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15 décembre 2019

Nous ne trahirons pas le poème, de Rodney Saint-Éloi (extrait)

Il écrit "la guerre n'est pas mon métier". Convoque les ancêtres, les fantômes. Poète, éditeur de poètes, Rodney Saint-Éloi est né à Cavaillon (Haïti) et vit à Montréal. Il écrit "la mort n'habite pas ma maison". Écrit que "parfois la mer se trompe de pays".

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les outardes ont parlé à mon coeur
miroir coup de dés
résistons au verbe résister

j'ai siphonné la mer
j'ai transfusé les îles
envoûté les écorces
embrassé les flammes

luciole j'appelle fleuve
je vends les vallées noires
et les savanes désolées

je meurs aloès
corail je dis
je
récif
exhale anolis
savane blanche
poussière d'espérance
je nais je
nègre marron

ci-joint esclave manchot
de l'habitation saint-éloi
sise à cavaillon
nous résisterons nous
au pays des mers folles
la maison brûle
dans le poème

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14 décembre 2019

Les noms du Père Noël

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Dans une dizaine de jours, ceux qui y croient encore attendront la venue de ce bonhomme qu’on nomme le père Noël, car avant d’être un nom, Noël est une date. On le dit « père », alors que pour les enfants qui en attendent beaucoup, ce pourrait plutôt être le grand-père. Mais peut-être n’est-ce que la déformation de ce souhait : j’espère Noël. Des syllabes qu’on pourrait écrire autrement : j’ai ce père Noël.

Les herpétologues qui ne jurent que par les serpents chantent la vipère Noël (Là, vis, père Noël !)

Les brigands qui s’y cachent célèbrent le repaire Noël. (l’heureux père Noël)

L’arachnologue présente en cette saison l’épeire Noël. (les pères Noël)

Vous pouvez prolonger cette liste en notant d’abord des mots finissant par le son « per », quelle qu’en soit l’orthographe. Puis vous construisez une petite phrase incluant un des mots de votre liste suivi de Noël, comme dans les exemples ci-dessus.

Une phrase, ou deux, ou trois que vous posterez dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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13 décembre 2019

L'écriture serait l'épicentre du jour - Marie-Hélène Lafon et Claire Angelini

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« L'endroit où, sur une faille démarre la rupture est appelé foyer du tremblement de terre ou hypocentre. L'épicentre est le point de la surface du sol le plus proche du foyer. » (Musée de sismologie de Strasbourg) 

Écrire est donc lié au tremblement, à la faille. L’épicentre se calcule, l’épicentre est invisible.

Marie-Hélène Lafon écrit à propos de choses invisibles, ou plutôt auxquelles on n’est peut-être pas assez attentif : un petit panier tressé, des bouquets, le thé du matin, l’hélicoptère, la manie du rangement, les dimanches de l’enfance, les mésanges, le blaireau, le maçon, les mouches, la chaise longue et l’expression « tomber foutu ». Il ne s’agit pas d’un catalogue ; chaque texte emporte l’auteure loin de son mot de départ. Dans le souvenir : on rencontre Madame Fraigefond et Madame Durif, Madame Robert la boulangère. Dans la géographie : entre la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme et Paris. Dans l’inquiétude : on sait quand on part mais pas quand on reviendra, le 14 juillet 2016 à Nice, les maladies, les vies difficiles. Et l’âge, qu’elle répète comme pour marquer d’où elle écrit, « depuis plus de cinquante ans ».

Claire Angelini a dessiné, dans ce même été 2016, des moments. Je ne sais si ces deux écritures étaient simultanées, si elles voulaient se répondre, mais leur publication dans un même ouvrage, d’abord les textes puis les dessins, crée ce mouvement de l’une à l’autre. On croit reconnaître le tressage du panier, on devine les murs, les maisons, les paysages, les animaux qui passent dans les textes. On finit avec le rouge qui s’infiltre dans les montagnes, dans les mots, la « pivoine écartelée », le « plaid orange », le « chat roux » et le « sécateur rouge ».

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12 décembre 2019

Un jardin sur le bout de la langue, poèmes de Constantin Kaïtéris, dessins de Joanna Boillat

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L’édition, c’est Motus. La collection, c’est Pommes Pirates Papillons.

Des poèmes. Ceux-ci font des légumes et des fruits les héros. Sur le bout de la langue, c’est à la fois le goût et l’expression. Ce n’est jamais l’hiver dans ce petit livre.  Mais on y croque sans hésiter. C’est bon.

