main tenant

25 novembre 2014

La nausée, par La Canaille

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La Canaille, c’est aussi un groupe, du rap, des paroles à écouter, de la révolte. La nausée, c’est l’album qui vient de sortir, une nouvelle définition de La Canaille, « un cri qui sort de nulle part », « une promesse, mieux : une menace ». La Canaille évoque la vie de ces gens qui « ne gaspillent pas » et qui voudraient, malgré que ce soit difficile, « encore un petit peu », un petit peu de vie, et pas dans « une maison de maltraite »… Il y a aussi ce voisin, Omar, avec qui « on échange le temps d’une cigarette », « surtout la nuit », ce voisin déchiré qui demande à respirer, qui est « dans le fond de la bouteille »… Les textes dénoncent « Pornoland », la misère sexuelle exploitée, la femme « proie de choix pour les squales », « la femme tourmente »… Ils affirment une « identité qui ne sera jamais nationale ». 

« Je ne suis qu’un rappeur et là je ne rape même plus », dit Marc Nammour. Il faut l’écouter : « Quelque chose se prépare ». 

Et si vous allez jusqu’au bout de l’album, vous entendrez la voix de Jacques Brel, fustigeant la bêtise, « sorcière du monde » : « La bêtise c’est un type qui vit et se dit ça me suffit et il ne se botte pas le cul tous les matins en disant c’est pas assez, tu ne vois pas assez de choses, tu ne sais pas assez de choses… C’est de la paresse au fond la bêtise, une espèce de graisse autour du coeur, de graisse autour du cerveau ».

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24 novembre 2014

La Canaille

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Yvon Le Men, dans le poème dont il était question ici, cite Verlaine et Villon. Pour dire la pauvreté de poètes. M'est alors revenu un couplet de cette chanson d'Alexis Bouvier et Joseph Darcier.

C'est l'artiste, c'est le bohème
Qui sans souper rime rêveur
Un sonnet à celle qu'il aime
Trompant l'estomac par le coeur.
C'est à crédit qu'il fait ripaille
Qu'il loge et qu'il a des habits.
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

Une chanson liée à la Commune de Paris (1871). Ayant retrouvé les paroles, c'est tous les couplets qu'il fallait rappeler. 

LA CANAILLE

Dans la vieille cité française
Existe une race de fer
Dont l'âme comme une fournaise
A de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille,
Pour palais ils n'ont qu'un taudis
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

Ce n'est pas le pilier du bagne,
C'est l'honnête homme dont la main
Par la plume ou le marteau gagne
En suant son morceau de pain
C'est le père enfin qui travaille
Les jours et quelquefois les nuits.
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

C'est l'artiste, c'est le bohème
Qui sans souper rime rêveur
Un sonnet à celle qu'il aime
Trompant l'estomac par le coeur.
C'est à crédit qu'il fait ripaille
Qu'il loge et qu'il a des habits.
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

C'est l'homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l'œil de hibou,
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

C'est l'enfant que la destinée,
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canons de la bataille
Toujours il succombe sans cris...
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

Ils fredonnaient la Marseillaise
Nos pères les vieux vagabonds
Attaquant en quatre-vingt treize
Les bastilles dont les canons
Défendaient la vieille muraille
Que de trembleurs ont dit depuis
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

Les uns travaillent par la plume
Le front dégarni de cheveux
Les autres martèlent l'enclume
Et se saoulent pour être heureux.
Car la misère en sa tenaille
Fait saigner leurs flancs amaigris...
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

Enfin, c'est une armée immense
Vêtue en haillons, en sabots
Mais qu'aujourd'hui la vieille France
Les appelle sous ses drapeaux
On les verra dans la mitraille
Ils feront dire aux ennemis
C'est la canaille
Eh bien, j'en suis!

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23 novembre 2014

Lettre à Yvon Le Men, « en fin de droits »

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Yvon Le Men, radié du régime des intermittents du spectacle, et contraint de rembourser des années d’indemnités, écrit un long poème que Bruno Doucey publie en juin 2014, accompagné de dessins de Pef.

