main tenant

22 novembre 2017

Sensations fortes, de Nancy Huston

CVT_Sensations-Fortes_5402

Neuf nouvelles à travers le temps, neuf histoires, vraies ou fausses, par lesquelles Nancy Huston nous emmène du Canada en Europe. La première, pourtant, se déroule en Europe, mais elle parle des grands-parents et situe l’histoire du monde dans ce mouvement d’allée et venue, non comme s’il fallait revenir d’où l’on est parti mais plutôt par des échanges entre ici et là-bas, entre là-bas et ici. Il n’y a pas toujours d’aller dans ces nouvelles : parfois le départ n’est qu’une intention qui se termine comme un radeau au fond d’un lac. Parfois, c’est une voix qui annonce une chose irrémédiable. Et la mort prend tous les visages : un homme pas tout-à-fait de la famille, une mère qui devient un arbre, mortel donc, parce que vivant, une fillette japonaise dans le métro, une femme qui fait le ménage dans une ville qui « n’est même pas sa ville ». Il a bien fallu partir. Et en finir avec les murs qui séparent les hommes et les femmes et rendent impossibles les gestes tendres et les paroles simples et vraies.

Posté par onarretetout à 07:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


21 novembre 2017

The Music of Light, exposition d'Adine Sagalyn à la Fondation des États Unis, à Paris

IMG_2864

Adine Sagalyn expose quelques compositions photographiques à la Fondation des Etats Unis - Cité Universitaire, à Paris. À l'occasion de la visite que j'y ai faite, mes pas m’ont conduit ce jour-là dans le Parc Montsouris tout proche. Les compositions de la photographe évoquent la ville et son organisation comme on le ferait pour examiner la vie animale ou végétale. La répétition, l’agencement des formes, des traits sont à l’oeuvre aussi dans la nature. Si l’automne m’a permis de rapprocher les images d’Adine Sagalyn et celles des arbres alentour, c’est bien parce que s’en dégage la musique de la lumière.

IMG_2865 IMG_2877

fullsizeoutput_2ca0 IMG_2866

IMG_2868 IMG_2879

Posté par onarretetout à 07:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

20 novembre 2017

Marina Skalova, à la Rencontre poétique chez Tiasci-Paalam en novembre 2017

IMG_2768

Quand Marina Skalova commence à lire Atemnot (Éditions Cheyne), les oreilles cherchent à reconnaître le français d’une part et l’allemand d’autre part , les deux langues dans lesquelles ce recueil est écrit. Mais la lecture de Marina est faite de telle sorte que cette dissociation est vaine : les deux langues n’en sont qu’une pour elle, prononcées de la même façon, dans une diction qui ne les différencie pas. Pour elle qui est née en Russie et qui vit en France et en Allemagne depuis l’âge de 3 ans (actuellement en Suisse), la question du choix de la langue ne se pose pas, comme ne se pose pas celle des frontières. Pourtant, elle n’ignore pas que le monde dans lequel nous vivons s’est inventé des frontières pour tenter d’endiguer les flux migratoires.

C’est de cela qu’il s’agit dans la lecture du second texte dont elle nous a fait la primeure ce soir-là : Exploration des flux. Ses mots coulent comme les humeurs vont dans les corps, comme les fleuves vont vers les mers, comme les populations se déplacent, comme le sang coule, comme les aliments traversent les tubes digestifs, comme les nuages, comme les mots d’une langue à l’autre… Et les fluides remplissent l’espace où nous sommes, tantôt nous font sourire, ou rire, tantôt font tourner le moulin de nos pensées, sans fin. Nous sommes impatients de trouver ce texte, bien qu’il semble écrit pour être dit, dans un livre dont Marina nous annonce la publication prochaine.

Posté par onarretetout à 07:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

19 novembre 2017

Cahier d'Automne, MAC Paris 2017

Il y a deux jours, je vous présentais des oeuvres d’Anne Bothuon exposées au MAC Paris 2017. Voici d’autres oeuvres qu’on peut encore y voir aujourd’hui, dimanche, au Bastille Design Center, à Paris.

IMG_2812 IMG_2813

Fabrice Leroux travaille le temps. Dans son sablier, il a mélangé sable et cendres et le temps s’y écoule irrégulièrement. Un tourbillon dans un verre d’eau efface le mot écrit sur un papier : le papier sur lequel on écrit se dilue et l’encre colore mot après mot l’eau. Il arrête aussi le temps, figeant le pinceau ou empêchant la trotteuse d’une horloge d’avancer.

IMG_2827 IMG_2823

JP Racca-Vammerisse présente des têtes de forme animale sur des barquettes alimentaires. Les couleurs empêchent d’y voir une simple reproduction de la nature mais ne masquent pas l’humour un peu féroce qui s’y joue.

IMG_2818

Il était aussi tentant (et je me suis laissé tenter) de jouer avec les pliages d’Elodie Boutry et les miroirs posés au sol de A.I.L.O.

IMG_2833

Posté par onarretetout à 07:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

18 novembre 2017

En principe

IMG_2841

Denis Hirson signait jeudi soir son livre, Ma langue au chat, à la librairie Mots et Motions de Saint-Mandé (94). En voici un extrait :

« En principe, ça coûte huit euros vingt, me dit le vendeur au marché.

