main tenant

23 mai 2012

La Chambre Rouge, album de Claire-Lise

claireliselachambrerougePersonne ne m’attend, le temps
non plus n’est pas patient
personne ne m’espère c’est super
j’irai seule à la mer

La solitude, revendiquée ici, on la retrouve un peu différente, un peu la même, dans la chanson d’une femme de cinquante ans (« et je nais maintenant femme »). Mais il y a aussi le désir, celui d’un enlacement, celui de caler « ton corps contre mon corps » quand « dans la chambre rouge, Olympe de Gouges veille ». Mais personne ne l’attend, même morte, car « personne ne sonne, je n’ai pas d’ami »… Elle balance ainsi d’une femme à l’autre, amoureuse, abandonnée, vivante, gisante. La voix de Claire-Lise, il faut s’y habituer, l’apprivoiser. Les rythmes qui soutiennent ces paroles viennent frapper dans mon crâne ou glissent dans mes oreilles. Treize chansons qu’une première écoute ne suffit pas à appréhender. Laisser passer un peu de temps et revenir y goûter, « sucrées au goût de miel ou salées ».

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22 mai 2012

Claudia Tagbo à l'Européen, à Paris

claudiatagbo« Faites du bruit pour… » L’expression ne me plaît pas, m’agace même. « Les filles, est-ce que vous êtes là ?... Et les mecs, est-ce que vous êtes là ? » Même impression qu’ils font tous la même chose et que le public sait qu’il doit répondre en criant.

N’empêche, Claudia Tagbo ne fait pas que ça. Elle joue, elle danse, elle chante, elle interpelle le public, elle se moque des publicités destinées aux femmes (qui n’ont que « des problèmes… de cellulite, de cheveux gras… »), et tout le monde adhère : rires, applaudissements s’enchaînent. Les scènes saisies sur le vif (enfants turbulents sur le quai du métro), les vacheries contre les mecs scotchés à leur console, les réprimandes des parents, l’arrivée en Lozère alors qu’elle rêvait de Saint-Denis (dans le 9-3 !), l’arrivée à Saint-Denis (« On est revenus en Afrique ? »). Et, surtout, sa générosité conquiert le public rassemblé pour elle : personne ne reste assis à la fin pour ce « happy day ».

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21 mai 2012

L'Impossible, numéro 2

limpossible2Dans ce numéro 2 de L’Impossible, j’ai retenu ceci :

« La société juste que nous désirons ne sera obtenue que par une panne générale, survenant à la faveur d’une interruption ». (…) Un président nommé par l’élection ne dispose que d’un seul pouvoir : la mobilisation. Les mobilisations. (…)Que peut la parole ? Tout. Ce que ne peuvent plus, en certains cas, les armes, ce que ne peut soudain plus la ruse. Ce que  les dieux choisissent comme argument quand les hommes ne croient plus en eux. (Michel Butel)

Par quelle aberration consentons-nous à payer les biens que la nature nous prodigue : l’eau, les végétaux, l’air, la terre fertile, les énergies renouvelables et gratuites ? (Raoul Vaneigem)

Victor Hugo le 18 mars 1871 enterrait son fils et au mois sanglant de mai proposa aux exilés sa maison de Belgique comme asile. Dans Les Misérables, il fait dire à Champmathieu, quand ses juges, comme toujours les juges, flics ou contrôleurs sociaux, lui demandent qui il est : « Je suis un homme qui ne mange pas tous les jours. » (Marie Cosnay)

C’est quand le corps se remplit de tous les trous que lui a faits la vie, c’est ça, l’imagination, c’est quand on n’a plus besoin d’elle… (Marie Depussé)

En attendant, c’est encore là qu’on va s’embraser, chacun à sa manière. Il y en a un qui chante avec une guitare sèche. Quelqu’un a écrit une toute petite phrase à la craie sur le mur noir. (Gaëlle Obiégly)

