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25 février 2018

White blood, Blue night - exposition au Centre d'art contemporain La Traverse d'Alfortville (94)

Il y a eu L’heure rose, voici la Blue Night : les jours se suivent au Centre d’art contemporain La Traverse. Et ils font sang blanc. Coulent sur les muqueuses (Béatrice Cussol), les bouches, en silence. Les sorcières de l’exposition ne hurlent pas, elles sont seulement présentes, corps débordant parfois, têtes coupées, lèvres cousues, les yeux ouverts sur une étrange nature (Myriam Mechita). 

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Je venais de visiter l’exposition Women House à la Monnaie de Paris. Outre le fait que les titres de ces deux expositions, à Paris et à Alfortville, sont en anglais (ce qui, pour moi, a pour effet de tenir à distance les non-anglophones, et surtout me paraît comme une façon de céder au marché de l’art dominé par les Etats-Unis d’Amérique), on y trouve cette affirmation de soi par le sexe. Mais on y trouve aussi une relation aux objets comme cette théière à Paris et ces autres couverts sur la table à Alfortville. Ici, c’est une sorte de crèche : la paille, et un visage que suggèrent deux théières, des couverts et autres ustensiles marqués de traînées sanguinolentes (Vidya Gastaldon). 

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Après le Grand Sabbat (Agathe Pitié) réunissant toutes les images contemporaines de sorcières comme certains peintres flamands rassemblaient des monstruosités, place à la nature et aux accumulations, offrandes (Skall) ou manifestants (Lydie Jean-Dit-Pannel), parmi lesquelles une femme choisira un agneau pour le tenir dans ses bras tandis que le troupeau sortira de l’enclos (vidéo de Imfazwe Yenkaba).

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Mais de la nature, enfermée dans des boites de conserve (Martine Aballéa), nous n’avons plus que de vagues réminiscences (Mélanie Lecointe).

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L'exposition se termine le 3 mars 2018.

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24 février 2018

Des consonnes au féminin

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Parmi les Remarques de Jacques Roubaud, il y a celle-ci :

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La semaine dernière et la précédente, nous avons déjà joué avec les consonnes. Jacques Roubaud nous invite à continuer. 

Attention : les seules consonnes autorisées dans votre phrase ou votre texte sont les f, h, l et m, et chacune d'elles doit y figurer au moins une fois. Évitez les pluriels...

Exemple :
La fille a faim, l’homme la hèle : hé, la môme ! file à Millau, le miel y afflue.
(La photo ci-dessus était sur le site de Biocoop Millau)

C'est à vous main tenant. postez vos phrases dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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23 février 2018

Marceline Loridan-Ivens à la Maison de la Poésie, à Paris

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C’était une rencontre à la Maison de la Poésie, à Paris. Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon s’entretiennent avec Sophie Joubert. Il y a beaucoup de monde. Quelqu’un dit : Marceline est une rock-star ! Je n’avais pas réservé, j’entre quand la discussion a déjà commencé et je suis au fond de la salle, debout comme quelques autres. J’entends cette femme se réjouir d’avoir été beaucoup aimée et de l’avoir découvert quand, avec Judith Perrignon, elle a ouvert la valise : des lettres, des petits mots, d’amis, d’amants, d’amies. Elle a la phrase qui fait rire, suivie d’une autre qui pèse sur l’auditoire. Elle est surtout une femme libre. Si on veut lui faire dire qu’elle s’est dédoublée pour ce livre, elle dit que non. Puis elle explique qu’elle a d’abord voulu, au retour des camps, ne pas être la Juive rescapée mais qu’elle a voulu être une femme libre. C’est le mot le plus fréquent de cet entretien : « J’ai toujours été libre et je veux le rester ». Libre dans sa vie, dans ses amours, ses amitiés. Libre. Quand on a vu les corps nus des autres dans les conditions des camps nazis, comment accepter de se déshabiller ? Avec Joris Ivens, qu’elle a épousé en 1963, elle dit que tout s’est mis en place naturellement, et chacun son lit, chacun sa chambre. C’est important, affirme-t-elle. Soudain elle s’emporte contre Erdogan, et la menace qu’il fait peser sur Israel. À Jerusalem, elle a perdu la vue en quelques minutes, pendant une séance de dédicaces. Elle a pensé qu’il lui fallait mourir mais, dit-elle, « on ne vient pas en Israel pour mourir ». D’ailleurs, elle conclura la rencontre sur la résistance que chacun peut opposer à la mort. On ne meurt que lorsqu’on le veut ou quand on baisse la garde. Elle aura 90 ans en mars 2018 et, même si elle ne voit pratiquement plus, elle continue à être cette femme libre, contente qu’il y ait dans la salle, bien sûr des cheveux blancs, mais aussi des jeunes.

