main tenant

18 avril 2019

Frères migrants, de Patrick Chamoiseau

Freres-Migrants

Patrick Chamoiseau poursuit son cheminement avec Édouard Glissant. « J’ai imaginé qu’Édouard Glissant m’avait appelé », écrit-il en quatrième de couverture. On ne peut aborder la question des migrations actuelles sans parler de la « barbarie nouvelle », celle qui uniformise le monde sous le nom de mondialisation, qui défend le principe du profit maximal, et son corollaire : la misère et le rejet des autres. Mais il n’y a pas de frontières, les Européens le savent bien, eux qui sont allés conquérir le monde et de la pire des manières : en l’asservissant. Rejeter les migrants, c’est refuser de voir en eux des humains, c’est-à-dire d’autres nous-mêmes. Il faut faire sauter le verrou du « Marché » et entrer dans « l’Ouvert ». Faire vivre la mondialité, l’échange de la Relation. Certes, « les murs sont en nous », « la victime est en nous et le bourreau aussi ». Mais dans la nuit parfois on peut voir des lucioles. Et c’est avec une déclaration des poètes que Patrick Chamoiseau engage la suite de ce livre.

Posté par onarretetout à 07:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


17 avril 2019

Par les damné-e-s de la terre - Des voix de luttes 1969-1988

a3325047006_10

Deux jours après avoir publié sur ce blog un texte à propos d'une poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, il se trouve qu’on m’offre ce CD compilé par Rocé, qui commence avec un extrait de discours de Jean-Marie Tjibaou : « Nous sommes des hommes ayant une culture et cette culture il faut la montrer ; si on ne la montre pas, on pense qu’on n’existe pas. »

Dans le texte de présentation, Amzat Boukari-Yabara cite un entretien avec Jean-Marie Tjibaou paru en 1985 dans la revue Temps Modernes : « Le retour à la tradition, c’est un mythe ; je m’efforce de le dire et de le répéter. C’est un mythe. Aucun peuple ne l’a jamais vécu. La recherche d’identité, le modèle pour moi, il est devant soi, jamais en arrière. C’est une reformulation permanente. » Jean-Marie Tjibaou a été assassiné en mai 1989. Il avait signé les Accords de Matignon qui ont ouvert la voie au référendum d’autodétermination de la Nouvelle Calédonie qui s’est déroulé en novembre 2018.

D’autres textes et chansons composent ce CD, accompagné d'un livret très documenté de Amzat Boukari-Yabara et Naïma Yahi. Et se suivent les noms de Joby Bernabé, Lena Lesca, Alfred Panou, Léon-Gontran Damas, Slimane Azem & Cheikh Nourredine, Manno Charlemagne, Guy Cornely, Groupement culturel Renault, Colette Magny, Salah Sadaoui, Vo Nguyen Giap, Les Colombes de la révolution, Ho Chi Minh, Peloquin/Sauvageau, Francis Bebey, Pierre Akendengue, Eugène Mona, Dane Belany, Troupe El Assifa, Abdoulaye Cissé. J’y reviendrai peut-être plus tard.

Posté par onarretetout à 07:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

16 avril 2019

Ici là voir ailleurs, poèmes d'Isabelle Sbrissa

3313824066

Elle se jette dans la langue pour y voir le paysage (« est-ce que les oiseaux regardent le paysage ? »), essaie de nombreuses approches. Creuser par exemple, creuser un trou « pour toucher le mot -ver », et peut-être ainsi trou-ver. Prendre à la presse des bouts pour en faire des sonnets, toujours quatorze vers mais autant de pieds que le numéro du jour. Et accumuler l’argent, le blé, le capital, le dollar, les espèces, le fric, le grisbi, un mot pour chaque lettre de l’alphabet, et autant de tautogrammes.  Ça en fait, des poèmes. Est-ce que c’est du réel ? Est-ce que le poème a besoin de réel ? Et la fillette, à la fin, avec un parapluie qui « traverse la nuit », qui traverse le rêve me fait penser à Gertrude Stein.

Posté par onarretetout à 07:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

15 avril 2019

Apulée n°2 - avril 2019

Cette revue annuelle de littérature et de réflexion initiée par Hubert Haddad s’engage à parler du monde d’une manière décentrée, nomade, investigatrice, loin d’un point de vue étroitement hexagonal, avec pour premier espace d’enjeu l’Afrique et la Méditerranée.