« Si la population n’avait pas appris à lire, si elle n’avait pas fréquenté l’école primaire, elle n’aurait jamais pu utiliser Facebook ou twitter, elle n’aurait jamais pu renverser les montagnes. » (Youssef Courbage interviewé par Sélim Nassib)

Facebook c’est le contraire. (…) C’est vraiment le contraire de l’Internet, même dans son modèle de développement. Ils ont pris beaucoup à la communauté. Ils ont disposé d’un réseau qu’ils n’ont pas créé. (…) Facebook se comporte en pur parasite. (Benjamin Bayart, interviewé par Xavier de la Porte)

« Quand je mourrai, Seigneur, enterrez-moi profondément / tout en bas de la rue des Marronniers. / Alors je pourrai entendre le vieux train numéro 9 / quand il s’approche » (Elizabeth Cohen citée par Béatrice Leca)

Jean-Paul Iommi-Amunatégui rapproche deux mots de Verlaine (« nonobstant… pourtant ») de deux mots de Nerval (« peut-être… cependant ») dans « le pêle-mêle du malheur » selon Pierre Reverdy.

Perito Moreno, le plus grand glacier de Patagonie (…) n’est rien d’autre que du temps solidifié. (Sélim Nassib)

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20 mai 2012

Trio Amici

TrioAmiciIl y a peu de temps, j’ai vu et entendu un hang, instrument de musique acoustique créé en l’an 2000. Récemment, j’ai vu et entendu une lyre crétoise, instrument créé autour de l’an 1000. Mille ans, des sonorités différentes. Pourtant le plus vieil instrument joué par un des musiciens du Trio Amici produit des sons pour aujourd’hui. Nous ne comprendrions rien du voyage dans le temps auquel ce trio nous invite si nous ne pouvions saisir les rythmes qui appellent à la danse, les sons aigrelets ou les sons ronds, selon que les cordes sont frottées, grattées, pincées, à l’aide d’un archet ou d’un plectre, selon la matière même dont sont faits les instruments. Les percussions apportent à cette musique couleur et profondeur.

Pascal-Edouard Morrow (violon, lyre crétoise, vielle à archet), Julien Coulon (oud, bouzouki, guitare, saz, citole), Franck Filosa (daff, tambourin, derbouka, petites cymbales) ont l’art de rendre présents des airs d’autres pays et d’autres époques. Et, lorsque, après le concert, nous parlons de musique, les conversations en viennent très vite à évoquer l’IRCAM et les dispositifs musicaux contemporains.

Ces trois musiciens savent allier musique ancienne, musique moyen-orientale et musique contemporaine et nous emporter au gré de leur virtuosité et de leur simplicité.

J'ai assisté à leur concert au CAEL de Bourg-la-Reine (92)

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19 mai 2012

Posons nos mots

festival-de-l-oh-2012Le week end dernier, c’était le Festival de l’Oh ! dans le Val de Marne. Ce titre m’a donné l’idée de vous inviter à jouer du monovocalisme en « o ». Un monovocalisme est un texte où on ne s’autorise qu’une voyelle. Cette règle ne concerne donc pas les consonnes. Pour faire votre festival de l’ « o » dans les mots, je vous conseille, comme souvent, de faire d’abord une liste de mots et d’acronymes ne contenant pour voyelle que le « o » : par exemple, mot, cochon, look, OGM… Et puis, d’écrire des phrases en veillant bien à éviter toutes les voyelles sauf une !

Go ! Composons !

