main tenant

31 mai 2016

Les mots qui tombent du ciel, de Natalie Rafal

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Les enfants ont exprimé beaucoup de joie devant ce spectacle. Était-ce à cause des bulles de savon, des balles plus ou moins grosses qui ont envahi le plateau ? Était-ce à cause de l’écart physique entre Barnabé, un enfant, et Yves Javault, l’acteur qui l’incarne, un peu clown, un peu trop grand ? Était-ce à cause du nom de l’institutrice, Madame Dhézéros, qui les regarde dans le blanc des yeux ? Était-ce seulement à cause des mots et de leur frénésie ?

Sans doute un peu de tout cela. Parce qu’on sait bien que les mots ne tombent pas du ciel. Mais on sait bien aussi que parfois les enfants (admettons : les adultes aussi) sont rêveurs, qu’ils semblent s’absenter alors que, peut-être, ils prennent le large dans l’imagination et rencontrent des mots qu’ils croyaient ne pas connaître. C’est que les mots sont à tout le monde, qu’ils voyagent, qu’il suffit d’y être disponible. Et les mots ne se laissent pas enfermer. Ils empruntent l’échelle qui fait atteindre les nuages, et souffrent d’être prisonniers d’une grotte au secret.

Le texte de Natalie Rafal et le jeu des comédiens, l’utilisation des ces bulles et de ces sphères disent aux enfants que les mots méritent notre confiance et qu’eux-mêmes en sont tout-à-fait dignes.

J'ai vu ce spectacle au Studio-Théâtre de Charenton-le-Pont (94), interprété par Natalie Rafal et Yves Javault (Compagnies Les Chants de Lames et Porte-Lune)

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30 mai 2016

Prends-en de la graine, par la Compagnie des Plumés

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Ils nous accueillent à l’entrée du chapiteau et nous nous installons. Après avoir salué l’assemblée, ils commencent le spectacle. Lui à l’accordéon. Et elle vient avec une poule qui la suit. Elle a caché sur sa poitrine des graines qui font marcher les volatiles et même voleter celle-ci qui se pose sur sa main puis qu’elle pose sur sa tête. Des graines, des plumes, de la musique, quelques acrobaties de l’homme, celles de la femme étant faites avec les précautions liées à sa grossesse. Le public a de quoi se réjouir et saluer les performances. Avec le chien aussi, le jeu est bien subtil. On pourrait parfois se demander qui a appris à l’autre les tours. Et le musicien a plus d'une plume (blanche) dans le dos, désireux, semble-t-il, de se prendre pour le coq ! La beauté des gallinacés, leur aptitude à franchir la tête et les épaules de leurs partenaires humains, autant de motifs à susciter la curiosité des spectateurs, adultes et enfants, qui pourront retrouver la Compagnie des Plumés (Diane Dugard, Juan Cocho, poules et chien) à Nanterre, place de la Boule, le week-end prochain dans le cadre du Festival Parades.

J'ai vu ce spectacle aux Arènes de Nanterre (92) en prélude au Festival Parades.

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29 mai 2016

Baden Baden, film de Rachel Lang

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Ana (Salomé Richard), on est tout de suite avec elle, assis près d’elle dans la voiture, près d’elle quand elle se fait engueuler pour avoir conduit en retard l’actrice principale sur le plateau de tournage, près d'elle quand elle pleure dans la station de lavage. Une fois le film terminé, et elle rendue à ses difficultés quotidiennes (elle ne va pas jusqu’au bout de ses projets, lui reproche son frère), on est encore avec elle. Elle a passé la frontière, est revenue voir sa grand-mère (Claude Gensac) à Strasbourg, et celle-ci pour fêter son retour veut préparer un baeckeoffe. Entre elles deux, c’est une relation forte. Qu’est-ce qu’elles seraient l’une sans l’autre ? Et voilà, un malaise et la grand-mère est hospitalisée. Ana va alors entreprendre un chantier auquel tous les jeunes hommes qu’elle rencontre vont devoir participer : ami, amant, vendeur, employé municipal. Il y a une certaine urgence. Aller au bout de ce projet, enfin. Elle s’accroche. Elle me fait penser à une autre jeune femme, Madeleine, dans un autre film, Les Combattants, quand elle décide d’accompagner celui qui va s’engager dans la Légion et la dernière image est presque la même, elle et lui assis l’un près de l’autre, regardant devant eux. Les Combattants regardaient ce qui arrive, « à l'affût. Sur nos gardes »; Ana et le candidat légionnaire regardent un bâtiment, il me semble, conçu par Le Corbusier, et s’émerveillent devant l’aptitude humaine à construire.

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28 mai 2016

La pénurie après la Pentecôte

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La Pentecôte, contrairement à ce qu'on pourrait entendre, n'est pas une façon de nommer la descente ou la montée d'un chemin qui vient du sommet (la pente) ou qui y monte (la côte). Elle ne serait alors qu'une Belle inutile comme se nomme une route empruntée notamment pour des courses cyclistes à Auxi-le-Château (62). La Pentecôte est une fête chrétienne, et donnait droit il y a peu à un jour férié. Profitant d'une forte émotion consécutive à la canicule de 2003, un Premier Ministre a décidé que le lundi de Pentecôte ne soit plus férié mais devienne une journée de solidarité avec les personnes âgées. Pour réduire les acquis sociaux, tous les arguments sont bons...

