main tenant

26 juillet 2017

GOLEM, avatars d'une légende d'argile - exposition au musée d'art et d'histoire du Judaïsme

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Selon la Bible, l’homme est créé à partir de la glaise façonnée par Dieu. C’est ce même geste qui amène l’homme à façonner le golem (dont le mot signifie « masse informe », embryon », « chrysalide », « sot », « rustre », « personne crédule », « personne dénuée de tact », « robot », « leurre à forme humaine »), être chargé de protéger mais qui, dans les récits qui le mettent en scène, devient souvent une menace pour son créateur même. 

L’exposition, qui s’est achevée le 16 juillet, en présentait divers aspects. S’appuyant sur l’histoire de Yehoudah Loew qui fabriqua le premier, dit-on, au XVIe siècle, un golem pour qu’il protège les habitants du ghetto de Prague. 

La figure du Golem n’a, depuis l’époque où on l’a racontée, jamais disparu des imaginaires. Elle a pris des formes multiples, s’est imposée dans des romans, des comics, des films, voire dans la réalité technologique quand on a comparé l’ordinateur à cette créature qui, pour vivre, a besoin des trois lettres hébraïques (qu’on prononce « emet », ce qui signifie « vérité ») ; si on retire la première lettre, le alef, les deux lettres qui restent se prononcent « met », et le golem meurt. 

Les deux ingrédients nécessaires au golem sont donc l’argile et les lettres. Dans une des nouvelles de Ted Chiang contenues dans son recueil La Tour de Babylone, un chercheur fabrique un automate à qui il donne ses ordres au moyen d’un papier qu’il glisse dans une ouverture pratiquée dans le cou. C’est une sorte de golem : il ne peut accomplir qu’une chose, pour laquelle il reçoit commandement. Une boule de glaise, à l’origine informe, prendra figure humaine, souvent muette. Muette mais qui porte les trois lettres qui lui sont nécessaires. 

Tout le trajet que nous a proposé le musée d’art et d’histoire du Judaïsme nous a menés de l’informe à l’être, dans l’acte même de créer, non pas à partir de rien mais à partir de la terre et des mots, de la poussière et du langage.

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Niki de Saint-Phalle

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Anselm Kiefer

(en arrière-plan l'ombre d'un Golem par Christian Boltanski)

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Lionel Sabatté

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25 juillet 2017

Le Grand Bal, au Grand Palais, le 13 juillet

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C’était la veille du 14 juillet. La veille d’un défilé militaire. C’était le Grand Bal au Grand Palais. Entrée gratuite, et beaucoup des participants venaient là pour la première fois. Ils venaient danser de Paris, des Hauts de Seine, de la Seine Saint Denis, du Val de Marne, de Seine-et-Marne, de l’Essonne, des Yvelines, danseurs amateurs réunis par des associations, des Centres Paris Anim’, des Écoles Municipales de Musique et de Danse, des Conservatoires, la Maison des Arts de Créteil, le Théâtre-Sénart, des Centres Sociaux de plusieurs départements de la région parisienne. Pendant deux mois, ils ont travaillé avec des chorégraphes : Warenne Adien, Delphine Caron, Sylvain Groud, Fouad Hammani, Kaori Ito, Chantal Loïal, Merlin Nyakam. José Montalvo a conçu ce Grand Bal. Le Grand Remix, chorégraphie d’Hervé Robbe pour l’École supérieure du CNDC d’Angers, a conclu les spectacles avant la danse en liberté.

Et c’est sur la musique de Pierre Henry et Michel Colombier, Messe pour le temps présent, que les danseurs ont, par trois fois, et simultanément, donné corps et mouvement à cette pièce composée il y a cinquante ans pour la Compagnie de Maurice Béjart.