Comme ces vers sur la pomme (et pas dedans) :

LA POMME COMME ON LA VOIT

La pomme ne se pose pas de questions,
elle se pose sur une assiette.
La pomme s’épelle
sans difficulté :
paix     eau     deux aiment     oeufs.
La pomme se pèle
avec un couteau.
La pomme rouge
ne s’envole pas de l’arbre
comme un ballon
et la pomme jaune
ne se lève pas
derrière les collines
comme un soleil.
Elles tombent avec un petit bruit
dans l’herbe sous le pommier.

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11 décembre 2019

Hassan Hajjaj dans le métro parisien

C'était il y a quelques jours à la station Hôtel de Ville. Des photos de Hassan Hajjaj, le Maroc sur les murs. J'ai malheureusement raté l'exposition de la Maison Européenne de la Photographie.

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10 décembre 2019

Les quatre bacheliers, chanson de Georges Brassens

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Nous étions quatre bacheliers
Sans vergogne,
La vraie crème des écoliers,
Des écoliers.

Pour offrir aux filles des fleurs
Sans vergogne,
Nous nous fîmes un peu voleurs,
Un peu voleurs. 

Les sycophantes du pays,
Sans vergogne,
Aux gendarmes nous ont trahis,
Nous ont trahis. 

Et l'on vit quatre bacheliers
Sans vergogne,
Qu'on emmène, les mains liées,
Les mains liées. 

On fit venir à la prison,
Sans vergogne,
Les parents des mauvais garçons,
Mauvais garçons.

Les trois premiers pères, les trois,
Sans vergogne,
En perdirent tout leur sang-froid,
Tout leur sang-froid. 

Comme un seul ils ont déclaré,
Sans vergogne,
Qu'on les avait déshonorés,
Déshonorés.

Comme un seul ont dit " C'est fini,
Sans vergogne,
Fils indigne, je te renie,
Je te renie. " 

Le quatrième des parents,
Sans vergogne,
C'était le plus gros, le plus grand,
Le plus grand. 

Quand il vint chercher son voleur
Sans vergogne,
On s'attendait à un malheur,
A un malheur. 

Mais il n'a pas déclaré, non,
Sans vergogne,
Que l'on avait sali son nom,
Sali son nom. 

Dans le silence on l'entendit,
Sans vergogne,
Qui lui disait: " Bonjour, petit,
Bonjour petit. "

On le vit, on le croirait pas,
Sans vergogne,
Lui tendre sa blague à tabac,
Blague à tabac. 

Je ne sais pas s'il eut raison,
Sans vergogne,
D'agir d'une telle façon,
Telle façon. 

Mais je sais qu'un enfant perdu,
Sans vergogne,
A de la corde de pendu,
De pendu, 

A de la chance quand il a,
Sans vergogne,
Un père de ce tonneau-là,
Ce tonneau-là.

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Et si les chrétiens du pays,
Sans vergogne,
Jugent que cet homme a failli,
Homme a failli. 

Ça laisse à penser que, pour eux,
Sans vergogne,
L'Evangile, c'est de l'hébreu,
C'est de l'hébreu.

 

(photo extraite du film "Les Misérables", de Ladj Ly)

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09 décembre 2019

Les Misérables, film de Ladj Ly

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L’équipe de France est championne du monde. Toute la France est en liesse, les enfants de la banlieue font la fête sur les Champs Élysées. 

Et puis la vie reprend son cours. Un père vient rechercher son fils au commissariat de Montfermeil. Ce n’est certes pas le père d’un des quatre bacheliers de Georges Brassens. Et on comprend que l’enfant n’ait pas envie de rentrer chez lui. Mais avec qui peut-il se sentir bien dans ce monde où toute l’organisation sociale est partagée entre divers groupes ? La police, les caïds (grands frères), l’imam qui tient un kebab… Les plus petits, qui les écoute, qui les entend ? Un cirque s’installe dans le quartier. « C’est pour vous qu’on vient ici », dira en substance le patron du cirque. Qui a imaginé que ce cirque répondait à l’attente des habitants ? Nous savons aujourd’hui que la plupart de ces cirques n’ont que peu de respect pour les animaux qu’ils transportent d’une ville à une autre dans des conditions lamentables. En emportant un lionceau, l’enfant se libère lui-même des barreaux. Et ce qui est qualifié de vol va bouleverser l’organisation et les arrangements des uns et des autres. Jusqu’à ce qu’un policier tire et blesse au visage l’enfant. 

