main tenant

06 décembre 2022

feuillages, l’art et les puissances du végétal, de Clélia Nau (éd. Hazan), décembre 2022

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Publié en 2021, cet ouvrage introduit par des prolégomènes et conclus par un épilogue contient quatre chapitres et se présente en coffret. De nombreuses images accompagnent un texte riche et très documenté. Comme je l’ai fait les mois précédents pour La lecture des pierres de Roger Caillois, je vais avancer dans ma lecture et j’en laisserai dans ce blog une fois par mois une trace.

Les arts à l’épreuve du bruire et du végéter

(…) il faudra attendre la fin du XIXe siècle et plus particulièrement l’impressionnisme : courant de peinture qui « plonge » tout-à-fait matériellement — et comme à retardement — ses feuillages dans un air conçu comme un véritable « fluide ».

(Renoir - Lilas au soleil, 1872)

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05 décembre 2022

Les noirs de Pierre Mounier à Saint-Mandé

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Plus de 40 ans de créations artistiques, peinture, sculpture, vidéo,  musique, c’est tout un trajet dont je n ‘ai vu que les oeuvres récentes. Mais ce qui est aussi visible sur internet me permet de considérer que le travail n’est fait d’aucun renoncement. Parfois cela semble un empilement. Parfois un repentir, de ceux dont Paul Valéry évoquait « l'étonnement que l'œuvre achevée doit causer à son auteur ».
C’est que Pierre Mounier considère que sa peinture lui échappe en partie. Il lui laisse cette possibilité.
Bien sûr dans la signification de ce qui est donné à voir et dont l’interprétation doit autant à celui ou celle qui regarde qu’à celui qui a fait — N’est-ce pas l’histoire des Ménines de Velasquez ou du Couple Arnolfini de Van Eyck ? mais aussi de tous les tableaux, avec ou sans miroir… —. Ainsi je vois dans le tableau reproduit ci-contre un oiseau en vol, un autre oiseau debout sur ses pattes et un bateau, interprétation peut-être due à la proximité du Lac de Saint-Mandé.
Et plus encore dans sa technique même : les tableaux que j’ai vus semblent faits d’un noir emplissant toute la toile mais la part de celle-ci repliée sur le cadre est blanche de manière inégale. En un mot, ça déborde un peu. On pourrait croire que l’oeuvre est inachevée. Mais non, l’artiste me dit travailler à de grandes toiles, une par jour, dont la peinture a de ces échappées, fils, taches, mouchetures, projections. Ces traces soulignent la limite, la dépassent, s’en libèrent.
On voit aussi ces traces dans les petits formats réalisés à la craie Conté : le trait ne s’arrête pas aux contours, il y a un après, il y a un ailleurs. 

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Cs oeuvres étaient exposées à Saint-Mandé (94) dans le cadre de la 38ème semaine de l'art contemporain.

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04 décembre 2022

La Masse forêt, de Luc Bénazet(éd. P.O.L.)

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Je me sens devant ce livre comme un enfant, un qui ne parle pas, qui entend d’abord un volume sonore, puis, peu à peu, parvient à isoler des mots, du langage, l’intégrant — ou faudrait-il dire l’ingérant ? —, pour à son tour dire ces mots. Les parents se réjouissent. Savent-ils qu’ils — eux-mêmes après leurs parents — reproduisent un schéma d’autorité, d’obéissance ? C’est ce qu’affirme Luc Bénazet dans ce livre :

« La langue que je parle est d’abord la langue parentale — d’abord et aussitôt la langue nationale. Elle est le lieu de la communauté imaginaire. »

Et il affirme à la ligne suivante :

« L’apprentissage de la langue parentale est matrice de l’obéissance. »

Ainsi donc la langue ne libère pas mais est un instrument d’oppression. Luc Bénazet est poète : quels mots utiliser donc ? Comment parler pour être libre ?

Il m’arrive souvent, quand j’écris avec un clavier, de briser un mot, de le tordre involontairement, de chercher en tâtonnant à le former selon les règles du dictionnaire, c’est-à-dire sans faute. Par exemple, là où Luc Bénazet écrit : « écote » et plus loin « écoute », j’écris moi-même « école » et plus loin « écoule ». Est-ce que le dictionnaire m’aide ?  « Le dictionnaire est l’image trompeuse d’un lieu commun qui existerait pour tous », met en garde Luc Bénazet.