C’est autour du nom prestigieux d’Apulée – auteur berbère d’expression latine qui, avec l’Âne d’or ou les Métamorphoses, ouvrit au IIe siècle une extraordinaire brèche de liberté aux littératures de l’imaginaire – que se retrouvent ici écrivains et artistes venus d’horizons divers. Romanciers, nouvellistes, plasticiens, penseurs et poètes des cinq continents ont la part belle pour dire et illustrer cette idée de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.

C’est avec le numéro 2 de cette revue, paru en 2017, que nous aurons, cette année, notre rendez-vous mensuel.

Montpanie

Nicolas Kurtovitch

Cette poignée de main (extrait)

(À propos de la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou en 1988)

« La poésie est une arme chargée de futur », écrit le poète espagnol, Gabriel Celaya. Il y avait, il y a dans cette poignée de main de la poésie, en ce sens qu’il a fallu aux deux hommes opérer un formidable dépassement de soi, un dépassement du présent, une remarquable projection dans l’avenir, pour oser ce geste public, sachant bien qu’il y aurait des incompréhensions. Sur le moment il leur était impossible d’évaluer l’ampleur et la force des réactions qu’allait entraîner cette poignée de main. Nous savons aujourd’hui ce qu’il en a été moins d’un an plus tard. La pratique de la poésie est un dépassement de soi, un dépassement de ses certitudes, de ses propres espoirs même. Il s’agit de voir ce qui n’est pas visible, d’entendre ce qui est encore silencieux, il s’agit de lire le monde et la vie autour de soi en ne s’attardant ni sur l’évidence, ni sur le « plus bruyant », en restant disponible à ce qui s’y dit sans se soumettre au prisme déformant de sa propre pensée discursive.

(photo : le Mont Panié, Nouvelle Calédonie)

 

Posté par onarretetout à 07:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

14 avril 2019

Mississipi Ramblin', film de Nicolas Finet

fullsizeoutput_3891

C’est un film qui vous fait voyager. Pas comme un voyage avec tour operator pour voir des monuments et des sites touristiques incontournables. Non, un voyage avec des accords de guitare et des voix où vibre la mélancolie. Avec des fresques sur des murs de briques. Ça commence avec le Mississipi, ce grand fleuve, le delta et l’évocation des champs de coton. C’est de là que vient le blues, des champs. Et puis, il y a Robert Johnson. C’est pour le rencontrer qu’on est venu. Jusqu’au carrefour où il aurait, paraît-il, passé un pacte avec le diable. Parce qu’il faut bien dire que le blues est un enfant du diable, alors que le gospel chante la gloire de Dieu. Mais le diable a aussi ses divinités, Papa Leghba du vaudou n’est pas loin. Il vient avec le froid qui souffle sur ce carrefour. « John-Michael » Dupont et Mezzo sortent leurs guitares et, moment émouvant, jouent avec les bluesmen d’ici. Dupont et Mezzo qui ont raconté la courte vie de Robert Johnson dans une superbe bande dessinée, Love in vain. Continuons jusqu’à Greenwood où Robert Johnson est mort, sans doute empoisonné, dans une maison que l’agriculture actuelle et l’augmentation du nombre des automobiles ont effacée du paysage. Auparavant, on se déplaçait à pied et on vivait près de l’endroit où on travaillait. Il reste la tombe, fléchée à deux miles d’ici. Une tombe parmi d’autres éparpillées, près d’une église. Il n’y a que trois choses, dit un musicien dans le film : le travail, les relations plus ou moins amoureuses, et la mort. Des rails de chemin de fer traversent le paysage et si l’on écoute bien, c’est le pays même qui joue et chante le blues.

Posté par onarretetout à 07:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


13 avril 2019

Préfère l'impair

maxresdefault

Dans un des textes de son livre, Idéogrammes acryliques, Cécile Mainardi évoque les mots composés d’un nombre impair de lettres. 

Paul Verlaine, pour sa part, écrivait :

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair

Il se trouve que j’ai assisté jeudi soir à un spectacle de danse et de musique ; au coeur de l’orchestre, un piano.

PIANO : mot de cinq lettres. 

Je vous propose aujourd’hui le jeu suivant :
Prenez un mot composé de cinq lettres. Pour chacune des lettres qui le composent trouvez un mot composé d’un nombre impair de lettres et qui ait un rapport avec le mot initial (vous pouvez utiliser un dictionnaire analogique). La lettre du mot initial sera au milieu du mot que vous aurez trouvé. Le troisième mot sera votre mot initial. 