Au cours d’un atelier d’écriture, j’ai proposé aux participants de réagir à ce texte. Voici ce que j’ai écrit, en guise de lettre à Yvon Le Men.

Monsieur,

Comment votre livre-lettre est arrivé entre mes mains, je n’en sais rien.
C’était un jour de grève, je ne suis pas allé travailler. Je suis facteur. Aujourd’hui, je ne sais même plus comment on dit : facteur ou préposé.
Mon grand-père était facteur, dans le Nord de la France, comme Dany Boon dans Les Chtis, Dany Boon qui est sans doute intermittent du spectacle vivant.
Mon grand-père était facteur ou postier, mais pas préposé.
Il faisait son métier dans les villages, sa tournée d’où il revenait parfois avec des légumes ou du gibier.
Il n’aurait pas supposé être préposé, être défini comme subalterne.
Philippe Avron, qui est mort lui aussi, c’est-à-dire comme mon grand-père il y a fort longtemps puisque je ne l’ai vu qu’en photo, soldat de la Grande Guerre, comme disent ceux qui ne l’ont pas faite,
Philippe Avron, un autre artiste du spectacle vivant, parlait aussi de son grand-père, postier, avec des lettres dans sa sacoche, et pas que des lettres demandant des recours gracieux.
Des cartes postales aussi, parfois en forme de devinette : Quelle différence y a-t-il entre la poste de Rennes et le stop des nerfs ? Il aimait ça, mon grand-père, les devinettes.
Il savait, comme celui de Philippe Avron, si la missive était amoureuse ou injurieuse, si c’était à payer ou à recevoir. A payer, c’est une facture que le facteur apporte ; à recevoir, c’est un courrier que le facteur donne.
Votre lettre, je ne sais pas où il l’aurait mise, le facteur : avec la plainte ? avec la poésie ?
Parfois on dirait une feuille de discours, mais vite vous dites « oui, oui et non ».
Quand vous cherchez à qui la faute, comme Prévert avouant une « très grande faute d’orthographe », vous finissez par reconnaître une faute d’autographe.
Ce n’est pas comme ça qu’on écrit les discours aujourd’hui, on y parle plus volontiers de tuer, tuer l’adversaire, le concurrent, et même parfois le partenaire.
Ce n’est sans doute pas très différent des Australopithèques et autres « homo erectus ». Comme si, pour survivre, il fallait détruire tout autour de soi.
Mais je m’égare, qu’avez-vous à faire en famille de dinosaures ? Dinosaures qui ont disparu ou sont devenus oiseaux, comme l’oiseau-lyre, qui vit en Australie, et que Prévert, encore lui, a libéré dans un poème fameux qui parle de l’école où l’on apprend à écrire des lettres administratives.
La vôtre, de lettre, pas administrative, je suppose que vous l’avez faite manuscrite. Elle m’est arrivée en caractères d’imprimerie.
Combien de personnes ont donc travaillé pour qu’elle me parvienne ainsi : relire, saisir le texte, le relire encore, le mettre en pages, l’envoyer à l’imprimeur qui a choisi un papier à la certification environnementale, le porter dans les librairies, où quelqu’un l’aura sans doute acheté pour le poser sur le banc du parc de la Mairie devant laquelle, en grève, nous avons manifesté.
Pour ne pas être chômeurs.
A cause de la crise qui a bon dos.
Je ne sais plus qui a dit qu’il croirait à la crise quand au moins 50% des riches se seront suicidés.
Parce qu’aujourd’hui ce sont plutôt les pauvres qui meurent de la crise, et les chômeurs qu’on désigne comme tricheurs, menteurs, affabulateurs.
Pas seulement aujourd’hui, il me semble qu’on entend ça depuis longtemps.
Il faudrait que ça change, qu’on se parle comme on l’a fait en lisant votre livre devant la Mairie,
que chacun se décide à ressembler à ce qu’il voudrait être et non à ce que d’autres décident qu’il sera.
Ne jamais être en fin de droits mais toujours vouloir exister en fonction de demain.