Ladj Ly nous fait entrer dans le film par l’équipe de la BAC. Et son film a donc l’aspect d’un polar. Mais, c’est dans le regard des enfants que tout se joue. Des enfants qui prennent la place, qui prennent les risques, qui regardent les adultes, qui prennent de la hauteur, mais que la société, dans son partage des pouvoirs, rejette. Ce que montre le réalisateur, c’est que ces enfants sont les enfants de cette société, qu’ils en connaissent les codes et en font l’usage qu’elle leur a appris. Jusqu’à la violence : violence des groupes entre eux, violence policière, violence de l’argent, maltraitance familiale…

On sort de ce film abasourdi, la tête emplie de cris de joie devenus cris de désespoir.

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08 décembre 2019

Ô désolée mio, de Pascale Murtin

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Elle fait poème de peu. Quelques syllabes entortillées ou déroulées, et voilà des mots qui se chevauchent ou s’évitent, rarement s’effritent, plutôt nous tirent par l’oreille pour nous dire autre chose que ce qu’on entend : 

vous mangez trop
oui on a beaucoup d’inné
mais l’acquis ça profite à qui ?
à qui la propriété ?
quelle belle entrée !
vous mangez trop
oui on a beaucoup d’inné

Pascale Murtin était déjà bricoleuse de mots avant son accident de vélo. Mais d’en perdre l’usage ou d’en troubler le langage, c’était trop. Alors, elle s’est astreinte à s’exercer avec une volonté de fer, de faire : des vers en faire, assez brefs, s’efforcer de les dire, les chanter. Parfois on a l’impression que ce ne sont que jeux de sons. Et puis on sent qu’il y a toujours du sens, des sens.

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07 décembre 2019

La cerise et le gateau

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ia cerise et le gateau
la confiture et le cochon
le rose et le blanc cassé
deux fois trois mariages sans raison
le rose et le banc cassé
la marmelade et le porc laqué
la fraise 
(le rosé)
et le nez d'un voisin

C'est dans un livre intitulé Ô désolée mio que Pascale Murtin écrit ce court texte. J'y reviendrai un autre jour. Pour ce samedi, je vous invite seulement à examiner d'autres mariages sans raison.

Exemples : 
la coupe et les lèvres
la main et le feu
l'anguille et la roche
deux fois trois mariages sans raison
la quille et le coche (au nez)
le bain et le voeu
la coulpe et les rêves

Pour composer ce texte, j'ai suivi, à peu près, la méthode de Pascale Murtin : les trois premiers mariages sans raison sont réalisés à partir d'expressions courantes.
Chez Pascale Murtin, "la cerise sur le gateau" -1-, "de la confiture au cochon" -2-, c'est connu ; "le rose et le blanc cassé" -3- , je ne vois pas d'où ça vient mais c'est peut-être personnel à l'auteure.
Ma proposition reprend "de la coupe aux lèvres" -1-, "mettre sa main au feu" -2- et "il y a anguille sous roche" -3-.
Après la phrase intermédiaire ("deux fois trois mariages sans raison"), ces trois expressions sont reprises dans l'ordre inverse (3, 2, 1) et légèrement déformées.

C'est à vous main tenant. Mariez des mots deux à deux sans raison et postez votre court texte dans les commentaires ci-dessous. Merci.

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06 décembre 2019

Le journal d’Ava (éditions Points de suspension) - décembre 2019

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Le journal d’Ava commence avec le mois de l’hiver. Ava une femme préhistorique. On a négligé les femmes en travaillant sur la préhistoire. Jusqu’à Lucy, découverte en 1974, on en parlait très peu. La bande dessinée, par exemple, avait Rahan, « fils des âges farouches », mais pas de personnage féminin équivalent. Erolf Totort répare cette négligence avec ce journal d’Ava dont nous ferons notre rendez-vous mensuel à partir de ce mois de décembre.

Premier croissant montant du mois de l’Hiver

Je prépare un calendrier pour dater mon journal,
Sinon je ne sais plus quand j’ai écrit quoi.
Avec mon nouveau système, je marquerai les Lunes et les saisons, je saurai.
J’ai passé dix-neuf hivers.
Je suis vigoureuse.
Je m’appelle Ava, fille de Mana, fille de Gana, fille de la Grande-Ava.
Aka, ma première soeur, s’occupe de mes petits Ana et Petit-Talao.
Les enfants jouent, mangent et dorment ensemble.

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