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18 mai 2012

Soustraction du monde - conception : Thibaud Croisy - interprétation : Sophie Demeyer - son : Pierre-Damien Crosson

isabelle giovacchiniLe chemin pour y parvenir était écrit sur un papier que j’avais reçu chez moi. Je ne connaissais pas cette adresse rue de Sainteuil, dans le 5e arrondissement de Paris. C’est l’Université. Censier. La Sorbonne nouvelle Paris 3…

Nous sommes une vingtaine dans le couloir du premier étage. Notre rendez vous est fixé à 21h20 précises. Au fond du couloir, quelqu’un. Qui se lève, qui avance lentement vers nous, franchit les premiers du groupe. A 21h20 une voix se fait entendre. Une voix masculine qui dit « elle » et « vous ». Qui instaure une relation entre « elle » et « vous ». Qui laisse entendre que « vous » avez connu « elle » auparavant. Qu’ « elle » a un peu vieilli, mais que « vous » vous souvenez de sa peau… Qui est ce « vous » ? L’ensemble des personnes dans cette portion de couloir ? une personne ? un homme ? Et la danseuse qui marche dans cet espace entre nous semble ne pas nous voir, en tout cas ne nous regarde pas. Je regarde la danseuse, j’ai vu la peau de son visage quand elle est passée devant moi. Je regarde les gens qui forment le public. Ceux qui se sourient. Celui qui prend des notes. Celle qui est venue en tongs et dont les pieds se croisent. Celui qui s’assoit un instant. Celui qui préfère s’accroupir. Et le texte continue à me parler. Le récit d’une nuit d’amour dans l’herbe. La voix masculine est presque monocorde. La danseuse semble marcher sur un fil, tendu entre nous. Et puis elle sort dans l’escalier. La voix encore dit « vous fermez les yeux… vous fermez les yeux… vous regardez. » Et se tait. Nous sommes rendus à notre solitude. Cette brève rencontre va sans doute nous hanter.

C'est une production du Studio-Théâtre de Vitry (94)

Vers 12h40, aujourd'hui, la 58000e visite à ce blog est venue de Grèce et a abouti à l'article traitant de La psychanalyse du feu de Gaston Bachelard. Merci

 

 

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17 mai 2012

Votre maman, de Jean-Claude Grumberg

votremamanUn texte de théâtre sur l’oubli ? L’oubli impossible de l’enfance ? Le retour aux souvenirs d’enfance ? Et pas n’importe laquelle, une enfance dont il reste aujourd’hui peu de survivants, le temps mangeant ces enfants vieillis. Jean-Claude Grumberg, entendu à la radio (France Inter), refuse de parler d’Alzheimer. Pour lui, ce nom ne désigne qu’un médecin ayant travaillé sur cette perte de mémoire, sur cette façon de perdre d’une certaine manière contact avec le monde présent. Et cette maman, à qui son fils rend visite dans la maison de retraite en manque de personnel, n’a pas perdu ses souvenirs ; elle ne reconnaît pas toujours son fils (« C’est ton père qui t’a reconnu »), elle l’attend toujours. Et ce fils cherche à la protéger de ce directeur d’établissement, du personnel, des voisines qui utilisent ses w.-c., des gendarmes et de leurs chiens. D’elle-même, peut-être, et de ses souvenirs qui finiront par la rattraper. On peut rire dans ce texte, puisque rire c’est, d’une certaine manière, garder vivants les « disparus ». L’humour de Jean-Claude Grumberg nous accompagne jusqu’aux derniers mots du texte : « nous, les orphelins ».

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16 mai 2012

Le jardin oublié, par la Compagnie "Un soir ailleurs", à Chilly-Mazarin (91)

jardinoublieUn jardin oublié qui revient à la mémoire, à notre mémoire. Photos accumulées, vrilles des plantes et des mots, racines sorties de terre, rideaux tremblant derrière lesquels vivait cet enclos, travaillé par la main verte terreuse du grand-père, enclos recélant balançoire et kiwi, cette plante qui pleure quand on la coupe. Les mots entrent en moi avant même que je les comprenne, chuchotés pendant que je découvre la pièce où est présentée l’exposition. Ce n’est pas qu’une exposition, ou alors c’est le visiteur qui s’expose au récit des souvenirs, aux voyages que peut faire la plante transportée par un passant ignorant, humain ou animal. Et il y a ce jeu du texte lu dans le casque derrière le rideau, devant la fenêtre : humus, humilité, humer (s’exposer à l’air, au vent, au brouillard, etc., de telle sorte qu’il entre, qu’il pénètre dans les poumons, dit Wikipédia). Une sorte d’ivresse me prend (« ça prend », dit le jardinier), le besoin de m’asseoir quelques minutes sur le banc pour parler d’un autre jardin oublié.