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22 novembre 2014

La Route du Rhum

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Prenons un mot d’une seule syllabe, mais composé de sorte que les consonnes (celle qui le commence et celle qui le termine) soient audibles, par exemple « rêve » (on entend le « r » et le « v »). Si on inverse l’ordre de ces consonnes, on obtient un autre mot, par exemple « verre ». Sur ce même modèle, prenons un second mot, « brasse », qui donne, en inversant les consonnes finale et initiale, « sabre ». Associons ces mots deux par deux, en en prenant un d’une paire et un de l’autre paire, et en les réunissant par « de » ou « du » ou « de la » ou encore « des », selon les mots employés. Cela donne ici : « le sabre de verre » et « la brasse de rêve ». On peut terminer en construisant une phrase comme : « Quelle différence y a-t-il entre une brasse de rêve et un sabre de verre ? »

Il faut, pour réaliser ce jeu, que les mots choisis soient des noms et pas des adjectifs ni des verbes. Vous pensez peut-être que ça n’a pas de sens. Mais je prétends que ça a toujours du sens. Et puis, qu’auriez vous dit si j’avais choisi comme exemple cette phrase : « Quelle différence y a-t-il entre la route du rhum et la tour du mort ? » Ou encore : « Quelle différence y a-t-il entre la laisse de la niche et le sel de la Chine ? »

Quelqu'un me fait, à juste titre, remarquer que, dans mes exemples, les mots ont deux syllabes. C'est vrai mais la seconde est muette.

C’est à vous main tenant. Postez vos questions dans les commentaires ci-dessous. Merci.

Aujourd'hui, vers 16h, la 144000e visite à ce blog, venue de Strasbourg, est arrivée sur une page présentant une exposition de Munch à la Pinacothèque. Merci.

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21 novembre 2014

Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, anthologie

voixvives

Depuis cinq ans, à Sète, se déroule un Festival de poésie, et depuis cinq ans les Editions Bruno Doucey publient une anthologie qui porte le même beau titre que le Festival : Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée. Et elles et ils sont nombreuses et nombreux les poètes réunis ici, et « réunis » n’est pas un mot que j’écris au hasard : nous savons, parce que les informations nous le disent et le redisent, que les Méditerranées des pays latins, d’Afrique du Nord, des Balkans, d’Orient, sont lieux d’affrontements, de violences ; réunir les poètes de ces pays, y compris dans un livre, est une gageure. Bruno Doucey est de ces éditeurs qui agissent pour rapprocher les êtres humains, les langues, les cultures. Il est à son oeuvre quand il publie cette anthologie : 111 poètes, 43 pays, 20 langues. Mais au-delà des chiffres, il s’agit d’hommes et de femmes, disant la vie, ses espoirs, ses joies, ses souffrances, ses pièges. Il s’agit de poèmes dont la graphie elle-même est diverse : arabe, cyrillique, grecque, hébreu, latine. Et à ces alphabets l’éditeur a réservé la « belle page », celle de droite, pour que les yeux du lecteur français leur donnent toute l’importance qu’ils méritent. On voyage donc, dans la diversité,d’une voix à une autre, à beaucoup d’autres, en quête de cette lumière qui éclaire tantôt la barbarie, tantôt la beauté, tantôt la force, tantôt la douceur.

