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02 juillet 2022

À la courte paille

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Devant les nids du Duo Roca - Lanci, j’ai cherché des synonymes au mot « paille ». J’ai trouvé neuf mots. Pour chacun de ces mots, j’ai trouvé d’autres synonymes. J’ai ainsi rassemblé 70 mots. 

paille
carton, cartable, croquis, carte, fiche, bristol, sous-main, cartonnage, cartonnier 
chalumeau, pipeau, galoubet, flûteau, gluau, roseau, flûte, tige
chaume, éteule, glui, chaumière, maisonnette, blé, toit, cabane, champ
chiffon, loque, guenille, haillon, serpillière, lambeau, peille, pilot, charpie, chiffe
défaut, manque, imperfection, insuffisance, vice, défectuosité, faiblesse, carence, travers, faute
fétu, brimborion, brindille, brin, rien, peu, bagatelle, misère
paillette, strass, paillon, lame, clinquant
tige, pédicule, tringle, arbre, bâton, lignée, souche, axe, broche, bielle

J’ai puisé dans cette liste 7 mots qui ont pris place dans le court texte ci-dessous.

Job était sur la paille. Faut-il vous faire un croquis ? Il ne possédait pas de maisonnette, était habillé de guenilles, et traînait dans la misère. Job était sur la paille, souffrant mais sans faiblesse. Qui est de sa lignée ?

Je vous invite à en faire autant : composer un texte qui utilise au moins 7 mots de cette liste, comme tirés à la courte paille. Et à poster ce court texte dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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01 juillet 2022

Duo Roca - Lanci - Macparis printemps 2022

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Dans les casiers qui montent le long du mur de l’escalier au fond de la grande salle du rez-de-chaussée, d’étranges formes sortent de la paille, comme d’autant de nids. Sortir du nid, c’est le titre de cette installation. Ce qui sort, on ne sait pas bien ce que c’est : des oisillons ? mais ils auraient un drôle de bec ; des tétons ? mais de quelle poitrine ? Personne ne nous dira ce que c’est. Laissons donc le mystère sortir du nid et envahir la paroi verticale dans l’odeur de la paille.

Et regardons en face, à l’étage, dans l’angle gauche, ce duo Roca - Lanci qui attend notre passage, car, bien sûr, on doit y passer. Véronique Roca a choisi la cire d’abeille, Max Lanci la paraffine. Deux matières dont l’aspect semble proche mais pas la couleur, ce qui permet d’en faire les pièces d’un jeu d’échecs. Car ils jouent, ces deux artistes, et ils rejouent la partie perdue par Kasparov contre l’ordinateur Deep Blue. Un ordinateur n’aurait pas imaginé les pièces de ce jeu : quelque chose encore échappe à l’intelligence artificielle. Peut-être l’humour.

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30 juin 2022

Maurice Blanchard, par Pierre Peuchmaurd (éd. Pierre Mainard)

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« Je travaille dans une usine de Villacoublay, à 20 kilomètres de chez moi. Je me lève à 6 heures du matin et je rentre à 8 heures le soir ; le dimanche c’est le jour du sommeil. J’oublie l’écoeurante semaine autant qu’il m’est possible. » Celui qui écrit ces mots en 1952 est né en 1890, à Montdidier dans la Somme. Il s’appelle Maurice Blanchard, dont Pierre Peuchmaurd écrit une « vie supposée ». Une enfance où Maurice Blanchard fait l’expérience de l’humiliation. Puis il part, à pieds, à Toulon. L’auteur de cette « vie supposée » y voit un départ comme celui de Rimbaud pour Douai. Et il y a eu des guerres. Il était aviateur. Il avait publié son premier livre en 1934. Guerrier sans doute, mais il dit écrire pour ne pas se tuer. Combattant, oui, et sans concession aux modes, aux engagements de complaisance. Quelques poètes l’ont reconnu. Il était de ceux qui écrivaient dans La Main à Plume, en 1941. Surréaliste oui, mais pas de compromission. Pas d’espoir non plus. 

Je ne peux que vous y renvoyer, à ce texte de Pierre Peuchmaurd, un texte qui nous le présente vivant dans le combat entre la lumière et l’ombre. « Le poète n’est rien », écrit Maurice Blanchard, « ce qu’il cherche est tout ». Il meurt en 1960, très peu connu. L’est-il plus aujourd’hui ? Ce livre, paru fin 2019, devrait le faire connaître. La présentation qu’en fait Pierre Peuchmaurd est suivie d’un choix de textes (de 1934 à 1957). Le désir de lire ces textes est très fort, vous verrez.