La Compagnie « Un soir ailleurs » vous attend jusqu’au 23 mai 2012 dans la salle d’exposition du Parc de l’Hôtel de Ville de Chilly-Mazarin (91), certains horaires permettant d’assister à un petit spectacle mêlant danse, théâtre et chant. En cliquant sur la photo ci-dessus, vous atteindrez une page de renseignements à ce sujet.

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15 mai 2012

Comment raconter une histoire, de Mark Twain

comment-raconter-une-histoire« L’histoire humoristique est américaine, l’histoire comique est anglaise, l’histoire spirituelle est française. » Mark Twain, dans ce petit ouvrage qui regroupe plusieurs petits textes donne sa recette de l’histoire humoristique pour laquelle « l’auditeur doit être tout oreilles, car, dans bien des cas, le narrateur détournera don attention en glissant la saillie avec indifférence, en feignant d’ignorer que c’est une pique ». Plusieurs courtes histoires viennent confirmer la méthode, notamment celle de l’invalide qui nous fait voyager dans des conditions extrêmes, les conditions de la vie, vie qui suscite le dernier récit, où « une bonne fée arriv(e) avec son panier »…

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14 mai 2012

Prométhée poème électrique, de François Chaffin

prometheepoemeelectriqueAprès sa trilogie pour un désastre, François Chaffin poursuit son exploration de la révolte originelle. Celle des anges qui ont fui la contemplation de la lumière, celle de Lucifer, celle du Titan qui a volé aux dieux le feu. Car le feu a protégé les hommes, pauvres créatures sans défenses naturelles (sans fourrure, sans griffes), et leur a permis de découvrir la parole, la connaissance, de ne pas tourner en rond dans le destin que Zeus avait tracé : entre Eros et Thanatos. Longtemps après Eschyle qui a écrit il y a plus de 2500 ans un fameux Prométhée enchaîné, François Chaffin revisite le mythe.

Ils sont deux en scène : le porteur de parole et le porteur de musique, celui qui profère des mots, les propulse hors de lui-même, François Chaffin, et celui qui martèle, invente, projette, attrape les sons, les musiques, Benjamin Coursier. Mais ils sont beaucoup plus que deux : il y a les lumières et les projections au sol dans le carré où s’inscrit la parole, les ombres dans le carré où vibrent les guitares.

Le spectacle est très particulier, très dense, passant du récit au poème, du chant à la danse, des cheveux gris au nez rouge.

promethee4950La lumière qui descend sur François Chaffin, quand il est debout au micro, au milieu de son carré blanc, dessine sur le sol, quand il ouvre les bras, l’ombre d’un oiseau qui ouvre les ailes. Oiseau dont on entend parfois le cri. Oiseau qui, venant manger le foie de Prométhée, fait partie intégrante du mythe.

Et lorsque le système, personnifié, s’engage dans une discussion avec le Titan, on entend bien, dans la diction de François Chaffin, que les pluriels des mots prononcés n’entraînent pas de liaison. Il dit « les / hommes, les / animaux » (et non les z’hommes, les z’animaux). Comme si les pluriels n’étaient que la juxtaposition des êtres et des choses, l’accumulation dans la séparation, et non l’union, la société des égaux.

Prométhée n’est pas un ange descendu du ciel, Prométhée s’adresse aux hommes : reprenez le feu que je vous ai donné, donné, gardez « la lumière allumée ». Et il nous donne l’espoir, cette fois-ci, de comprendre ce qui n’a pas marché. Chiche ? « A tout à l’heure » !

J'ai vu ce spectacle à la Salle Jean Vilar à Arcueil (94) - photos Ernesto Timor

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