main tenant

04 août 2015

Noos, de Justine et Frédéri

34-justine_frederi_noos_sileks

Justine et Frédéri forment un duo exceptionnel de confiance et d’équilibre à deux. Aucune des figures qu’ils enchaînent avec une certaine désinvolture apparente ne saurait être l’affaire de l’un ou l’une sans l’autre. Le relâchement, la tension, la verticalité, l’épaule porteuse, les articulations extraordinairement souples, tout s’emboîte et semble coller les corps. On pourrait parler de corps à corps si cette expression ne renvoyait pas à une opposition, une attitude de combat. Ici le corps s’ajuste au corps, trouve l’emplacement où les pieds gagnent en stabilité, où les mains se saisissent, où le dos, où le ventre, où chaque muscle, chaque os sont sollicités. Le public ne peut retenir, de temps en temps, un soupir de surprise, un cri d’étonnement, des applaudissements qu’on n’ose presque pas de peur de troubler l’accord qui semble si parfait entre ces deux-là, applaudissements qui explosent, libérant à la fin les souffles retenus. (© photo : Sileks)

 

Un autre duo suivait cette première partie : Ours, de Idan Sharabi et Dor Mamalia, deux danseurs de belle prestance. Mais qui expriment dans cette pièce autant d’éloignement que de rapprochement. Dont la bande son est un dialogue (je n'en comprenais que quelques mots par ci par là). Et qui se termine par un solo, l’un des danseurs quittant la scène pour laisser l’autre occuper l’espace. Peut-être aurais-je mieux apprécié cette pièce si elle n’avait pas suivi celle de Justine et Frédéri…

J'ai vu ces spectacles dans le cadre de Paris Quartier d'Été, au Théâtre de verdure du Square des Amandiers, à Paris.

Posté par onarretetout à 08:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


03 août 2015

Esthétique de la prédation, de Hyam Yared

C1Esthetiquepredationsiteweb

L’homme est une proie pour l’homme. Et de son intelligence il fait un instrument de destruction, en beauté. Qu’il s’agisse de domination économique, de pouvoir acquis par la guerre, de passeport tamponné par Dieu, de relation amoureuse, les êtres humains « lapident, dilapident, forcent, déchiquètent, détruisent, éviscèrent, et s’oublient ». Et si ça se passe dans une contrée lointaine, « c’est une fiction / mon coeur, / continue de danser »

Il n’y a pas de point à la fin des poèmes de Hyam Yared, parfois un point d’interrogation. C’est ouvert, et l’intérieur des corps est vide et gratuit « TVA comprise ». Elle mastique les mots de liberté, d’amour, de paix en les assaisonnant des mots des guerres, des finances qui obscurcissent notre quotidien. Elle écrit que « pour les chiens " Fils d’homme " est une insulte ». Les textes courts sont comme des coups portés à l’autre et à soi-même : « Je ne t’ai pas tué, je t’ai aimé, vois-tu la différence ? »

Posté par onarretetout à 08:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

02 août 2015

Soralino, Inbox

DSCN0984

C’est le nom d’un duo, quatre mains, deux têtes, quatre pieds. Et comment faire tenir des cartons avec ça. Des cartons ? Mais qu’y a-t-il donc dedans ? Quelques instruments de jonglage ou de musique. Juste pour la référence. Parce que de jonglage et de musique il ne sera pas question comme vous en avez l’habitude. Cartons, ça déménage. Cartons, si vous avez une petite idée du métier de libraire, ça va, ça vient : on les reçoit, on les vide, on les remplit, on les renvoie. Mais ici, nul besoin, au fond, de les vider, de les remplir, on ne fait que les recevoir ou les renvoyer. Il y a de quoi perdre la tête et s’énerver. Et se calmer et reprendre l’équilibre à deux, monter une tour haute, si haute, en ajoutant les cartons à partir de la base (comme je l’ai vu faire il y a quelque temps à Chalon), et tellement haute que le sommet dépasse la taille des deux jongleurs. Il reste à souhaiter que le vent ne leur joue pas un tour…

J'ai vu ce spectacle dans le cadre de Paris Quartier d'Été, à Nanterre (92), place des Muguets.