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La force de cette musique est sa modernité, encore vive un demi-siècle plus tard. Sa confrontation avec des chorégraphes d’origines et de styles différents lui confirme son actualité. Chaque collectif, avec chaque chorégraphe, l’interprétait de façon différente. Certains n’exprimaient que la cohésion, une expression commune, gestes identiques pour tous les danseurs. D’autres manifestaient des rapports de force entre des groupes, des affrontements, des démonstrations. D’autres encore cherchaient à mettre en évidence l’individu au sein de la communauté, celui qui relève les autres tombés, celle qui résiste aux regards qui la cernent. Ici, l’énergie puissante de la jeunesse, là une autre énergie, plus douce, d’un âge avancé. Difficile de tout voir intégralement, mais il me semble qu’un seul groupe propose une vision du temps présent qui alterne danse collective, danse individuelle et danse en couple. Chantal Loïal, qui a chorégraphié ce groupe, a aussi entraîné dans son « Paris - Pointe à Pitre » tout le public réuni sous la verrière du Grand Palais pendant une vingtaine de minutes, avant que Fouad Hammani invite le même public à danser une salutation, « handshake », issue du hip-hop.

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Dix jours plus tard, le 23 juillet, ce sont les coureurs du Tour de France qui passaient dans le Grand Palais.

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24 juillet 2017

POÉTIQUE : REMARQUES, de Jacques Roubaud - juillet 2017

« Ce volume rassemble un demi-siècle de réflexions dans une forme particulière de prose que j’appelle remarques. », écrit Jacques Roubaud. Il ajoute qu’il se compose de 15 sections de 317 remarques chacune. 317 étant un nombre premier, comme l’est aussi 2017, ce sera notre rendez-vous mensuel : vous trouverez, chaque mois, quelques-unes des remarques de Jacques Roubaud dans ce blog, précédées du numéro qu’elles ont dans le livre.

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1911. La stratégie des ruines : la ruine fait surgir la distance du passé.

1991. La chaise est une critique de l’arbre plus intéressante que l’incendie de forêt.

2019. Le plan d’eau du présent coupe la vie en deux moitiés, toujours égales, jusqu’à la fin.

2050. Avoir plusieurs modèles pour n’être pas victime consentante d’un seul.

2063. Une langue sans poésie est une langue morte.

2105. Une prose est un parcours dans la ville d’une langue.

2107.  La poésie est résistance des langues à l’uniformisation généralisée.

2114 Les poèmes d’un poète sont sa vie, pas telle qu’elle peut intéresser ses proches mais telle qu’elle peut intéresser les lecteurs de poésie.

2127. La poésie n’existe pas sans support. Ce support comprend nécessairement de la langue. (Il n’y a pas de poésie dans les choses, ni dans le coucher de soleil ni dans la décharge publique.)

2207. Le langage est né dans le chant et la danse.

2208. Le langage est né en même temps que la poésie.

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23 juillet 2017

Fanou P-AC2B-P à la soirée Tiasci-Paalam de juillet 2017

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Elle n’a pas de sœur, « E dans O », mais observe celles qui partagent l’enfance. De son fils, elle espère qu’il « saura être / Autre et un ». Elle regarde autour d’elle, fait des portraits de celles et ceux qu’elle croise. Écrit des vers courts, sans doute pour le rythme, ou pour les cueillir comme des fleurs, « Une à une / Pour en faire / Un joli bouquet ». Bouquet de couleurs, celles de l’arc-en-ciel, de Newton précise-t-elle, trouvées sur une île, dans un tableau, dans le désert, sept couleurs et un hommage à Magritte, « Les yeux derrière la tête ».

Elle n’a pas de sœur, mais a demandé à Marie-Françoise de venir avec elle et de lire quelques-uns de ses textes en couleurs, et puis de dire un texte de René de Obaldia et de faire le portrait d’une femme, ayant beaucoup travaillé, et découvert, après une vie à l’Éducation nationale, qu’il y en avait une autre qu’elle vit aujourd'hui sur des scènes de slam.

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22 juillet 2017

Le corbillon de Janette

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La semaine dernière, je vous ai invités à chercher trois métiers en suivant une présentation d’Annie Saumont dans le Florilège de nouvelles publié par les Éditions Julliard. Revenons à ce livre.

