main tenant

26 avril 2017

Parrêsia, par le Collectif Bonheur Intérieur Brut

DSCN5783

Une voix sort d’un haut-parleur. Elle dit : « je vois une personne qui fait ceci ou cela, qui est vêtue de telle ou telle façon… » D’abord on n’y prête pas garde, puis on se demande de qui parle cette voix. Une autre s’y joint, puis d’autres. Chacune propose son regard, un ton. On a vu les micros ouverts. On a compris qu’il se passe quelque chose, qu’il va se passer quelque chose. L’enfant qui vient d’être décrit traverse la place, l’homme qui porte un bébé se reconnaît dans les mots qui le présentent. Le public serait donc le sujet du spectacle. Ça change, et pourtant nous regardons celles et ceux qui parlent dans les micros. Certains s’éloignent pour éviter d’être montrés à tous, d’autres attendent que leur tour vienne. Et, comme c’est toujours le cas au théâtre, et même quand le théâtre est dans la rue ou sur une place publique, un cercle se forme, le vide au milieu est plein de notre attention, de nos attentes, de nos histoires. Nous avons besoin de cet espace pour nous regarder, nous écouter, nous comprendre, aller l'un vers l'autre, nous rencontrer, pour que la place soit au public, ici, au présent.

J'ai vu ce spectacle de paroles, proposé par le Collectif Bonheur Intérieur Brut, à l'occasion de Place libre, à Montreuil (93)

Posté par onarretetout à 08:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


25 avril 2017

Membre fantôme, de la Compagnie Longshow

DSCN5764

Il faut être bien placé pour profiter pleinement de ce nouveau spectacle de la Compagnie Longshow. Nicolas nous y invite : il s’agit d’être bien en face, assis pour celles et ceux qui sont devant, de préférence assis, debout pour celles et ceux qui ne peuvent faire autrement, de préférence derrière. C’est la règle pour les spectacles de rue, pour que tous puissent voir. Voir… c’est bien cela qui est mis à l’épreuve ici, dans ce spectacle faisant suite à Opticirque. Miroir ou vitre déformante vont troubler notre perception. De quoi attraper la grosse tête, peut-être, mais avec l’humour ça se dégonfle aussi vite. Le plus troublant c’est quand les pieds du jongleur semblent ne plus toucher terre, quand il semble même changer l’ordre du ciel et de la terre, quand il est impossible au spectateur de compter les balles. 

DSCN5767

DSCN5769

DSCN5775 DSCN5776

Nicolas ne perd cependant pas la tête même quand un pigeon vient s'essayer à jouer avec les boules, ni quand le bâtiment du Nouveau Centre Dramatique de Montreuil tente de rivaliser de reflets avec lui.

DSCN5772

DSCN5766

J'ai vu ce spectacle dans le cadre de Place libre, à Montreuil (93)
Cliquer sur les photos pour les agrandir.

 

Posté par onarretetout à 08:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

24 avril 2017

Place libre, à Montreuil (93)

C'était le 16 avril. Le printemps était encore très timide mais le public était au rendez-vous proposé par la Compagnie Acidu.

DSCN5759

fullsizeoutput_295c fullsizeoutput_2962
Les Goulus - Planète pas net

DSCN5755 DSCN5756

DSCN5758 fullsizeoutput_2965
Acidu

DSCN5784

DSCN5789 DSCN5791

À suivre

Posté par onarretetout à 07:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

23 avril 2017

L’écorce des songes, poèmes de Antemanha

9782343107806r

L’invitation qui nous est faite de nous laisser aller à la rêverie ne consiste pas à nous abstraire de la réalité. Les rêves se déroulent devant nous avec leur musique, des sons enregistrés, des mots décrochés de leurs phrases « fou, pas fou », des oiseaux, le son du cor de basset et du bansuri, souffles extraits des profondeurs. Profondeurs des reliefs enfouis d'une Méditerranée débondée qu’on traverserait à pied pour aller en Afrique. L’eau des rives des rêves ayant manqué revenue dans l’encrier, se mêlant à toutes sortes d’humeurs, « Zeus désirant Europe ». Pour finir, cette lecture musicale se transforme en séance de sound painting, la page découpée laisse apparaître ici et là des groupes de mots que le vent agite comme des épis, faisant surgir du choeur la lumière du mot « naissance ».