Cette année, après le week-end de la Pentecôte, les actions contre le projet de Loi Travail (dont il est écrit qu'elle vise à "refonder le droit du travail") se sont durcies et les salariés des raffineries de pétrole se sont mis en grève. Tous les médias ont titré qu'une pénurie menaçait. La pénurie, c'est le manque.

Ainsi, se sont rapprochés deux mots, PENtecôte et PÉNurie, qui commencent tous deux par les trois mêmes lettres, à une différence près : le "e" du premier prend un accent aigü dans le second. 

Un petit tour dans le dictionnaire vous permettra de trouver des mots commençant par PEN- et d'autres commençant par PÉN- et vous composerez un texte court alternant des mots de la première liste et des mots de la seconde.

Exemple : Quand j'étais au pensionnat, ayant tôt quitté mes pénates, je pensais certains soirs qu'il était pénible d'aller jusqu'à la penderie qui se dressait dans la pénombre du dortoir.

C'est à vous main tenant. Postez vos textes dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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27 mai 2016

Anthologie de poésie haïtienne contemporaine - mai 2016

James Noël propose une anthologie de poésie haïtienne contemporaine, « un brassage de tempéraments passionnants qui rassemble quatre générations ouvertes et poreuses aux grands flux de l’histoire, de l’amour, du pays, du jeu, de la colère, du monde, du sexe, de l’exil, de la mer, de la joie »… C'est notre rendez-vous mensuel, accompagné de documents extraits du n°3 de la revue Intranqu'illités (Maître d'oeuvre : James Noël - Direction artistique : Pascale Monnin, Barbara Cardone)

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Alors j’ai peur
J’ai peur du jour sur toi
J’ai peur du trou en nous
J’ai peur des jours brûlés en file

 

 

 

 

 

Oh, la terre est calme, plate et belle ! Nous refaisons le monde au chemin du vent. Orné de fleurs qui portent ton nom, je t’invente et t’invite à ma part de ciel. À mon souffle de vie, de vin, de vent et d’amour. Je sais, je sais : le vieux nom que je porte est un charme d’oiseau à charge.

Faubert Bolivar 

Rigaud Benoît - impression sur papier réalisée par le Centre d'Art

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26 mai 2016

Démolition, au Café curieux de Morsang-sur-Orge (91)

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C’est à l’occasion de la démolition d’immeubles dans un quartier de Corbeil-Essonnes (91) que Nicole Méresse a saisi ces façades éventrées, ces morceaux de vies brisées. Car les immeubles qui tombent entraînent dans leur chute des instants, des souvenirs, des musiques, des joies et des peines, qu’on ne retrouvera plus. Et c’est cela que cherche Nicole Méresse dans ses toiles, ce qu’un homme, traversant l’espace d’une cité, semble l’inviter à inscrire, l’ombre d’un dauphin, un papier déchiré, une balustrade pliée où personne ne pourra plus s’accouder pour regarder la vie depuis le balcon, ou appeler un ami qui passe. Demain, peut-être, y aura-t-il en ces endroits d’autres constructions. Mais, pour reprendre le titre d’un livre d’Alain Rémond, « Chaque jour qui passe est un adieu ». Les toiles exposées dans ce Café curieux de Morsang-sur-Orge (91) disent cet adieu.

La scénographie de Sabine Stellittano rassemble les oeuvres exposées sous un film transparent, comme pour protéger ces images, celles de Nicole Méresse et celles réalisées par les participants aux ateliers animés par Angeles Testera ou Jean-François Donati, soit une quinzaine de personnes.

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Dans un coin de la pièce, de quelques parpaings sort un visage. C’est une oeuvre de Nelice. Dans un autre lieu, démoli lui aussi, le bâtiment de la MJC-Centre social de Chilly-Mazarin (91) rue Pierre Mendès-France, il y avait une autre oeuvre de la même artiste…

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25 mai 2016

Jean-Luc Despax, dans les locaux de la Biennale des poètes en Val-de-Marne

Despax

Évidemment
Je préfèrerais écrire des poèmes engagés
Contre la guerre ou l’exploitation
Du prolétariat par le patronat
(…)
Mais voilà
Les choses ne sont pas si faciles
Le monde sous mes yeux n’a rien d’un idéal
Il me faut me résoudre à écrire
Sur les lèvres des filles
Sur leur peau satinée et leurs boucles d’oreille
(...)

