main tenant

01 février 2012

Chanson Plus Bifluorée fête ses 25 ans

chansonplusbifluoreeJe l’écris d’emblée : s’ils continuent comme ils commencent, je serai vite désenchanté. Mais justement c’est le contraire : ils enchantent, ils en chantent. Et des airs que vous connaissez mais vous ne savez plus d’où (Cabrel ? Brel ? Fernandel ?). Des paroles que vous pensiez connaître mais qui ont changé d’air (Y a d’la joie, de Trenet, sur un air de Ferré, Avec le temps, par exemple) ou des airs dont les paroles sont tellement dans votre tête qu’on peut en faire n’importe quoi. La chanson prend toute la place, toute la chanson, francophone, avec guitare et piano. Un peu avec harmonica. Une Marseillaise de la paix fait suite à une chanson de Francis Lemarque. Et des parodies qui s’enchaînent. Du jonglage en trio avec les mots sur des airs de Boby Lapointe, Pierre Perret et Charles Trenet. Leurs paroles sur une musique de Brassens pour nous remercier d’être le « bon public, bon public ». Et leur capacité à nous faire chanter à la fin une Javanaise tandis qu’ils, progressivement, se taisent, ayant transmis, ayant donné. Et nous, « comme au passant qui chante on reprend sa chanson », sortons en fredonnant et nous disant qu’ils nous ont fait passer par beaucoup d’émotions, des rires et des frissons, un bon moment qu’on aurait volontiers prolongé. Un bon anniversaire.

J'ai vu ce spectacle à l'Agoreine de Bourg-la-Reine (92), dans le cadre du 17e Festival d'Humour organisé par le CAEL.

Aujourd'hui, vers 21h30, la 50 000e visite, venue sur ce blog depuis Haguenau, est arrivée sur la page consacrée au poème de Mallarmé, Brise Marine. Merci.

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31 janvier 2012

Petits chocs des civilisations, de et par Fellag

fellagpetitschocsFellag ferraille dans les idées reçues. Et il les bouscule en provoquant le rire. Par exemple: "La France, c'est une Algérie française qui aurait réussi." Petite phrase qui dit beaucoup de nos proximités. De même, un peu plus tard dans le spectacle, il réussit à rapprocher Algériens et Français en passant par les ressemblances entre Français et Italiens et entre Algériens et Marocains, les uns les autres croisant leur calme ou leur colère. En sortant de la salle, on se dit que les mêmes choses racontées dans la rue n'auraient peut-être pas cette force comique. Mais ici, sur la scène, Fellag nous entraîne, nous met en appétit en préparant sous nos yeux et nos narines un couscous. C'est l'occasion pour lui de nous faire un cours sur le réchauffement climatique, l'univers n'étant, finalement, qu'un couscoussier. C'est aussi l'occasion de créer de la connivence, de la connaissance réciproque. Sa proposition de donner à la France le A de l'Algérie pour récupérer le triple A dégradé par Standard & Poors fait éclater de rire la salle, qui prend peut-être alors conscience, d'une part, que le "chacun pour soi" est ridicule et, d'autre part, que la note ne préoccupe au fond que ceux qui prétendent avoir les meilleures. Et, puisque le couscous est, selon un sondage, le plat préféré des Français, c'est peut-être enfin l'occasion de dépasser les préjugés. C'est pourquoi il les met en scène : il dit "nous" pour les Arabes, les Algériens, les musulmans, il dit "vous" pour les "Français de souche", mais il montre les travers des uns et des autres, et chaque côté de la Méditerranée a ses aspects risibles. Il ne s'agit pas d'aimer, ce qui pourrait avoir un arrière-goût de condescendance, mais peut-être simplement de vivre ensemble moins tourné vers le passé que vers l'avenir, et de boire chacun sa boisson, les petits chocs étant ceux des verres qu'on trinque au moment de partager le repas. Et "buvez ce que vous voulez".

J'ai vu ce spectacle à l'Agoreine de Bourg-la-Reine (92), dans le cadre du 17e Festival d'Humour organisé par le CAEL.

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30 janvier 2012

François-Xavier Demaison s'évade

demaisonsevadeEtre acteur c’est être libre, pouvoir interpréter des personnages très différents les uns des autres. François-Xavier Demaison ne s’en prive pas. Et, pour accentuer cette liberté, il prend presque le ton de la confidence : exposant quelques éléments de sa vie (une femme, un enfant, le grand-père, le métier qu’il a quitté pour la scène, les petites salles du début) pour mieux introduire les personnages qu’il incarne avec un talent exceptionnel (le conteur québécois, le vieillard qui fait du soutien scolaire dans le 9 3, les prisonniers corses…). Un tour sur lui-même et il devient un autre. Se moquant de cette femme accueillant les touristes et, peu à peu, se laissant emporter par sa haine des autochtones, de ce patron quasi réfugié sur un terrain de golf parce que les ouvriers font la grève de la faim dans son bureau. Croquant le portrait d’un animateur dans une boite de nuit à l’humour assez vulgaire et méchant, d’un gynécologue italien qui aime « énormément » les femmes.