Ce livre tente « des formes par dislocation, plutôt qu’agglutinées ». Ou même, on pourrait dire : par dislocution.

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03 décembre 2022

Quand j'arrivais dans la rue

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Voici le premier paragraphe d’un texte dont je ne vous communiquerai le nom de l’auteur qu’après quelques jours pour vous éviter la tentation de le retrouver tel qu’il a été publié. J’ai creusé ce texte par endroits comme on le fait parfois dans la terre pour y planter des arbres et habiter ou transformer le paysage. Dans ces trous, je vous invite à poser des mots pour donner au paragraphe l’allure d’un nouveau récit. 

Quand j’arrivais dans la rue, les feuilles des arbres tombaient. L’escalier              n’était plus qu’un                         parmi lesquelles je distinguais nettement l’empreinte                   dont les talons              , durant longtemps,         le macadam des allées où couraient les lézards          , frêles animaux                    , puis recueillis dans mon logis où ils firent              mon sommeil.

Exemple :

Quand j’arrivais dans la rue, les feuilles des arbres tombaient. L’escalier QUE J’AVAIS L’HABITUDE D’EMPRUNTER n’était plus qu’un EMPILEMENT D’ÉCHOPPES parmi lesquelles je distinguais nettement l’empreinte DES MAINS SUR LES ÉTOFFES EXPOSÉES ET DES PIEDS dont les talons LAISSAIENT LEURS TRACES, durant longtemps, SUR le macadam des allées où couraient les lézards EN ÉTÉ, frêles animaux DONT J’AIMAIS TANT LA VIVACITÉ QUE JE LES AI OBSERVÉS, puis recueillis dans mon logis où ils firent CONCURRENCE À mon sommeil.

C’est à vous main tenant. Remplissez les vides du paragraphe et postez votre texte dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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02 décembre 2022

La Tour - scénaristes : Ian Kounen et Omar Ladgham ; dessins : Mr Fab (éd. Glénat)

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On ne sait rien de la bactérie qui a détruit une grande partie de l’humanité. Pour la fuir, semble-t-il, les humains se sont réfugiés dans la Tour (à Bruxelles, mais pas celle de Schuitten et Peeters), où cohabitent au moment où commence cette histoire les Anciens et les Intras, ces derniers étant nés dans la Tour. Nous sommes en 2042. Un conflit intergénérationnel y prend de plus en plus d’importance. Newton, une intelligence artificielle, chargé de gérer les relations, va peu à peu être débordé par les tensions qui existent dans les étages. Certains des personnages peuvent sortir de la Tour mais dehors est le danger (les images, pourtant, y montrent une vie  paisible, à condition de ne pas y être chasseur et de ne pas trop s’éloigner). 

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Le deuxième tome s’ouvre en 2072 sur une explosion, la destruction de la serre qui nourrit la population de la Tour. Pour rétablir un espace où pourrait croître un coin de « nature », on va s’en prendre à tout ce qui semble réguler les relations, et, notamment, au temple, si bien exposé à la lumière du soleil. Et, pendant ce temps, un des personnages sort pour rejoindre la Tour de l’OTAN, que son père voulait atteindre sans jamais pouvoir réaliser son rêve.

La construction de l’histoire oblige à accepter une temporalité assez bousculée et les dessins, riches de détails et d'une grande puissance parfois accentuent un récit inquiétant, parfois le contredisent, à moins que ce soit moi, lecteur, qui m’y laisse piéger. 

Le troisième tome n’est pas encore sorti.

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01 décembre 2022

Falling Leaves, film d’Alice Guy (12 minutes)

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Aujourd’hui, bien sûr, ce que raconte ce film peut paraître désuet. Mais en 1912, le miracle d’un traitement contre la tuberculose, l’intervention d’une petite fille pour sauver sa soeur pouvaient sans doute faire plaisir au public du cinéma, encore muet. Le jeu des acteurs et des actrices est encore un peu trop souligné mais celui de Trixie, la petite soeur, est suffisamment expressif pour que notre attention y soit portée. L’intérêt de ce court-métrage d’une pionnière du cinéma réside sans doute dans la mise en scène et le positionnement de la caméra : il y a toujours des portes qui finissent par s’ouvrir, des arrière-plans participant subtilement à la narration, ici un coin pour le téléphone, là un autel, ailleurs un miroir par où sort l’image des parents et Trixie laissant à la fin la grande soeur commencer sa vie guérie.