Marceline Loridan-Ivens a publié, avec Judith Perrignon, Et tu n'es pas revenu, une lettre à son père qui n'est pas revenu des camps nazis, puis, récemment L'amour après, livre dont le contenu servait de base à cette rencontre.

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22 février 2018

Aquerò, de Marie Cosnay

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Un livre attendait chez moi depuis plusieurs jours. Le film de Xavier Giannoli me l’a rappelé. Marie Cosnay y évoque Bernadette Soubirous. L’apparition, c’est tout au fond d’une grotte, tombée par temps d’orage, le souvenir de Bernadette, dont elle a lu l’histoire à l’infirmerie. Bernadette qui a « a vu aquèra, accent sur le "e", c’est‐à‐dire celle‐ci, fille, fée ou déesse ou bien elle a vu la lumière à l’état de lumière : aquerò, l’accent sur la dernière syllabe, ceci, neutre ? Bernadette a vu celle‐ci, la fille, ou ceci, la chose ? »

Dans une grotte, on peut voir beaucoup de choses extraordinaires : des mains dessinées sur les parois, parfois des ossements, des objets, des outils, des figures sculptées dans l’ivoire, comme la dame de Brassempouy.

Bernadette ramassait du bois dans la forêt, et des os. Son père fut un jour mis en prison, parce qu’il était tellement pauvre qu’il fut suspecté d’avoir volé. Et Bernadette, dans une grotte, a vu une lumière. Ça n’était pas bon pour sa famille, qu’elle se fasse remarquer de la sorte. Mais elle a persisté, creusé pour faire sortir de l’eau, les gens la regardent. Et l’interrogent sans cesse : Qu’a-t-elle vu ? dit, dans son patois ? ressenti ? On lui propose des images : elle les refuse. Son corps est une plaie.

Au fond de la grotte, elle a marché comme elle a pu, puis trouvé une lumière, l’endroit où elle pouvait sortir. L’histoire de Bernadette la rattrape donc là, meurtrie. 

Et je me souviens de la chute de Thomas dans la montagne quand, dans le livre de Luc Lang, Au commencement du septième jour, il rejoint à pied, seul, son frère Jean : comme dans le livre de Marie Cosnay, le smartphone s’éteint, on marche comme on peut, blessé, ils voient, lui une ourse, elle une biche…

Et, comme dans le film de Xavier Giannoli, Bernadette monte dans la forêt, court dans le Gave...

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21 février 2018

L'apparition - Hadewijch - Les Combattants

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Retour sur le film de Xavier Giannoli. S’il parvient à approcher la question de la foi, sans avoir besoin de justifier l’existence d’un dieu, par certains aspects il me fait penser à d’autres films.

Celui de Bruno Dumont, Hadewijch dont l’héroïne (Julie Sokolowski - photo ci-dessous à droite) n’a pas de visions mais est obsédée par un Christ au tombeau vers lequel elle monte en courant à travers une forêt. Sa foi est liée à la virginité puisqu’elle veut demeurer vierge pour le Christ qu’elle aime.

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On trouve de tels propos dans les paroles d’Anna (Galatea Bellugi - photo ci-dessus à gauchebien qu’on comprenne assez vite que le désir qu’elle exprime dans une prière vaut plutôt pour Jacques, le journaliste, que pour un pur esprit, sans toutefois que ce désir l’amène à une quête sensuelle. Elle traverse aussi une forêt pour atteindre, sur les hauteurs, une chapelle isolée, et fermée. 

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Autre film auquel je pense, bien qu’il paraisse très éloigné de celui de Xavier Giannoli : Les Combattants, de Thomas Cailley. C’est sous l’angle du désir d’engagement des jeunes que ces deux films me semblent proches, même si l’engagement n’a pas les mêmes buts. La mort d’un père ou le passage de familles d’accueil en foyers, cela fait des jeunes en quête de repères. Dans le film de Xavier Giannoli, c’est, plus que dans celui de Thomas Cailley, la pauvreté qui crée une forme de solidarité, une amitié sans faille, un engagement contre « la mondialisation de l’indifférence ». Les Combattants (Adèle Haenel et Kevin Azaïs - photo ci-contre à gauche) sont des guetteurs, qui restent « à l’affût, sur leurs gardes ». Les jeunes gens de L’apparition décident d’agir pour les autres.

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20 février 2018

Dominique Quelen, à la rencontre poétique chez Tiasci - Paalam, en février 2018

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« Pas d’oiseau dans la neige ». Les mots disent-ils l’image ? S’agit-il des pas d’un oiseau dans la neige ? Le sens du dessin qu’y laissent les trois doigts est alors le contraire du sens de leur marche. Ou s’agit-il de constater qu’il n’y a pas d’oiseau dans la neige ?