Posté par onarretetout à 08:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

01 août 2015

Le refrain de La Montagne

La Montagne est le titre d’un spectacle présenté dans ce blog hier. C’est aussi le titre d’une chanson de Jean Ferrat. Vous en connaissez le refrain :

DSCN0997

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Je vous propose de le réécrire en changeant les mots soulignés. Comme nous l’avons déjà fait, nous garderons les initiales.

Exemple :

Pourtant que la magie est bluffante
Comment peut-on s’illusionner
En vivant un virage d’hélicoptère
Que l’atterrissage vient d’amorcer ?

C’est à vous main tenant. Merci d’envoyer vos refrains dans les commentaires ci-dessous.

Posté par onarretetout à 08:00 - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 juillet 2015

La Montagne, par le Collectif Bonheur Intérieur Brut

DSCN1004

Si je ferme les yeux, les sifflements que j’entends me feraient penser à ceux des feux d’artifice. Comme si c’était une fête, la Montagne. Ce sont les chaussures qui glissent. Un plan incliné où descendre est périlleux, où il faut se tendre, se pencher pour rester droit. Un plan noir comme une scène de théâtre, comme un plateau de danse, où chaque geste est une audace.  Et la montagne s’ouvre, les spectateurs doivent à leur tour trouver leur place dans cet espace, sur les bords, au milieu… Là se jouent les duos, la violence, la tendresse, l’exploit, la solidarité. Et surgit la figure casquée du chevalier. Nous avons besoin de héros, disait le début d’un texte de Jan Fabre, Prometheus Landscape. La question ici est : Serai-je ce héros ? Affronterai-je la chute ou l’ascension ? Seul contre tous ou avec les autres ? Et si nous y allions ensemble, et si nous recommencions ?

J'ai vu ce spectacle à la Cartoucherie de Vincennes. Un autre spectacle de ce collectif, Courage restons, sur le même thème, était présenté à La Défense l'année dernière.

DSCN1002

DSCN1003

 

Posté par onarretetout à 07:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,



30 juillet 2015

Autochtonies, de Laurent Colomb

book_427

Des monologues, mais adressés à quelqu’un. Quelqu’un qui ne parle pas votre langue maternelle. Il faut essayer de se faire comprendre. Alors arrive une langue nouvelle, empruntant à la langue d’origine des accents, des sonorités, et s’efforçant de coller au français tel qu’on le parle. Laurent Colomb a écouté ces « assents tranzers » et s’est interrogé sur ce qu’il y avait d’efforts, de persévérance pour aborder les autres, par exemple à la « perfecture ». Ne pas rester « coumanenfan », « coumazandicapi » parce qu’on ignorerait la langue du pays où l’on vit. Il ne s’agit pas de témoignages recueillis au cours d’une enquête, mais bien de textes à lire à voix haute, comme ceux qu’on entend ici et là, sur le marché, dans la rue, à « Gazdou-Rama ». Et si l’on rit à la première écoute, on comprend vite « que chacun il se débrouille de sa tête le noeud de la langue ». Et puis « Y a des mots qui sont des phrases qui sont des mondes ». Ces Autochtonies parlent d’hospitalité.

Posté par onarretetout à 07:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

29 juillet 2015

Rhapsodies fluviales, de Hamidou Sall

9782917598207

La langue d’Hamidou Sall est un voyage qui part du Sénégal, des origines, c’est-à-dire du fleuve, le mayo. Il sait comment la langue française est devenue la sienne, celle de sa famille, celle des siens, celle que Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire ont enrichie de l’oralité d’autres langues. Il sait que la culture grecque a des sources orientales et africaines. Il marche le long des fleuves, Sénégal, Danube, Seine, en compagnie des poètes qu’il a lus, qu’il a côtoyés. Il les cite longuement, Victor Hugo, Adam Mickiewicz, Friederich Hölderlin, Attila József, et d’autres. La liste est ouverte. Et c’est en les rencontrant tous qu’on le rencontre, lui, qu’on découvre sa voix en foulant « le sol de l’aube de (sa) lignée ». Il marche le long des fleuves et des poèmes qui lui ont donné sa mémoire et, plus encore, la mémoire de sa famille et la mémoire des peuples.