Le rire fuse et s’installe dans la salle dès le début ; il ne va pas la quitter. La générosité de l’acteur y est pour beaucoup. Il salue, bras ouverts : il nous a libérés.

J'ai vu ce spectacle à l'Agoreine de Bourg-la-Reine (92), dans le cadre du 17e Festival d'Humour organisé par le CAEL.

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29 janvier 2012

Marieettonio, chez Animakt

tonioetsesautomatesLe premier Beau Dimanche de l’année 2012 chez Animakt, à Saulx-les-Chartreux (91), c’était avec Marieettonio et leur prochaine création. De magnifiques marionnettes nous ont été présentées, L’Homme Fort sorti de sa cage, les serveurs automates du bar. Et le spectacle en préparation a séduit le public venu nombreux ce dimanche : Marie se fait espagnole, sous le sobriquet de « Diesel », et biographe de Bitonio, Mireille et Fred sont la musique vivante de leurs instruments originaux, et Tonio, c’est le patron de la foire. L’histoire que raconte l’espagnole à sa marionnette (celle qui lui arrive au genou, au je-nous) nous donne l’envie de découvrir la fin du spectacle, mais il faudra encore attendre quelques mois pour que Tonio mette en mouvement sous nos yeux sa Lilith…

Une courte vidéo est accessible en cliquant sur la photo.

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28 janvier 2012

Des samedis des six dames

Il m’arrive dans les textes de faire des trous et je ne suis pas très doué pour les contrepèteries. Un livre de Joël Martin et Rémy Le Goistre nous en donne la recette.

laviedesmotsComment fabriquer des contrepèteries ?

En échangeant des consonnes

Le mot vache devient le veau mâche

En échangeant des voyelles

Il ne faut pas confondre un mot de vous et un mou de veau

En échangeant des syllabes

Après leur chute sur la plage, les motards avaient des morceaux de motos sur les galets et des morceaux de teaux sur les mollets

En déplaçant une consonne, une voyelle, une syllabe, etc

La lingère repasse ses plis, la vache replace ses pis

En chamboulant l’intérieur d’un mot

Un vélo est volé

L’éditeur a rassemblé il y a un an La vie des mots et Contrepétines dans un ouvrage intitulé Le mot vache et le veau mâche. Vous pouvez vous y référer pour participer à cet art de la contrepèterie pour tous.

Et je vous invite à écrire (quand Homère vous évitera un cri) dans les commentaires ci-dessous vos propositions de six sous (plus ou moins)

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27 janvier 2012

Les acrostiches

acrostichesC’est un mélange sympathique d’acrobaties et de musique, de petites chansons sans autre prétention que d’accompagner les mouvements : jonglage, équilibres, portés. Et ça fonctionne plutôt bien. Le mélange des genres y est permanent et sans esbroufe. Tout se fait et se défait comme si de rien n’était. On y reconnaît chacun tel qu’il se présente dès le début et chaque spectateur repart avec son mot, le geste qu’il aura retenu. Le rire ici est assez subtil parce qu’il ne vient pas de grosses ficelles. Le spectacle produit du bien-être. Pour ma part, j’ai surtout apprécié l’instrumentarium (ceux qui ont vu le spectacle savent qu’on y goûte le latin), où les mains jonglent avec les sons comme d’autres avec les massues ou les balles.

 J'ai vu ce spectacle à l'Agoreine de Bourg-la-Reine (92), dans le cadre du 17e Festival d'Humour organisé par le CAEL.

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26 janvier 2012

Résistances - Tristan 1938, par François Godard

Resistances_animTousC’est incroyable comme les destins se mêlent. Le grand-père du conteur se trouvait sur le chemin de brigadistes à la frontière pyrénéenne. Sans vraiment comprendre ce qui arrivait, parce qu’il était conscrit, parce qu’ils étaient chassés par les franquistes. Le troisième chapitre de Résistances s’est ouvert selon le rite des deux premiers : les musiciens s’installent, puis le conteur entre en scène. Il arrache de sa propre histoire une page : cette fois c’est l’histoire que le grand-père racontait aux réunions de famille. Une histoire versifiée. Oh, pas des rimes riches : on n’a pas le temps de faire des manières et ce qu’on a à raconter n’est peut-être pas glorieux. Et il faut dire et dire pour tenter de combattre le cauchemar qui le poursuit depuis ses vingt ans. Et voilà que le souffle l’emporte, que le combat est devant nos yeux, dans nos oreilles, confus parfois, mais qu’on voudrait victorieux. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la Bataille de l’Ebre. Perdue par les Républicains. Des hommes et des femmes ont alors fui l’Espagne pour fuir les nationalistes soutenus par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Le récit est saccadé et nous tient en haleine. Mais ce ne serait qu’un récit de combat comme un autre sans la conclusion sous forme de question (que je ne vous dirai pas ici) qui me renvoie, qui renvoie chacun de nous à sa responsabilité, à son cauchemar…