La réalité du poète est faite de mots. Car il cherche à exprimer l’indicible.

Dominique Quelen parle de Loque, recueil qu’il a écrit quand il « était une loque », dit-il. Précisant qu’une loque, dans le Nord, c’est aussi une serpillière. Et que ce mot se retrouve dans « éloquence ». Les contraintes qu’il s’est données pour écrire, tant de lignes quotidiennes, s’interrompant quand sa mesure était atteinte, même s’il était au milieu d’une phrase, d’un mot, reprenant son texte le lendemain, entraîné par le mot où il s’était arrêté la veille. Sans cette règle qu’il s’était choisie, les mots ne seraient sans doute pas venus. 

« Même pas peur » dit un autre texte, qu’il lit debout. Même pas peur, affirme-t-il, comme pour tenir la peur à distance, y compris la peur intime, familiale, grâce aux mots, écrits pour être proférés en public.

Pour une trilogie dont il vient de publier le troisième livre (Basses contraintes, Avers et Revers), il dit avoir mis en pratique les vers justifiés, un procédé inventé par Lucien Suel (suivre le lien dans la colonne de droite), puis présenté les textes ainsi écrits sous forme de prose. L’indicible peut donc trouver son expression à condition de forcer un peu le langage, la contrainte étant cette liberté qu’il s’est donnée. Et l’obligeant à jongler avec des mots parfois pas plus gros que des balles et avec une ponctuation réduite. Tranchant souvent dans les phrases. 

Pour composer les livrets d’opéra, il utilise également des procédés proches des compositeurs de musiques avec lesquels il travaille. Les mots, les notes, se travaillent de la même manière. Avec Aurélien Dumont, en particulier, dont il fait écouter ce soir Thét®is, mélange d’une cantate de Rameau (Thétis) et de la musique d’un jeu vidéo (Tétris) incluant une réécriture (dont la lettre « r » est absente) du texte original et anonyme de la cantate.

Dominique Quelen taille dans le langage comme dans la chair. Écrivant ces mots, je pense aujourd’hui à ces oeuvres de Lionel Sabatté, que j'avais vues à Vitry-sur-Seine, réalisées à partir de poussières ou de pièces de 1 centime. Et à cette phrase que Christa Wolf met dans la bouche de Heinrich von Kleist : « Si je voulais partager le monde en deux, il me faudrait porter la hache en moi-même, couper en deux mon moi intime, et tendre ces deux moitiés au public dégoûté pour qu’il ait des motifs de faire la grimace : Tout cela n’est pas propre. Oui, ce que j’ai à exhiber est sale. Ce n’est pas fait pour qu’on y morde et qu’on l’avale. »

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19 février 2018

L'apparition, film de Xavier Giannoli

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« L’Eglise préférera toujours passer à côté d’un véritable phénomène plutôt que de reconnaître une imposture ». Une jeune fille, Anna (Galatea Bellugi), dit avoir vu la Vierge Marie. Les pèlerins affluent. Le Vatican invite un journaliste (Vincent Lindon), reporter de guerre, traumatisé par la mort d’un de ses amis, à participer à une commission d’enquête qui doit décider de la reconnaissance de cette « apparition ».

Xavier Giannoli multiplie les signes : le journaliste, au début du film, est enfermé chez lui, colle des cartons à toutes ses fenêtres. Il n’apparaît même pas à la cérémonie d’hommage à son ami. Le cinéaste fait dire, à un moment du film, que c’est en réalité Anna qui a choisi cet homme, qui n’est pas comme les autres, à qui elle racontera plus tard l’histoire amusante d’une enveloppe sur laquelle est écrit « Ne pas ouvrir ». Et le réalisateur ouvre les pistes. Tous ses personnages sont sincères et il ne met pas en doute cette sincérité. Il parvient à maintenir le mystère jusqu’au bout. Et quel meilleur moyen que de placer celui qui veut des preuves au coeur de l’enquête ? Car les preuves ne dissipent pas le mystère. 

Comme dans d’autres cas d’apparition, la « voyante » vient d’un milieu pauvre : de famille d’accueil en foyer, a-t-elle un autre choix que celui-ci, « le CAP coiffure ou la sainteté » ? Comme dans d’autres cas aussi, ce sont peut-être les autres qui disent qu’il s’agit de la Vierge Marie, la « voyante » parlant d’abord d’une lumière sur les pierres. Et « la foi est un choix libre et éclairé », dira la psychanalyste qui participe à la commission.