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20 novembre 2014

Arvind Appadourai, une rencontre poétique chez Tiasci Paalam en novembre 2014

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Dans un lieu rénové, désormais dédié à la musique et à la poésie, Arvind Appadourai nous a proposé un voyage : « une mélodie, un rythme, un timbre, une mémoire et un évènement ». La mélodie est portée par la voix d’Audrey Prem Kumar et la guitare de Mattias Appadurai (parfois au piano), et une basse continue. Elle est présente tout au long du poème. Elle est la présence même. Les mots d’Arvind ont la douceur et la puissance des fleuves et nous emportent. Nous ne savons pas où ils vont mais nous acceptons d’aller avec eux, dans leur cours, entre vallées et sommets, entre ciel et rêves, entre musique et silence. Nous allons au-delà des crépuscules, vers les villes et les saisons d’où nous venons. Nous allons dans un monde qui se transforme. Arvind désire une poésie improvisée, peut-être celle qui nous fera créateurs de notre humanité, cette poésie qu’il entend dans les paroles d’un clochard, dans « les plaintes des veuves et des exclus ». Madras n’a pas quitté Arvind, qui s’interroge : « Sous quelle forme le passé est-il présent ici ? » Et c’est un chant qui nous emporte, le chant des villes traversées, le chant de la mémoire tournée vers l’avenir, « le chant d’un nuage ».

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19 novembre 2014

... et la manière

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Passant dans une librairie, j'ai vu ce paquet de cigarettes posé sur un livre. Rapprochant le titre du livre, le nom de son auteur et le message sur le paquet de cigarettes, j'ai pensé qu'effectivement, quand on ne croit à rien, on n'a plus qu'à mourir à petit feu... 

Et ça fait un haïku de Lacroix et presqu'à la manière de Dandylan (lien dans la colonne de droite) :

Fumer tue.
Lorsqu'on ne croit en rien
Comment vivre ?

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18 novembre 2014

Grammaire de l'amante, de Valérie Linder

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Le premier livre a été publié en 2005. Elle sépare encore la désinence de la racine du verbe aim-er, elle cherche son complément, fouille le passé, essaye quelques futurs. C’est la quête de l’autre, c’est une attente, c’est la venue, le désir, le plaisir, la conjugaison.

Dans le second, publié en 2014, le couple existe, « l’horizon s’éclaircit », il y a les vêtements, la soie pour soi, le « s » qui apparaît avec le tu, et les « sommes » pour nous. Et recopier « cent fois oui ».

Le dessin de Valérie Linder est doux, sensuel et offert. Encre, aquarelle, plume, pinceau, tampon encreur, couture, reliure, et « c’est ainsi que nous tournons les pages ».

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17 novembre 2014

Etonné

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Une plaque en façade de la Librairie du Centre Wallonie - Bruxelles, rue Quincampoix à Paris.

Et me reviennent ces mots de Bouli Lanners : "Si les Français sont fiers d'être Français, les Belges sont toujours étonnés d'être Belges".

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16 novembre 2014

Architectonie, à la Traverse, Centre d'Art Contemporain d'Alfortville (94)

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Un Centre d’Art Contemporain s’est ouvert il y a un peu moins de deux mois à Alfortville (94) : c’est la Traverse, dans la rue Traversière qui mène d’une place (où on trouve la Mairie) à une autre (celle du Bureau de Poste). Cette situation même, et le fait d’inaugurer un nouveau lieu, voilà de quoi alimenter la première exposition : habiter, aller quelque part, passer, revenir, autant de verbes qui sont liés à l’architecture, du territoire à l’intimité du logis. L’espace ouvert et lumineux de la première pièce est accueil et invite à aller plus avant vers le fond, à entrer véritablement dans la ville, la maison et la pièce la plus secrète, et la plus petite, jonchée de pop-corn. La nature, rappelée par des photos ou par une sorte de toit végétal (Emilie Benoist) qui ressemble, si on s’approche, à une chaîne montagneuse, est tenue à l’extérieur. 

Le sol de la Traverse, d’abord de béton brut, est recouvert dans les salles du fond de revêtements différents au fur et à mesure que le visiteur s’éloigne de la porte d’entrée. Et la structure même de ce lieu d’exposition, un appartement, blocs encastrés, portes ouvertes et portes fermées, participe à l’impression qui s’en dégage d’un lieu habité qui recèle un secret : l’intimité.

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Gabriel Jones - Jeanne Susplugas

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