A Paris, à l’Espace Jemmapes, après le premier épisode (Marc, 1917) présenté en octobre 2011, le deuxième (Amélie, 1936) en novembre 2011, le troisième en janvier 2012 (Tristan, 1938), d’autres rendez-vous sont annoncés en mars 2012 (Inès, 1943), et en avril 2012 (Joseph, 1960).

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25 janvier 2012

Histoire de chiens, documentaire de Serge Avédikian

620-histoire-de-chienAprès avoir réalisé le court-métrage Chienne d’histoire, Serge Avédikian s’est intéressé aux chiens des rues d’Istanbul en 2010, cent ans après la déportation de plusieurs dizaines de milliers de chiens sur une île déserte. Les chiens sont les animaux les plus proches des hommes, leur histoire et la nôtre sont mêlées. Ce qu’on fait aux chiens dit beaucoup de nous-mêmes. Il ne s’agit pas de sensiblerie. Par exemple, vouloir éradiquer les chiens errants renvoie à une image des villes occidentales. La civilisation, l’urbanisation passeraient obligatoirement par un modèle unique, hygiénique : des chiens peut-être, mais tenus en laisse, coiffés, dressés. Pour vivre aux côtés des hommes, il faut être conforme aux normes qu’ils édictent. Et les hommes savent des moyens violents pour se faire obéir : l’exil, la stérilisation, la mort. C’est radical. C’est le sort de tous les animaux qui vivent près des hommes, dans les villes du modèle occidental : chiens, chats, pigeons, et on a même entendu des gens demander l’élimination de mouettes qui criaient trop fort. Le documentaire de Serge Avédikian n’est pas celui d’une caméra qui se promène dans une ville en s’apitoyant sur le sort des animaux et de ceux qui s’en occupent. Il pointe surtout les rapports entre Occident et Orient à travers cette question de la cohabitation en ville des chiens et des humains, ce qui attire et ce qui différencie ; il signale aussi les influences religieuses sur la façon de traiter les animaux ; il dit encore que les chiens des rues témoignent de la capacité des humains à prendre soin d’autrui.

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24 janvier 2012

Où vont les arbres ? de Vénus Khoury-Ghata

ouvontlesarbresCette famille est une terre. Les enfants sont des arbres. Ce sont des enfants authentiques, ce sont des arbres authentiques, nés d’une mère « que les passants étrangers à la ville (…) prenaient pour un jardin ». Mais cette terre fut ravagée, saccagée. Pourtant quelque chose tenait debout, la mère morte tenait debout, arrachait les orties après sa mort, en se demandant pourquoi elle ne l’avait pas fait de son vivant. Ce pays est le Liban, un pays où l’on cherche en vain la robe de Dieu parmi les arbres, un pays aux maisons déshabitées. Il y a de la ténacité dans ces mots, de l’obstination dans cette fratrie de « bavardages copieux », de la vie jusque dans la mort de cette mère dont l’image s’impose de poème en poème. Elle qui « portait son chagrin dans sa paume et soufflait dessus ».

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23 janvier 2012

L'Art du Rire, par Jos Houben

joshoubenLa conférence à laquelle nous allons assister va joindre la pratique à la parole. Nous allons rire, Jos Houben nous le dit, le répète, et y parvient avec une aisance qui a sans doute nécessité beaucoup de travail. Pourquoi nous rions ? Il ne saurait nous le dire. Il y a du mystère dans le rire. Mais il décortique ce qu’il y a d’humain dans cette façon que nous avons d’expulser bruyamment des sons par la bouche ouverte. Et, d’abord, la verticalité, signe distinctif de notre condition. Tenir debout, en équilibre, garder sa dignité en toute circonstance… Et nous rions de nous-mêmes, car nous avons le même corps : des jambes pour nous porter, un bassin (et tout ce qui a rapport au bassin peut être un sujet comique), une poitrine qui est le lieu de l’identité, une tête où se jouent les émotions et les pensées. Nous nous reconnaissons dans les mimiques de Jos Houben et notre rire n’exprime pas le mépris, ne se gausse pas des autres, n’a pas la grossièreté facile, mais c’est un rire qui nous réunit, de la scène à la salle, de l’artiste au public, en ce que nous avons en commun, notre humanité.

J'ai vu ce spectacle à l'Agoreine de Bourg-la-Reine (92), dans le cadre du 17e Festival d'Humour organisé par le CAEL.

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