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29 juin 2022

Constance Beltig - Macparis printemps 2022

La taille humaine

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Quand je suis entré, je les ai vues immédiatement : de grandes feuilles sur lesquelles étaient dessinés des animaux (mouche, poulet, souris…), leur taille de géants emplissant l’espace blanc dans lequel chacun est figé. Je choisis de m’en éloigner, intrigué probablement par le gigantisme que souligne à l’extrémité de l’alignement le dessin d’un corps humain plié en deux. Cet alignement m’amène à me poser des questions (sans chercher de réponse) sur ce qui a le plus d’importance et qu’est-ce que l’importance ? À ce moment, une jeune femme passe près des feuilles accrochées sur le mur. Il n’y a plus de silence.

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28 juin 2022

p(H)ommes de terre, René Lovy / Thomas Vinau (éd. La Boucherie littéraire)

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Les pommes de terre, René Lovy les sculpte et laisse la nature faire. Elles ont forme de visage humain et sèchent selon le temps qu’il fait et selon le temps qu’elles durent. Il les photographie, les expose (voir photo ci-dessous), comme on fait des portraits. Thomas Vinau leur donne la parole : elles disent « je », « nous ». Et parfois l’une d’elles affirme : « l’humus / façonne l’humain / à la main ».

Je pense à Henri Cueco, et son Journal d’une pomme de terre : « J'entreprends de réaliser le portrait d'une pomme de terre. Le modèle est posé sur une table, moi, face à lui, bien décidé à tenter l'aventure du "portrait d'après nature". »

Je pense aussi à Serge Paillard dessinant et brodant des pommes de terre.

Mais je reste pétrifié devant ces figures et les mots qui les accompagnent : 

« Protège ma laideur / comme un enfant »

et, plus loin :

« Bien sûr / que nous avons / mal / / Tous / / Il n’est pas / la plus petite / existence / qui ne soit indigne / de souffrir »

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27 juin 2022

Frédérique Gourdon - Macparis printemps 2022

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Quand le trait sort du support, il devient fil, prend racine et s’élève, donne au dessin son volume et révèle un aspect de la vie. Le fil est veine, vaisseau conducteur de sève, dessinant dans l’espace un corps végétal et presque humain. Il va chercher sa base sur des pierres, voire sur le sol de la salle d’exposition, et, se détachant du tissu où cependant il s’accroche, semble lui donner la respiration. Le textile accueille ainsi et relance le fil de point en point, donnant à la forme une belle liberté et aux matières une étonnante légèreté.

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26 juin 2022

Charlotte a découvert Emel au Festival Rio Loco de Toulouse

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Charlotte a mis quatorze heures pour venir de Toulouse à la région parisienne : des arbres qu’il fallait tronçonner empêchaient le passage des trains. Charlotte venait de Toulouse où elle avait assisté à la première soirée de Rio Loco, soirée ouverte avec un concert d’Emel Mathlouthi, « chanteuse de tous les Suds », dit la présentatrice sur FIP, radio où, de mon côté, j’écoute le concert en direct. Charlotte me dit qu’il faisait très chaud au bord de la Garonne ce soir-là, 43 degrés, et que la chanteuse devait souffrir de la chaleur, vêtue de son kimono noir. Mais non, Charlotte, Emel ne chante pas des chansons traditionnelles revisitées : ce sont ses compositions. Je n’ai moi-même découvert l’étendue des qualités musicales et poétiques d’Emel qu’après un certain temps. N’a-t-on pas tendance à classer un.e artiste selon la première découverte qu’on en fait ? Or, après une dizaine d’années, il est évident qu’on ne peut enfermer Emel dans un style figé. Elle explore divers univers musicaux et travaille sans cesse ses chansons, seule ou accompagnée d’un ou plusieurs musiciens, en les confrontant à des procédés différents. Ce 15 juin, à Toulouse, elle est accompagnée d’un ensemble musical (clavier, percussions, quatuor à cordes) composé majoritairement de femmes. De plus, elle invite dans son spectacle trois autres chanteuses : Léonie Pernet, Laura Cahen et Awa Ly, élargissant encore sa palette  Une douzaine de chansons traversant les dix ans qui se sont écoulés depuis la création de Kelmti Horra (« ma parole est libre »), cette chanson pour laquelle je me lève et dont je ressens en moi qu’elle me lie à des publics nombreux du monde entier, et que Charlotte a fredonnée à la fin de ce concert. Je me sens porté par les rythmes et les paroles chantées ce soir-là en arabe ou en anglais et dont j’ai lu les traductions. Ce que je ne vois pas, je l’imagine, ce sont les mouvements de danse d’Emel, les partages avec les trois autres chanteuses, une histoire d’amitié et de magie, comme le dira sur FIP après le concert Awa Ly : « entre nous, il y  a de la magie, et, quand il y a de la magie, c’est que l’âme agit ». Dans une chanson qu’Emel n’a pas interprétée ce soir-là, à Toulouse, elle dit, s’adressant aux tyrans (Dhalem) : « Le temps t’emportera mais mes mélodies sont éternelles ». Assistant au concert d'Emel ou l’écoutant comme je l’ai fait, j’ai le sentiment de prendre part à cette éternité.