Dans une autre nouvelle, on peut lire : « Elle a dit qu’on allait jouer aux mots. Ça a commencé par le corbillon. Un truc débile. Typiquement un truc de fille.

Dans mon petit corbillon rond
que met-on ?

Le jeu  c’est de trouver chacun son tour et en vitesse des mots qui finissent par on

un melon du savon le bouton un crayon un marron un paillasson 
(…)
Ensuite on avait

La mallette à Janette
pour la remplir qu’est-ce qu’on y jette ?

une casquette une trottinette, même que ça y rentre pas (…) Des assiettes, la cuvette. Le la les un une des (mots en ette) »

Nous allons continuer la liste, en ajoutant au moins trois choses dont les noms finissent par on, puis au moins trois choses dont les noms finissent par ette.

Exemple : Dans mon petit corbillon rond, nous y mettons des chiffons, un polochon, des oignons. Dans la mallette à Janette, je jette ma paire de lunettes, une vieille chaussette, quelques allumettes.

C’est à vous main tenant. Postez au moins trois mots finissant par on puis trois mots finissant par ette dans les commentaires ci-dessous. Merci.

La photo ci-dessus est celle d'une assiette en vitrine de la Faïencerie Georges à Nevers (58)

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21 juillet 2017

Les Zaccros d'ma rue 2017, à Nevers (58) - (8)

Cie Adhoc - Immortels, L'envol

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Un petit garçon : Ils arrivent ! Ils arrivent ! Les voilà !

Un homme : Les voilà qui ?

Le petit garçon : Les oiseaux !

Un autre homme : Enfin, les oiseaux ! Nous sommes sauvés !

Des voix : Les oiseaux ! Les oiseaux !

L’oiseau : Parfaitement, les amis, nous voilà, les oiseaux !

(Le roi et l’oiseau - extrait) 

Oui, les voilà, sortis du nid et tous ensemble, les bras loin du corps, prêts à s’envoler. Ils nous regardent. S’y reconnaissent-ils ? En nous, société dans laquelle ils tentent d’entrer, mais qui leur demande l’expérience, une expérience qu’elle leur refuse. Hannah Arendt écrivait : « C’est avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun. » Comment feront-ils pour nous sauver, ces oiseaux ? Peut-être voudront-ils d’abord se sauver eux-mêmes ? Dans le film de Paul Grimault (texte de Jacques Prévert), c’est par la libération des animaux prisonniers (libérés par un oiseau) que le salut s’annonce quand ils montent vers la ville. Ceux-ci, les Immortels, je ne les ai pas vus dans Le nid (annulé la veille pour cause d’orage). Je les découvre découvrant la ville, la rue, la place. Assis en terrasse, portable à l’oreille, et soudain renversant les tables courant, venant prendre par l’épaule celui-ci et celle-là. Je les retrouve alignés face au mur où, se retournant, nous faisant face, ils essaient de voir plus loin, dans dix ans, de se voir dans le monde, de se voir en mieux, d’essayer. Et de prendre leur envol pour « renouveler un monde commun ».

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20 juillet 2017

Les Zaccros d'ma rue 2017, à Nevers (58) - (7)

D'autres spectacles de cette édition.

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Le contrevent - La Cucurbit'à Sons

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Unité de Contes Tout Terrain (UCTT)

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Rébus de Rebut

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19 juillet 2017

Les Zaccros d'ma rue 2017, à Nevers (58) - (6)

Deux créations, à leur première rencontre avec le public. Le Festival des Zaccros, depuis son origine, offre cette possibilité à plusieurs compagnies chaque année. Pour cette 18e édition, j’ai retenu deux de ces compagnies.

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La Compagnie à tiroirs - Portes !

