires, cette municipalité calcule la rentabilité d’une structure d’accueil de jour. Pas assez rentable, il faut fermer. Alors, l’équipe s’installe dans la désobéissance : L’Envol n’est qu’un accueil de jour ? on pourra désormais y dormir la nuit ; et puis on y crée des ateliers thérapeutiques avec un encadrement ne reposant que sur la bonne volonté et la conviction. La confiance retrouvée des femmes (un emploi enfin décroché, une relation affective engagée) se heurtera quand même à l’intransigeance de l’administration. Certes, le film n’échappe pas à certains clichés (une bénévole qui soigne là le malaise de son foyer, une salariée trouvant dans cet accueil de jour ce qu’elle ne trouve pas dans sa vie privée) mais, pendant la durée du film, les invisibles auront été vues (même si ce n'est pas elles qu'on voit sur l'affiche), et dans cette salle applaudies.

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13 février 2019

Art brut japonais à la Halle Saint Pierre, à Paris - suite

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Encre sur toile ou sur papier

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Katsuyoshi Takenaka

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Keita Kagaya

L'exposition est visible jusqu'au 10 mars 2019

 

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12 février 2019

Sérotonine, de Michel Houellebecq

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On m’avait dit que le lecteur sortait crade d’un livre de Michel Houellebecq. Je m’en étais donc abstenu jusqu’alors. Jusqu’à la lecture du livre de Philippe Lançon, Le lambeau, où il rappelle un article écrit lors de la publication précédente de Michel Houellebecq, Soumission. Les mots de Philippe Lançon étaient différents de ceux que j’avais entendus. Quand est sorti Sérotonine, j’ai donc décidé de le lire.

Certes, le crade m’est tout de suite apparu, avec une pointe d’humour certes, mais crade quand même. Et puis, c’est la tristesse qui a dominé. Sérotonine est un livre triste, désespéré. Après avoir fait des tours et des tours sur les clichés à propos des femmes, de la société, des bourgeois, du théâtre subventionné, etc., tours qui donnent parfois l’impression de suivre des commentaires sur Facebook, voici l’arrivée d’un personnage. Comme le narrateur, il a fait ses études à « l’Agro », mais il est sorti de Danone et de la filière agro-industrielle pour devenir agriculteur, éleveur, et qui plus est, en respectant le cahier des charges « bio ». Héritier de la noblesse, il veut vivre de ses propres revenus mais les règles en vigueur l’en empêchent. Quand on est étudiant, dit alors le narrateur, on a tout l’espoir de l’avenir, et puis, ensuite, on va travailler et il ne reste rien à espérer. Même pas revivre le grand amour qu’on a pu connaître. Alors, si on prend les armes, ça n’est pas tant contre le monde social qui est « une machine à détruire l’amour » que contre soi-même.

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11 février 2019

art brut japonais à la Halle Saint Pierre, à Paris - suite

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Aujourd'hui, zoom sur une oeuvre collective, celle de l'atelier Omigakuen.

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L'exposition est visible jusqu'au 10 mars 2019

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