De ce film magnifique, il ne faut pas trop révéler ici les derniers chapitres sinon qu’ils soulignent ce que dit le curé du village dans un sermon, dénonçant « la mondialisation de l’indifférence ».

Et la dernière image me rappelle la fin d’un livre de Laurent Gaudé, Écoutez nos défaites, où un objet est rapporté à l’endroit d’où il avait été retiré : le mystère qui nous traverse est rendu à son origine.

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18 février 2018

POÉTIQUE : REMARQUES, de Jacques Roubaud - février 2018

« Ce volume rassemble un demi-siècle de réflexions dans une forme particulière de prose que j’appelle remarques. », écrit Jacques Roubaud. Il ajoute qu’il se compose de 15 sections de 317 remarques chacune. Je pensais d’abord citer quelques remarques chaque mois de l’année 2017, mais j’ai choisi de les présenter par section ; il y en a 15, cela dépasse l’année. Ou bien, nous dirons qu’une année Roubaud vaut plus que douze mois. Vous trouverez, dans chacun des trois mois suivants (février, mars, avril 2018), quelques-unes des remarques de Jacques Roubaud dans ce blog, précédées du numéro qu’elles ont dans le livre.

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3895. Le rêve du toujours-à-faire a pour réveil le préférer-ne-pas (bartlebien).

3896. L’énigme, selon Aristote, est « conjonction des opposés ». Le mystère défait ce lien, le met en doute. La devinette, le puzzle, le nient.

3900. Sur la tombe de Duchamp : « D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent. » Le mot important est « d’ailleurs ».

3932. (…) l’instant, le maintenant est un point où l’éternité pince l’éphémère pur.

3934. Temps et rêve — Le point du rêve est celui du « maintenant » de l’éveil.

3936. « Je cherche en même temps l’éternel et l’éphémère » (Perec) : je rêve.

4059. Me coucher de bonne heure ou ne pas me coucher de bonne heure, telle fut, longtemps, la question.

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17 février 2018

Un petit soldat de plomb

Il y a une semaine, je vous ai invités à écrire des phrases où les mots de plus de trois lettres contenaient une ou plusieurs des lettres  j, k et v, consonnes qu’il faut toujours prononcer en français. Les autres consonnes peuvent être muettes.

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Exemples (cités par les auteurs de La faute de l’orthographe) :
le b de plomb
le c de tabac
le d de profond
le f de cerf
le g de doigt
le h de hélicoptère
le l de gentil
le m de condamné
le n de colonne (un des deux n au choix)
le p de baptême
le q de jacquard
le r de monsieur
le s de près
le t de prêt
le w de bungalow
le x de chevaux
le z de nez

Il y a d’autres cas où ces consonnes sont muettes. Mais il y a aussi des cas où une consonne muette devient sonore selon la lettre qui la suit (il en va ainsi des s des pluriels quand ils sont suivis d’une voyelle).

Cette semaine, vous êtes invités à écrire une phrase dont trois mots, au moins, contiendront une consonne muette.

Exemple :
Un petit soldat de plomb est tombé de tout son long près de Bordeaux. 
(L'image ci-dessus est celle de la couverture d'un livre présenté sur le site de la Librairie Mollat de Bordeaux, site qui précise que ce livre n'est plus disponible)

C’est à vous main tenant. Postez vos phrases dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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16 février 2018

Du désir d'horizons, chorégraphie de Salia Sanou

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Arriver ici, dans un camp. Que faire de son corps ? De sa parole même ? Enfermé. Sans avoir où aller. N’étant pas d’ici. Ayant dû fuir. Tomber. Se relever. De quelque côté que l’on se tourne, de quelque façon que l’on bouge, on n’en sort pas. On voudrait en sortir. De la solitude. Trouver les mots, les gestes, les pas. Rencontrer. Les danseurs nous regardent. Les lits se dressent en forteresse (image trouvée sur le site de la Compagnie Mouvements perpétuels, de Salia Sanou). Il n’y a pas de nature dans ce lieu de nulle part où vivent pourtant des millions de femmes et d’hommes. Si le chorégraphe pose ce décor, les mots qu’il a choisis pour accompagner la danse, mots qui naissent dans le public et gagnent le plateau, ce sont ceux de Nancy Huston, extraits de Limbes/Limbo, texte qu’elle a écrit en hommage à Samuel Becket (Cap au pire). Et ce sont les mots de tous les exilés, de celles et de ceux qui ne sont jamais chez eux, dans leur langue. Salia Sanou trouve dans les corps l’expression du désir d’ailleurs. La scène finale, où les couples tournent sur des mobylettes, nous fait partager la joie du départ. Et les danseurs nous regardent.

J'ai vu ce spectacle au !POC! d'Alfortville (94)

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