Exemple : 

  taPer
 musIque
  piAno
mécaNique
 sOn

Vous n’avez donc que cinq mots à trouver et à poster dans les commentaires ci-dessous. Merci

Posté par onarretetout à 07:45 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

12 avril 2019

Biennale(s) de danse du Val-de-Marne

image

Depuis 1979, la Biennale de danse du Val-de-Marne propose des découvertes et a pris le parti de la création. Quarante ans de créations chorégraphiques, vingt festivals qui ne sont pas restés cloisonnés au département du Val-de-Marne mais ont irrigué l'Île de France et au-delà. Un très bel ouvrage vient en rappeler les moments forts, notamment avec des photos de Laurent Philippe qui parviennent à exprimer la tension, le mouvement, à montrer que la danse ne se limite pas au plateau des théâtres. Ne manque que la musique.

Posté par onarretetout à 08:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 avril 2019

Idéogrammes acryliques, poèmes de Cécile Mainardi

9782081396081

Il y a d’abord la couverture, une Vénus de Milo dessinée de mots. Est-ce un calligramme ? D’une certaine façon oui, mais pas identique à ceux que faisait Apollinaire. Cécile Mainardi remplit de mots la forme du dessin quand Apollinaire dessinait avec les lignes de mots. La couverture contient donc un poème ; on le retrouvera plus loin dans le livre, dégagé de sa forme initiale, « décontenancé » écrit l’auteure. D’autres textes sont encore traversés traversant des silhouettes sorties de tableaux, de sculptures, de photographies, de danse, de films. Mais toujours, le poème est écrit sous une forme rectangulaire, justifié à droite et à gauche, et comme accroché au haut de chaque page. Il n’y a bien sûr pas que la forme. Il y a des couleurs, peut-être celles des tableaux, ou celles imaginées dans un film noir et blanc (« L’avventura d’Antonioni »). Mais encore, Cécile Mainardi semble se coltiner avec les mots même : une faute d’orthographe négligée, comment on perçoit le mot écrit sans avoir besoin d’en détailler toutes les lettres, comment on perçoit la couleur (« j’aime pas le bleu pas le / bleu pâle bleu pâle bleu / …), comment on écrit une lettre, par exemple le L majuscule (« je ne sais plus une grande / boucle en haut et une / plus petite en bas ou l’in- / verse… »).

Et j’aime qu’à un certain moment, quand on a presque lu tout le livre, on arrive à cette proposition : « Non là, vous avez tout votre temps, autant de temps / que j’en ai moi pour me relire, / il est là, à cheval sur ces mots, prenez-le /  je vous le donne / il est à vous. » Alors, on reprend le livre et on  va boire un jus d’orange en mangeant un oeuf à la coque et en regardant Monica Vitti.

cecilemainardi

Posté par onarretetout à 08:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

10 avril 2019

Rumeurs et légendes au Musée d'art moderne de la ville de Paris

IMG_7363

Il ne s'agit pas ici de montrer toutes les oeuvres exposées dans ce nouvel accrochage des collections du Musée (accès gratuit), mais d'en montrer quelques-unes, choisies, évidemment, de façon tout-à-fait arbitraire.

De la première partie de l'exposition, j'ai retenu une sculpture d'Étienne-Martin, un tableau d'Eugène Leroy (ci-contre) et un autre de Jacques Monory.

IMG_7361

fullsizeoutput_3890

De la seconde partie, outre les tortues de Hans Schabus, j'ai gardé une sculpture de Katinka Bock.

IMG_7369

Posté par onarretetout à 07:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

09 avril 2019

Thomas Houseago, Almost human (presque humain)

IMG_7338

Deux sculpteurs prénommés Thomas exposés en même temps à Paris : Thomas Schütte à la Monnaie de Paris et Thomas Houseago au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Après vous avoir présenté le premier, je suis allé voir l'autre. Ils ont en commun de mettre en scène leurs oeuvres dans des bâtiments dont ils utilisent les espaces, les intégrant à notre perception. L'un et l'autre se tournent vers la Seine, Thomas Schütte vers la rive gauche, Thomas Houseago vers la rive droite.

IMG_7343 IMG_7371

L'exposition au Musée d'art moderne permet de saisir la progression du travail de Thomas Houseago selon une installation chronologique qui explore la représentation humaine (matériaux, dessin, peinture) et des formes très grandes.Et cela donne souvent l'impression d'une oeuvre en cours de réalisation que la nécessité de l'exposition aurait soudain (et provisoirement) interrompue. Cela témoigne d'un véritable corps à corps avec la terre, avec le bois, avec le ciel.

IMG_7336

IMG_7340

IMG_7344

IMG_7350

IMG_7345

IMG_7354 IMG_7355

IMG_7356

Posté par onarretetout à 07:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,