Il me sourit. Je lui souris. On se connaît. Il est libanais, c’est de la moussaka qu’il me vend, et nous savons tous les deux qu’il va me faire un prix.

Entre-temps, je lui demande : En arabe, y a-t-il un équivalent d’en principe ?

Après réflexion, il me répond que non.

En anglais non plus, du moins pas dans ce cas-là.

Rien d’aussi élastique que cet en principe, on dirait un patineur avec trois cent soixante degrés de glace autour de lui.

Deux mots qui ouvrent l’espace entre nous.

J’en regrette presque qu’il finisse par m’annoncer un prix. »

En principe, vous aussi, vous connaissez des phrases qui commencent par en principe.

Exemples :
En principe, les automobiles doivent s’arrêter au feu rouge.
En principe, c’est l’automne qui vient après l’été.
En principe, deux et deux font quatre.

C’est à vous main tenant. Postez dans les commentaires ci-dessous trois phrases commençant par « en principe ». Merci.

Posté par onarretetout à 07:42 - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,


17 novembre 2017

Anne Bothuon expose au MAC Paris 2017, Bastille Design Center, à Paris

IMG_2806

Le travail d’Anne Bothuon est troublant. Elle coud. Le fil noir sur un tissu dessine des visages. Les joues, le nez, les lèvres, les yeux, surtout les yeux peut-être. C’est ce que nous verrons tout d’abord dans cette exposition intitulée Cahier d'automne, au Bastille Center.

Puis des personnages sculptés, fabriqués dans une matière textile et dont les articulations sont marquées par des fils. Des personnages cousus.

Nous en trouverons d’autres au sous-sol, sous une tente. L’artiste nous incite à y entrer. Le sol est mou, il y a deux sièges où nous pouvons nous asseoir. Et nous voici regardant Adam et Eve dans les postures qu’on a vues dans des toiles anciennes. Se cachant le visage, tentant de cacher leurs corps. Au sol, des pommes rouges. Anne Bothuon crée un rapport très particulier avec ses personnages. C’est notre nudité. Le titre de cette oeuvre est Paysage intérieur. Effectivement nous entrons dans un espace fermé pour voir cet homme et cette femme. Mais c’est aussi en nous que cela réveille des réminiscences, dans notre paysage intérieur.

IMG_2805 IMG_2809

IMG_2828

IMG_2830

IMG_2831

Et c'est de nous qu'ils semblent vouloir se cacher, comme s'ils craignaient notre jugement.

Posté par onarretetout à 08:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

16 novembre 2017

Belle merveille, de James Noël

bellemerveille-l-572149

Un tremblement de terre, « la grande secousse, le gourmand, le glouton goudougoudou » qui surprend les Haïtiens le 12 janvier 2010 a tout retourné. Et Bernard a vu mourir tant de personnes ! Il en fait pourtant partie, lui, de ce « peuple élu sur l’échelle de Richter », et il ne peut que constater le désastre. « Le ciel est analphabète », même raturé d’avions des ONG. James Noël nous entraîne à sa suite dans une ville dévastée, s’en prend au système, même au système solaire, et rencontre Amore qui lui propose de venir en Italie, une terre qui tremble aussi. La belle merveille que ce livre écrit avec la rage, avec un sentiment d’injustice, et sans soumission sinon à l’amour : « Pour la première fois, j’étais vivant ». Prenez place à bord d’Ici Bas Airlines : « il suffit de fermer les yeux pour voyager à bord ».

Posté par onarretetout à 07:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

15 novembre 2017

Lettres de non-motivation, de Julien Prévieux, mises en scène par Vincent Thomasset

medias_file_w355_99816b62eb23072c79778d7c745da4fb

La première fois que j'ai vu, dans une exposition, une oeuvre de Julien Prévieux, c’était une lettre de non-motivation. J’y ai lu une forme de plaisanterie, ridiculisant les employeurs qui ne lisent pas les lettres des candidats et envoient pour toute réponse des courriers-types. On pouvait donc jouer avec ce rituel qui part de l’annonce, revient avec une lettre où le candidat est invité à afficher sa motivation et repart avec une réponse souvent écrite d’avance. Un jeu de dupes. Mais un jeu auquel nous sommes nombreux à avoir joué, espérant obtenir le poste décrit sur une feuille de journaux spécialisés dans les branches professionnelles où nous souhaitons entrer.

En voyant la mise en scène de Vincent Thomasset autre chose m’est apparu de la démarche de Julien Prévieux : ce n’est pas une simple moquerie, une suite de sketches, c’est une forme de renversement de la domination patronale. Une annonce, c’est une offre d’emploi. Si je refuse cette offre, j’en refuse les conditions, qu’elles soient salariales ou techniques. Je refuse d’entrer dans ce système qui me priverait de liberté. Je refuse ce marché parce que je ne suis pas la proie qu’on appâte avec des formules dont Julien Prévieux n’a pas de mal à montrer l’hypocrisie et les pièges. À la fin du spectacle, une petite chanson vient s’installer dans nos têtes comme une rengaine, répétant ad libitum que « peut-être vous recevrez cette lettre » mais que « le c.v. a disparu ». Le c.v. absent des lettres qu’envoie Julien Prévieux c’est, bien sûr, le cours de sa vie qui n’a pas à être donné au patron. La dernière lettre lue face au public est la reprise d’une phrase obstinée d’un personnage d’Herman Melville, Bartleby, qui, à toutes les sollicitations de son employeur et, plus généralement, de son entourage répond : « Je préfèrerais ne pas ».