En regardant ce petit film plusieurs fois, on en découvre toutes les qualités techniques et comment elles servent au scénario.

J'ai vu ce film, visible gratuitement jusqu'au 1er décembre, sur une proposition de MK2 Curiosity.

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30 novembre 2022

Les ardoises de Franck André Jamme, par Nicolas Pesquès (éd. Isabelle Sauvage)

Une exposition Franck André Jamme avait lieu à la galerie Christian Berst jusqu’au 20 novembre 2022 : « Tout était loin là sous nos yeux ». Plusieurs évènements s’y sont déroulés dont, notamment, un hommage par les Souffleurs reprenant des textes du recueil publié par les éditions Isabelle Sauvage, « Au secret ». Il y eut aussi la présentation du livre publié par cette même maison d’édition , « Les ardoises de Franck André Jamme » présenté par Nicolas Pesquès, son auteur. Ce sont de courts textes, dont la plupart commencent par un verbe à l’infinitif, écrits sur des ardoises quadrillées, que Franck André Jamme offrait à des ami.e.s. Isabelle Sauvage estime à plus de 100 le nombre d’ardoises réalisées par le poète. Le livre en contient une partie et les textes qu’on peut y lire, même courts, sont inépuisables. C’est de ce livre que vient l’image ci-dessous.

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29 novembre 2022

De la pluie, de Martin Page (éd. Monstrograph)

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C’est un essai. Ou presque. En tout cas, ça en a l’air. C’est surtout l’affirmation d’une différence. Quand tout le monde semble aimer le soleil, les plages, les vacances, lui, il préfère la pluie. Elle a pour lui tous les charmes, annonciatrice de l’amour, porteuse de fertilité : il n’hésite pas à comparer les gouttes aux spermatozoïdes, les nuages aux ventres gravides qui perdent les eaux… Il compte le poids d’eau que pèsent les humains et en fait des familiers de la pluie. Il souligne l’intelligence des hommes et femmes préhistoriques capables non seulement de faire du feu mais aussi d’instrumentaliser la pluie et ses percussions. Si la pluie plait tant à Martin Page, c’est sans doute parce qu’un peu de pluie peut perturber les grands projets, célébrations ou guerres. Vive la pluie !

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28 novembre 2022

De l'art involontaire (deux fois)

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La définition de l'art involontaire est ici, dans ce blog.

Je photographie des traces laissées par des êtres humains (du moins, je le suppose), traces qui évoquent, sans que je les touche, des formes comme on aurait fait un dessin ou une sculpture. Aujourd'hui, la première photo (à gauche) montre, en réalité, l'eau d'arrosage de plantes tombée d'un balcon sur le trottoir. L'objet sur la deuxième photo (à droite) est un sac plastique abandonné.

D'autres traces d'art involontaire en cliquant sur les liens suivants : janvier 2020, août 2021, octobre 2021.

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27 novembre 2022

Les Ritals, Cavanna, Putzulu

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Entre deux guerres, alors que Mussolini a pris le pouvoir en Italie, François Cavanna nait et vit à Nogent-sur-Marne entre ses parents : un père d’origine italienne (Émilie-Romagne) et d’une mère française, originaire de la Nièvre. Le spectacle mis en scène par Mario Putzulu et interprété par Bruno Putzulu reprend les mots du livre de Cavanna, Les Ritals, Une enfance qualifiée d’heureuse, où il se dit, après une courte fugue, que ses parents s’aiment à travers lui. L’acteur incarne les personnages par une certaine façon de modifier sa taille, de faire trembler ses mains (Cavanna, à la fin de sa vie, était atteint de la maladie dite « de Parkinson »), ou de bouger les jambes et les bras. Dans le public, quelques applaudissements saluent sa démarche à la Charlot, ou son embonpoint simulé pour interpréter des airs de Tino Rossi. On rit, donc, en voyant ce spectacle, mais l’émotion arrive, par exemple, quand la mère dit au père : « emmène le petit, ça le dégourdira » et que le comédien donne l’impression de marcher en tenant la main du père. Un accordéoniste, Grédory Daltin ou Aurélien Noël, de ceux qui plaisent aux filles parce qu’il savent jouer toutes les danses, accompagne ce récit et lui donne le tempo de l’amitié.

J'ai vu ce spectacle au !POC! d'Alfortville (94)

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