Un livre avec effets pop-up, qui se déplie, s’agrandit, sur lequel se mettre debout, devient maison, escalier, alterne le noir et le blanc comme sur un échiquier, laissant passer, comme par magie, une boule rouge — nez de clown ? — à travers les cloisons. Et toujours au livre ressemble l’architecture qui grandit devant nous, des murs à franchir, des portes à ouvrir. Et apparaître et disparaître… J’avais vu, la veille, le spectacle de la Cie Underclouds : les souvenirs de celui-ci s’imprimaient sur les images de celui-là. J’avais vu, l’an dernier, le spectacle de la Cie Areski, Millefeuilles, fait de pliages et dépliages : les Portes de la Cie à tiroirs me l’ont rappelé avec plaisir.

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La Folle allure - E2

Deux hommes, l’un concentré sur son savoir-faire (lancer de couteaux, de haches et de fléchettes, mât chinois), l’autre désireux de jouer avec lui, de briser sa solitude. Le chemin est long pour trouver la complicité, la confiance et les couteaux sont tranchants, les pointes menaçantes. Celles des cactus ont parfois besoin d’eau.

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18 juillet 2017

Les Zaccros d'ma rue 2017, à Nevers (58) - (5)

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A&O et Flying Fish - Love Box

Ça se passe de mots, mais ça demande des gestes. Le geste de donner, pourtant, s’accompagne d’un petit mot, le seul : « tiens ». C’est à la fois la deuxième personne du verbe tenir (à l’impératif), et c’est aussi le pronom possessif de la deuxième personne. Tiens, c’est à toi. Cadeau. À toi. Prends. C’est aussi comme un soupir. Est-ce ainsi que se construit un amour ? Brique après brique, souffle après souffle, don après don ? Est-ce ainsi que deux êtres se rejoignent ? Qui est première ou premier, qui est deuxième ? Différents et ressemblants, lui plus grand, elle plus petite, lui aimant les angles et les lignes droites, elle préférant les courbes et les acrobaties, elle se haussant sur la pointe des pieds, ou lui pliant les genoux, jusqu’au maquillage identique et inversé, le bleu de ses yeux, à elle, autour de sa bouche, à lui ? On voit qu'ils ont tous deux des bleus à l'âme. Ce n’est pas qu’une histoire d’amour, ça raconte aussi les relations entre homme et femme, les inégalités, la tentation de domination, les difficultés de se comprendre. Et les problèmes de la vie commune : l’installation dans des meubles (ce soir-là, l’orage grondait quand ils ont posé le plateau de la table), le mur de la dispute et sa cruauté, et l’ouverture dans le mur pour à nouveau se voir, se toucher, s’aimer. 

Miriam et Joël, je les ai découverts ensemble l’an dernier à la Scène Faramine. Je n’avais pas pu les voir à Montreuil, au Théâtre des Roches, six mois plus tard. J'attendais ce moment de les retrouver à Nevers dans ce spectacle tendre et délicat où ils se confient à nous comme à des amis.

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17 juillet 2017

Les Zaccros d'ma rue 2017, à Nevers (58) - (4)

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Underclouds Cie - Petites histoires sans gravité

Il faut quelques minutes pour voir et comprendre ce qui se passe. Est-ce un cube ou un écran carré ? Y a-t-il quelqu’un ou n’est-ce qu’une image ? Ce que nous voyons est sens dessus dessous. De plus, ça se passe sur une scène de théâtre, dans la Maison de la Culture, alors que nous sommes dans un Festival de rue. Et, peu à peu, nous acceptons cette sorte d’apesanteur dans laquelle les trois acrobates évoluent. Nous voyons bien qu’il ne s’agit pas d’apesanteur mais d’une prouesse physique et technique. Des trappes s’ouvrent. La femme qui entre dans l’espace à cour est-elle celle qui en sort à l’instant à jardin ? Celle qui descend par le plancher est-elle celle qui apparaît au plafond ? Parfois la musique lancinante et le balancement des acrobates qui marchent au plafond font un effet hypnotique et nous reprenons nos interrogations : qu’est-ce qui nous met la tête à l’envers ? Gaelle Esteve, qui marchait la tête en bas et les pieds aux étoiles avec la Folle allure, semble s'être multipliée...

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