C’est le début du recueil 9.3 Blondes light, de Jean-Luc Despax. Et deux noms me viennent à l’esprit à l’écouter : Jean L’Anselme et Allain Leprest. Le premier pour son humour et son engagement, son détournement de Valéry ou de Rimbaud, ses rimes avec des marques, y compris américaines. Le second, en particulier à cause de la Gitane :

Je la voyais danser, danser
La gitane sur le paquet
Des cigarettes de papa
Elle avait une robe en papier
Les yeux bleus comme la fumée
Et la peau couleur de tabac

Il y a de la rime dans ces poèmes, pour sans doute rythmer les mots comme on marche sur le pavé des manifestations. Il y a aussi des cigarettes, et plus qu’un paquet, 93 ! Avant d’arrêter de fumer.

Et aujourd’hui, je relis :

J’ai vu que la police était intervenue dans la nuit
Mon frère d’Amérique
Je l’ai vu tant qu’on m’a laissé voir
Bloomberg TV sans la TV
Je n’ai plus rien vu ensuite
Non qu’il n’y ait eu plus rien à voir
Mais le Spectacle laisse du temps à la réorganisation
Rien n’est plus efficace que la répression filmée
De ce qui s’est élaboré
Et veut naturellement gagner les quartiers, le monde
(…)
Ils ont brûlé 5000 volumes après l’évacuation forcée
5000 livres :
Sans doute des armes de destruction massive.
(…)

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24 mai 2016

Tombeau de Pamela Sauvage, de Fanny Chiarello

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Dès le premier chapitre, Pamela Sauvage meurt. Et cela déclenche toute une chaîne de relations qui nous éloigne d’elle pour mieux y revenir sans doute. C’est que nous sommes reliés les uns aux autres sans en avoir complètement conscience : Untel connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un, sans préjuger du niveau de connaissance réciproque. Mais ce livre, qui nous fait visiter une civilisation, notre contemporaine, a également un autre intérêt : il y a des notes en bas de page ! Notes écrites par une personne ayant découvert le texte d’origine trois générations plus tard. Et ces notes témoignent donc d’un futur qui se dessine peu à peu à la lecture : une organisation sociale différente où certains des aspects de la nôtre ont été exacerbés, d’autres ont été abandonnés. Ça ne manque pas d’humour. Certains personnages ont même des pseudonymes (et la question des changements de prénom exigés par certains patrons est arrivée en justice pendant que je lisais ce livre). Ce mélange de présent, de passé (puisque les souvenirs, parfois, nous y entraînent) et de futur (d’où un lecteur ou une lectrice nous observe) provoque un voyage réjouissant, même si inquiétant, dans le monde et le temps.

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23 mai 2016

The incomplete works, par le Footsbarn Travelling Theatre au Cirque Romanès, à Paris

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Le Footsbarn Travelling Theatre a fêté ses 45 ans. Mes souvenirs sont nombreux de ses mises en scène : au Centre Culturel de Corbeil-Essonnes, sur les rives du Canal de l’Ourcq à Paris. C’était Shakespeare, bien sûr, Boulgakov et Molière. Plaisir donc de les retrouver à Paris, sous le chapiteau où les accueillait Alexandre Romanès. Et c’est une nouvelle visite de Shakespeare. 

Ce sont des personnages que l’auteur réincarné présente avec le sens du burlesque que j’ai toujours connu au Footsbarn et la musique vivante, et les chansons, en particulier celle de Richard III réclamant en ritournelle un cheval. On entend l’anglais, le français, le serbe et le portugais. Des marionnettes jouent parfois, des masques. Voilà trois fois Shakespeare récitant to be / or not / to be. Voilà Puck. Pour Juliette, le choix n’est pas encore fait… On nous promène de personnage en personnage dont on ne sait pas toujours qui ils sont mais est-ce important ? Ce qui importe ici, me semble-t-il, c’est Shakespeare vivant, car il est mort, il a fréquenté la mort avant d’y succomber un jour, de disparaître comme on dit. Mais il n’a pas disparu, c’était un tour de magie : il nous a laissé ces fous, ces étranges, ces amoureux, ces puissants, ces misérables qui, 400 ans après, sont encore parmi nous à chercher querelle, à chercher l’amour, et conquérants du temps et témoins aujourd’hui de notre humanité.

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22 mai 2016

Coeur de chantier, à Nanterre-Université

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C'est un quartier en pleine mutation. Une nouvelle gare, des constructions, des routes... Et un chantier artistique qui mérite une visite. 

Le collectif 100 Pression réalise une fresque de plus de 1000 m2. Un mot apparaît, DUCTUS («En écriture, le ductus est l’ordre et la direction mais aussi la vitesse et le rythme selon lesquels on trace les traits qui composent la lettre.»), dans lequel s'insèrent des signes évoquant à mes yeux les écritures du monde.

 

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Un autre collectif, nommé Douze Douze, encadre des interventions plastiques où participent des écoles du quartier et le Centre social et culturel La Traverse, sur le thème d'une sorte d'Odyssée parcourue d'animaux extraordinaires.

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Piliers de parkings devenus totems, mur de 130 mètres de long seront ainsi mis en valeur, mais pas de manière pérenne. Le chantier lui-même autour de la gare viendra modifier la vision et peut-être effacer certains éléments. Les oeuvres auront donc cet aspect de palimpseste que prend la ville qui se transforme.

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Cliquer sur les photos pour les agrandir

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