51ey9C8Xt7L

Posté par onarretetout à 07:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

14 novembre 2017

Mercy, Mary, Patty, une lecture-concert de Lola Lafon (avec deux musiciens, deux chanteurs et une chanteuse)

c0b4931b86

Une lecture-concert du livre de Lola Lafon présenté ici était proposée à la Maison de la Poésie, à Paris. Les choix qu’a faits l’auteure ont orienté mon regard un peu différemment de ma lecture initiale. Elle s’est attachée à lire toute la première partie, ou presque, puis les dernières pages du livre. C’était donc assez résolument autour de Patricia Hearst que nous étions tournés. Bien sûr dans les derniers pages du livre, il est question des femmes enlevées par des Natifs aux États-Unis au XVIIe et XVIIIe siècles et qui ont choisi de rester avec leurs ravisseurs. Ça pourrait être vos filles, vos soeurs, vos voisines, dit-elle à la fin.

Le décor est fait de feuilles d’arbres, d’images projetées de troncs landais (puisque la rencontre de Gene Neveva et de Violaine a lieu dans les Landes) ou du visage de Patricia Hearst apparaissant dans les feuillages.

Elle chante des chansons dont je retiens les suivantes : 

Suzanne, dans la traduction de Greame Allright, où il est dit « Tu veux rester à ses côtés »

Sur le pont du Nord, une comptine qui interdit à une fille d’aller danser et qui s’achève sur ces mots : « Voilà le sort des enfants obstinés », frère et soeur étant morts pour avoir désobéi à leurs parents

Une vie de voleuse, chanson présente dans l’album présenté ici, où elle revendique « Une vie d’arbre évadé de toutes les forêts », et affirme « Une vie, si tu veux en avoir une, vole-la ».

Ainsi, le texte lu ce soir reprenait les préoccupations de Lola Lafon, développées de livre en livre, de chanson en chanson : 

Gene Neveva, Violaine, deux femmes qu’on pourrait dire « à moitié folles », au bord de la mer qui répond « que depuis toujours tu l’aimes ». 

« Le sort des enfants obstinés » me rappelle les Énervés de Jumièges que les deux filles qui traversent la France dans Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce décrivent : les fils d’un roi dont les parents, pour les punir d’avoir osé se révolter contre leur père, ont brûlé les tendons pour les empêcher définitivement de bouger.

Une vie de voleuse, c’est aussi cette volonté qui anime Lola Lafon de réaliser sa propre existence et quand, pour conclure cette soirée, elle chante trois couplets de la chanson de Georges Moustaki Il est trop tard, c’est pour dire qu’en chantant, qu’en rêvant, en aimant, « il est encore temps » d’agir, d’être soi-même, d'avoir « le courage des oiseaux qui chantent dans le vent glacé », pour reprendre la chanson de Dominique A qui annonce, au début de la lecture « que cette histoire finit mal ».

Lola Lafon: lecture, chant — Olivier Lambert: guitare, machines — Julien Rieu de Pey: basse, guitare — Apolline Raï: chœurs — Jonas Mordzinski: chœurs — Abel Zamora: chœurs
Mise en scène: Chloé Dabert — Lumières: Marianne Pelcerf — Son: Raphaël Allain

Posté par onarretetout à 07:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

13 novembre 2017

27e Salon de la Revue, à Paris

Visuel-définitif-salon-2017-RVB-100dpi-210x300

C'est en fin d’après-midi, ce dimanche, que je suis allé à la Halle des Blancs Manteaux, à Paris, pour le 27e Salon de la Revue. 900 exposants, c’est beaucoup et il était parfois malaisé de circuler dans les allées étroites où se serraient les tables présentant les numéros disponibles de toutes sortes de revues, universitaires, historiques, poétiques, scientifiques, théâtrales. Je me suis arrêté devant quelques tables, 

échangeant ici avec une personne de la revue Kanyar présentée il y a quelque temps sous la Tonnelle de la Librairie l’Établi d’Alfortville, 

là avec Paul de Brancion et sa revue Sarrazine

ou encore ailleurs pour parler, au stand de la revue Zone sensible, de la prochaine Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne dont l’existence est plus que menacée par une baisse importante de subvention, cette 14e édition (du 16 au 21 novembre) étant probablement la dernière et portant pour titre état d’urgence poétique

et au stand de la revue La Passe animée, quand je m’y suis arrêté, par Tristan Félix m’ayant invité ainsi que d’autres à participer, par le texte ou le dessin, à un des trois numéros sauvages réalisés sur place au cours de ce " Savon de la Relue ".

Posté par onarretetout à 07:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,