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19 mai 2012

Posons nos mots

festival-de-l-oh-2012Le week end dernier, c’était le Festival de l’Oh ! dans le Val de Marne. Ce titre m’a donné l’idée de vous inviter à jouer du monovocalisme en « o ». Un monovocalisme est un texte où on ne s’autorise qu’une voyelle. Cette règle ne concerne donc pas les consonnes. Pour faire votre festival de l’ « o » dans les mots, je vous conseille, comme souvent, de faire d’abord une liste de mots et d’acronymes ne contenant pour voyelle que le « o » : par exemple, mot, cochon, look, OGM… Et puis, d’écrire des phrases en veillant bien à éviter toutes les voyelles sauf une !

Go ! Composons !

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18 mai 2012

Soustraction du monde - conception : Thibaud Croisy - interprétation : Sophie Demeyer - son : Pierre-Damien Crosson

isabelle giovacchiniLe chemin pour y parvenir était écrit sur un papier que j’avais reçu chez moi. Je ne connaissais pas cette adresse rue de Sainteuil, dans le 5e arrondissement de Paris. C’est l’Université. Censier. La Sorbonne nouvelle Paris 3…

Nous sommes une vingtaine dans le couloir du premier étage. Notre rendez vous est fixé à 21h20 précises. Au fond du couloir, quelqu’un. Qui se lève, qui avance lentement vers nous, franchit les premiers du groupe. A 21h20 une voix se fait entendre. Une voix masculine qui dit « elle » et « vous ». Qui instaure une relation entre « elle » et « vous ». Qui laisse entendre que « vous » avez connu « elle » auparavant. Qu’ « elle » a un peu vieilli, mais que « vous » vous souvenez de sa peau… Qui est ce « vous » ? L’ensemble des personnes dans cette portion de couloir ? une personne ? un homme ? Et la danseuse qui marche dans cet espace entre nous semble ne pas nous voir, en tout cas ne nous regarde pas. Je regarde la danseuse, j’ai vu la peau de son visage quand elle est passée devant moi. Je regarde les gens qui forment le public. Ceux qui se sourient. Celui qui prend des notes. Celle qui est venue en tongs et dont les pieds se croisent. Celui qui s’assoit un instant. Celui qui préfère s’accroupir. Et le texte continue à me parler. Le récit d’une nuit d’amour dans l’herbe. La voix masculine est presque monocorde. La danseuse semble marcher sur un fil, tendu entre nous. Et puis elle sort dans l’escalier. La voix encore dit « vous fermez les yeux… vous fermez les yeux… vous regardez. » Et se tait. Nous sommes rendus à notre solitude. Cette brève rencontre va sans doute nous hanter.

C'est une production du Studio-Théâtre de Vitry (94)

Vers 12h40, aujourd'hui, la 58000e visite à ce blog est venue de Grèce et a abouti à l'article traitant de La psychanalyse du feu de Gaston Bachelard. Merci

 

 

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17 mai 2012

Votre maman, de Jean-Claude Grumberg

votremamanUn texte de théâtre sur l’oubli ? L’oubli impossible de l’enfance ? Le retour aux souvenirs d’enfance ? Et pas n’importe laquelle, une enfance dont il reste aujourd’hui peu de survivants, le temps mangeant ces enfants vieillis. Jean-Claude Grumberg, entendu à la radio (France Inter), refuse de parler d’Alzheimer. Pour lui, ce nom ne désigne qu’un médecin ayant travaillé sur cette perte de mémoire, sur cette façon de perdre d’une certaine manière contact avec le monde présent. Et cette maman, à qui son fils rend visite dans la maison de retraite en manque de personnel, n’a pas perdu ses souvenirs ; elle ne reconnaît pas toujours son fils (« C’est ton père qui t’a reconnu »), elle l’attend toujours. Et ce fils cherche à la protéger de ce directeur d’établissement, du personnel, des voisines qui utilisent ses w.-c., des gendarmes et de leurs chiens. D’elle-même, peut-être, et de ses souvenirs qui finiront par la rattraper. On peut rire dans ce texte, puisque rire c’est, d’une certaine manière, garder vivants les « disparus ». L’humour de Jean-Claude Grumberg nous accompagne jusqu’aux derniers mots du texte : « nous, les orphelins ».

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16 mai 2012

Le jardin oublié, par la Compagnie "Un soir ailleurs", à Chilly-Mazarin (91)

jardinoublieUn jardin oublié qui revient à la mémoire, à notre mémoire. Photos accumulées, vrilles des plantes et des mots, racines sorties de terre, rideaux tremblant derrière lesquels vivait cet enclos, travaillé par la main verte terreuse du grand-père, enclos recélant balançoire et kiwi, cette plante qui pleure quand on la coupe. Les mots entrent en moi avant même que je les comprenne, chuchotés pendant que je découvre la pièce où est présentée l’exposition. Ce n’est pas qu’une exposition, ou alors c’est le visiteur qui s’expose au récit des souvenirs, aux voyages que peut faire la plante transportée par un passant ignorant, humain ou animal. Et il y a ce jeu du texte lu dans le casque derrière le rideau, devant la fenêtre : humus, humilité, humer (s’exposer à l’air, au vent, au brouillard, etc., de telle sorte qu’il entre, qu’il pénètre dans les poumons, dit Wikipédia). Une sorte d’ivresse me prend (« ça prend », dit le jardinier), le besoin de m’asseoir quelques minutes sur le banc pour parler d’un autre jardin oublié.