Posté par onarretetout à 08:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

28 juillet 2015

Markus Lüpertz, rétrospective au Musée d'art Moderne de la Ville de Paris

IMG_6533

Il était temps que j’y aille : l’exposition se terminait le 19 juillet. Et c’est peut-être à cause d’une certaine vision de l’Arcadie que j’ai eu envie de la visiter, une vision différente, évidemment, de celle de Bonnard (on verra une toile de Lüpertz représentant une statue de Maillol, comme on a vu une statue de Maillol dans l'exposition de Bonnard). La présentation de cette rétrospective de Markus Lüpertz choisit une chronologie à rebours. C’est un parti-pris que je ne cherche pas à comprendre, sinon qu’il nous embarque immédiatement dans un bateau avec Ulysse, et impose ces statues en bronze peint qui font souvent référence à l'antiquité, notamment par des torses sans bras. Mais les références ne s’arrêtent pas là : dans la peinture aussi, on trouve David, Poussin, Goya et d’autres. Ce qui donne à l’ensemble une impression de familiarité. On se dit que ces oeuvres s’inscrivent bien dans l’histoire de l’art (et j’ai plusieurs fois pensé à Cueco). Mais, bien sûr, la personnalité de Markus Lüpertz, son travail, son exploration de la sculpture et de la peinture s’expriment avec évidence soit par l’allure de ses nus qui marchent, soit par les couleurs et les formes qu’il étale sur ses toiles. Les coques de bateaux, les coquilles d’escargots, les casques m’ont semblé des crânes (ou l’inverse) et j’ai passé beaucoup de temps dans la salle intitulée « Hommes sans femmes, Parsifal », sans doute à cause de ces crânes qui apparaissent sous les visages. La perruque de Mozart, le coq au poing d’un soldat, le triangle dans une façade d’immeuble, il fallait entrer dans les détails, bien que la toile ou la sculpture semble résister à cette pénétration, de même qu'il fallait accepter cette façon d'inachever qui particularise cet artiste (c'est peut-être aussi pour ça que j'ai pensé à Cueco), et ne pas trop s’arrêter aux citations posées ici et là sur les murs du Musée qui risquaient de détourner de l’oeuvre elle-même.

IMG_6534 IMG_6536

IMG_6537 IMG_6540

IMG_6535

Posté par onarretetout à 08:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

27 juillet 2015

Les Zaccros d'ma rue 2015, à Nevers -58- (6)

Et, bien sûr, une promenade dans Nevers, comme chaque année : les rues, la cathédrale, les arbres…

DSCN0922 DSCN0925

DSCN0923 DSCN0924

DSCN0963 DSCN0982

Posté par onarretetout à 08:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

26 juillet 2015

Les Zaccros d'ma rue 2015, à Nevers -58- (6)

Deux spectacles, très différents l’un de l’autre, sont réunis dans cette page. Ils ont en commun de m’avoir procuré de belles images.

DSCN0951

Le Collectif Bonheur Intérieur Brut raconte une histoire de nomades, vivant dans les arbres où ils partagent des poissons, une histoire sur échasses accompagnée par un accordéon, une famille entre Chagall et Kusturica, dont l’homme offrirait bien une maison et un mariage si la police n’arrivait pas pour déloger et remettre sur les routes ceux que rien ne sépare. Restent les images de tableaux dans les arbres, de dépaysement au coeur de la ville et de poissons pas plus bavards que cette famille N’importe où hors du monde.

IMG_6471

Avec Mystica Salvaje, c’est le côté mystico-ancestral qui dérange et agace : un vieil homme aux longs cheveux gris, une jeune vierge vêtue de blanc et une musicienne en robe rouge. Des clichés, hélas. Mais une fois cette impression dépassée, on entre dans le jeu du feu, des chemins de flammes sur lesquels marchent les trois personnages, un serpent qui ondule, une boule jetée dans les airs et qui envoie sa chaleur alentour… Le feu fascine, dessine, ferme les cercles, ouvre les spirales. Les étincelles enveloppent la danseuse et la dernière image nous soulève, tous.

Posté par onarretetout à 08:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,