photo : Emel Mathlouthi au festival Rio Loco 2022 ©Radio France - Guillaume Schnee 

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25 juin 2022

Congé d'Arras (et d'ailleurs)

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C’est à Arras, au XIIIe siècle que des poètes inventèrent une forme nommée « Congé », un douzain octosyllabique. Jacques Darras, dans ce recueil publié par les éditions Cours toujours, relance ce « Congé », en modifiant un peu la forme. Chaque « Congé » évoque un lieu ou une personne. Il est composé de quatre ou douze vers, en alexandrins (ou presque). Voici deux de ces quatrains :

Lille
La Deûle à Lille, la Deûle, je l’ai tant adulée
Du temps où nous vivions Petite rue Saint-Étienne,
Puis les jours ont passé et la Deûle a coulé,
Regarde je viens seul y réfléchir ma peine.

Yolande Moreau
Qu’elle regarde la mer sur le sable de Mardyke,
Ou qu’elle peigne d’irréels vases de fleurs à Senlis
Au nom de Séraphine, c’est une géante faite femme,
Dose d’oser et d’osier — Yolande la Mannequine.

La rime n’est pas riche et parfois l’alexandrin boite : un pied lui manque ou il en a de trop. Certains de ces quatrains dans le livre sont regroupés par trois et voici le douzain d’origine. 

Empruntons à Jacques Darras la forme du quatrain et l’idée qui y préside : quelques mots pour un au-revoir.

Exemple :
Pont d'Ivry
Chantier permanent, départementale 19
Le pont sépare de Gaulle du Colonel Fabien
Chaque jour la ville change, à droite les Tours Duo
Et les marques demain au sol auront changé.

J’ai pris des libertés avec les rimes et avec les alexandrins : faites de même si vous voulez mais gardez bien le rythme. Choisissez un lieu, une ville, un rond-point, une place et donnez-nous quelques indications pour qu’on puisse l’imaginer (ou la reconnaître). Et postez votre quatrain dans les commentaires ci-dessous.

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24 juin 2022

10 pages au carré

Une maison d’édition vient de publier huit livres de poésie. Ses choix : les auteur.e.s ont moins de 35 ans, le format est carré, les ouvrages font dix pages. C‘est « 10 pages au carré », que j’ai trouvée au Marché de la Poésie et dont j’ai lu deux ouvrages, sans doute parce que dans chacun, il était question de lessive.

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« je me demande si je pleure après l’amour / en étendant le linge », écrit Loréna Bur.
Et Corentin Huet choisit pour titre « Les doutes étendus sur la corde à linge ».

Il ne s’agit pas, pour autant, de rapprocher les deux poètes qui vivent, l’une et l’autre, séparation et solitude. Mais je reconnais dans leur écriture une syntaxe d’aujourd’hui, une tentative d’être présent.e au monde pour l’une qui se demande si « cuisine du monde (…) ça passe par mon quartier », l’autre qui, dans le silence, « fait ami ami     avec les jours de pluie ».

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23 juin 2022

Jonathan Bablon - Macparis printemps 2022

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C’est un morceau de bois couvert de mousses qui a attiré mon attention. La mousse n’a besoin que d’un peu d’humidité et de lumière, elle n’a pas de racine, c’est le lieu que viennent habiter de petits insectes et de petites limaces qui sortent à 23 heures. Jonathan Bablon a trouvé ce morceau de bois dans la forêt, l’a ramassé sans avoir a priori de projet pour lui. Et ce sont les mousses qui se sont manifestées et lui ont fait signe. La relation s’est alors véritablement installée : la vie. L’artiste qui, depuis longtemps, observe et interprète les organismes, les organes, était servi, remercié même. Ses coraux, imitant les circonvolutions d’une imprimante 3D pour en dire l’artifice quand les mains sculptant épousent le vivant, sont là, debout comme des gardiens. De l’autre côté, des dessins au mur semblent indiquer la destination où mènent les trafics et tripatouillages du vivant. Ce morceau de bois, lieu de vie, est, entre ces deux espaces (coraux — éléments marins —, et paysages — espaces terrestres et aériens —) cependant sous perfusion. Que deviendrait-il si l’eau venait à manquer ?

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