La Compagnie « Un soir ailleurs » vous attend jusqu’au 23 mai 2012 dans la salle d’exposition du Parc de l’Hôtel de Ville de Chilly-Mazarin (91), certains horaires permettant d’assister à un petit spectacle mêlant danse, théâtre et chant. En cliquant sur la photo ci-dessus, vous atteindrez une page de renseignements à ce sujet.

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15 mai 2012

Comment raconter une histoire, de Mark Twain

comment-raconter-une-histoire« L’histoire humoristique est américaine, l’histoire comique est anglaise, l’histoire spirituelle est française. » Mark Twain, dans ce petit ouvrage qui regroupe plusieurs petits textes donne sa recette de l’histoire humoristique pour laquelle « l’auditeur doit être tout oreilles, car, dans bien des cas, le narrateur détournera don attention en glissant la saillie avec indifférence, en feignant d’ignorer que c’est une pique ». Plusieurs courtes histoires viennent confirmer la méthode, notamment celle de l’invalide qui nous fait voyager dans des conditions extrêmes, les conditions de la vie, vie qui suscite le dernier récit, où « une bonne fée arriv(e) avec son panier »…

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14 mai 2012

Prométhée poème électrique, de François Chaffin

prometheepoemeelectriqueAprès sa trilogie pour un désastre, François Chaffin poursuit son exploration de la révolte originelle. Celle des anges qui ont fui la contemplation de la lumière, celle de Lucifer, celle du Titan qui a volé aux dieux le feu. Car le feu a protégé les hommes, pauvres créatures sans défenses naturelles (sans fourrure, sans griffes), et leur a permis de découvrir la parole, la connaissance, de ne pas tourner en rond dans le destin que Zeus avait tracé : entre Eros et Thanatos. Longtemps après Eschyle qui a écrit il y a plus de 2500 ans un fameux Prométhée enchaîné, François Chaffin revisite le mythe.

Ils sont deux en scène : le porteur de parole et le porteur de musique, celui qui profère des mots, les propulse hors de lui-même, François Chaffin, et celui qui martèle, invente, projette, attrape les sons, les musiques, Benjamin Coursier. Mais ils sont beaucoup plus que deux : il y a les lumières et les projections au sol dans le carré où s’inscrit la parole, les ombres dans le carré où vibrent les guitares.

Le spectacle est très particulier, très dense, passant du récit au poème, du chant à la danse, des cheveux gris au nez rouge.

promethee4950La lumière qui descend sur François Chaffin, quand il est debout au micro, au milieu de son carré blanc, dessine sur le sol, quand il ouvre les bras, l’ombre d’un oiseau qui ouvre les ailes. Oiseau dont on entend parfois le cri. Oiseau qui, venant manger le foie de Prométhée, fait partie intégrante du mythe.

Et lorsque le système, personnifié, s’engage dans une discussion avec le Titan, on entend bien, dans la diction de François Chaffin, que les pluriels des mots prononcés n’entraînent pas de liaison. Il dit « les / hommes, les / animaux » (et non les z’hommes, les z’animaux). Comme si les pluriels n’étaient que la juxtaposition des êtres et des choses, l’accumulation dans la séparation, et non l’union, la société des égaux.

Prométhée n’est pas un ange descendu du ciel, Prométhée s’adresse aux hommes : reprenez le feu que je vous ai donné, donné, gardez « la lumière allumée ». Et il nous donne l’espoir, cette fois-ci, de comprendre ce qui n’a pas marché. Chiche ? « A tout à l’heure » !

J'ai vu ce spectacle à la Salle Jean Vilar à Arcueil (94) - photos Ernesto Timor

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13 mai 2012

Retour à L’impossible n°1

limpossibleeditoDe cette revue lue et relue ces derniers jours, voici ce qui me revient aujourd’hui :

Félix Guattari, militant, psychiatre et psychanalyste, écrivait : « Il ne faut jamais former les jeunes, en psychiatrie ou à l’école, avec du déjà là, il faut les aider à inventer, profiter de cette chance, qu’ils soient jeunes. » (…) Oser dire que c’est un principe de travail, que les plus vieux sont là pour aider les plus jeunes à faire tomber le déjà là, qui n’est plus là. Que c’est à partir de ce qu’on ose défaire qu’on invente sa vie. (extraits d’un article de Marie Depussé)

C’est une journée contradictoire, noble, bleue, une journée qui ne connaît pas sa beauté. Une journée grecque. (extrait d’une lettre d’Athènes de Gregos Psychoyos)

Le témoignage de Asmaa el-Ghoul, écrivaine palestinienne de Gaza, femme libre : « En réalité, je suis plus courageuse que moi-même »

L’impossible est réellement en cours. Il est cet ordinaire de la vie, il arrive quotidiennement sous nos yeux… (extrait d’un article de Yann Moulier Boutang)

Et l’assistante sociale m’avait simplement dit : « Quand on vient d’un milieu comme le vôtre, on ne s’obstine pas à faire un troisième cycle » (extrait d’un article de Nadia Mokaddem)

Quelques pages après un article de Béatrice Leca, intitulé « Où sont les morts dont nous habitons les maisons ? », un autre article, de Cécile Wajsbrot, évoquant la vie de Hans Rosenthal, se termine par cette phrase : « Au-delà de la vie, le nom demeure, l’adresse d’une maison de la radio, une plaque sur l’immeuble de son enfance, et cette piscine maintenant, un nom seul contre tous – allein gegen alle. »

Les impossibles de Valérie Mréjen.

Et une lettre de Vincent Guédon à son frère Jean-Marie où il écrit notamment : « Le Cancer c’est le nom d’un navire, un immense vaisseau marin, une sorte de transatlantique que des millions de gens empruntent pour rejoindre l’autre rive, un navire que les hommes ont fabriqué eux-mêmes sans le savoir, j’espère. Et qu’ils prennent du jour au lendemain sans s’en apercevoir non plus. » De cette lettre, il affirme que ce n’est pas une « bouteille qu’on jette à la mer en priant pour que quelqu’un la trouve. Non. Car mon message sera lu, d’autres que toi le liront, et je ne cache presque rien. »

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12 mai 2012

Mai, mai, mai...

parismainougaroMichel Leiris (encore lui) termine son recueil (Le ruban au cou d’Olympia) par une succession d’adverbes parmi lesquels on lit « demain » et « jamais ». J’y vois le mois de mai : deMAIn, jaMAIs. Et, puisque nous y sommes entrés, que la première étape en a été franchie, je vous propose de faire une liste de mots contenant ces trois lettres consécutives (les lettres, quel que soit le son) et d’en faire un texte, en ajoutant bien sûr d’autres mots mais pas trop.

Exemple :

Les RoMAIns respectaient-ils la gramMAIre ou, comme notre marMAIlle avec la MAItresse de l’école priMAIre, la mettaient-ils en MAIllot de bain ?

En cliquant sur la pochette ci-contre, vous pourrez écouter Claude Nougaro chantant Paris Mai.

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11 mai 2012

Internet, réseaux, etc.

googleiswatchingyou-bitchcakesny-flickrUn court article de Thomas Bécart, lu dans Télérama, signale que de nombreux jeunes Américains ignorent qui est Paul Mc Cartney, simplement parce que le catalogue numérique des Beatles n’est pas sur les plateformes qu’ils écoutent. Les réseaux relient, peut-être, mais aussi séparent.

D’un autre article, lu dans L’impossible, je relève ces phrases : « Nos dirigeants ne comprennent rien. S’ils se rendaient compte qu’à l’échelle de dix ans, le système d’échange monétaire international va être très sévèrement concurrencé par des systèmes d’échange de monnaie entre particuliers qui passeront par les réseaux, hors des circuits bancaires, qu’il y aura donc une masse croissante de flux financiers qui échapperont à tout contrôle, ils seraient en mesure d’anticiper et de réformer en conséquence leur système fiscal. » Et, un peu plus loin : « cette génération née après 1990 a créé sa personnalité avec ces outils, avec l’anonymat, avec le pseudonymat, avec la possibilité d’avoir plusieurs identités en parallèle, de se planter sans que ce soit grave, avec la barrière psychologique et affective que constitue l’ordinateur et qui permet de tester des choses sans que les conséquences soient dramatiques. » (extraits de l’interview de Fabrice Epelboin par Xavier Delaporte)

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10 mai 2012

Raga de la myrrhe, de la clématite entortillée autour du vieux manche à balai et du petit pont japonais en mai

papillonnerExtrait de Bâtons de randonnées, d’Yves Leclair.

A la pointe d’un roseau, le pinceau du calligraphe dessine d’un trait un papillon jaune. D’un unique trait de pinceau, comme l’ancien maître de peinture chinoise Shitao. Mais où a-t-il trempé son invisible pinceau ? Où a-t-il trouvé cette encre jaune ?

L'aquarelle ci-contre, de Marie-France, est présentée dans le cadre de l'exposition de l'atelier animé par Isabelle Gagneux au CAEL de Bourg-la-Reine (92).

expoxaelaquarelles

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