Ainsi, dans les locaux des éditions L'Harmattan, Antemanha a présenté son recueil, L’écorce des songes, avec des créations musicales d'Étienne Rolin.

Posté par onarretetout à 07:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

22 avril 2017

Des singuliers qu'on prendrait pour des pluriels

fullsizeoutput_263d

« L’échange des noms s’impose puisque la pie va toujours par deux et pas l’épi. » (Éric Chevillard - l’auto fictif - 3274)

Dans cette phrase, Eric Chevillard (suivre le lien dans la colonne de droite) joue avec le singulier et le pluriel, tous deux singuliers comme vous le remarquez (pie, épi). Vous pouvez en faire autant et construire d’autres phrases où apparaîtront des mots se prêtant à ce jeu. Faites, comme d’habitude dans nos jeux sur ce blog, une liste de mots offrant cette possibilité.
Par exemple : le froid - l’effroi, la dent - l’aidant, le pôle - l’épaule… Dans ce début de liste, vous saisissez que c’est le son qui donne cet effet d’un passage du singulier au pluriel.

Il suffit alors de composer une phrase intégrant les deux mots associés.
Par exemple : Le froid qui l’empêche de dormir fait surgir dans ses rêves l’effroi.

C’est à vous main tenant. Jouez de ces singuliers qu’on prendrait pour des pluriels dans des phrases que vous posterez dans les commentaires ci-dessous. Merci.

La gravure qui accompagne ce jeu est une oeuvre de Maria Angeles Testera.

Posté par onarretetout à 07:52 - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,


21 avril 2017

De Zurbarán à Rothko, exposition au Musée Jacquemart-André, à Paris

867936_exposition-de-zurbaran-a-rothko-collection-alicia-koplowitz_110538

Les premières toiles de l’exposition m’ont donné une satisfaction intellectuelle, comme lorsqu’on tourne les pages d’un livre d’histoire et qu’on voit cette histoire s’exprimer dans les costumes, les personnages, la façon de les mettre en scène. Et, sans que j’y aie pris garde, mon regard s’est troublé. Le bouquet d’oeillets de Van Gogh, dans la troisième salle, penche comme l’arbre de Goya penchait dans la première ; des portraits de femmes, vues de face, de profil, de dos, nous font traverser les siècles et s’insinue dans ma pensée le Rêve familier de Verlaine : 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. 

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila. 

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues. 

On pourrait avancer vers la Femme au grand chapeau de Van Dongen, revenir devant le Demi-nu à la cruche de Picasso, y rester jusqu’à ce que le modèle tourne furtivement son visage vers le spectateur, ou lire par-dessus l’épaule de la Liseuse de Toulouse-Lautrec, et passer à nouveau devant une autre Rousse au pendentif de Modigliani, écouter les rires et les silences, sans penser que ces rencontres alimenteront bientôt une émotion plus forte encore.

12-RICHIER

Les couleurs de Tapiés, de Kooning et Rothko, qui vibrent dans la sixième salle joueront pour moi une musique de transition. Et l’émotion me saisira alors, quand le récit que semblent construire les deux toiles de Miquel Barceló s’interrompra sur les deux ombres projetées de la sculpture de Germaine Richier, qu’elle intitule La Feuille. Face à la Femme de Venise de Giacometti trop imposante peut-être, elle semble me proposer de marcher avec moi, faire quelques pas, dans l’intimité d’une courte promenade « sous les tilleuls verts » du Roman d’Arthur Rimbaud. Je sais que je ne sortirai pas avec elle de cette exposition, mais j’emporte quand même son ombre à mes pas attachée.

Les photos ne sont pas autorisées dans l'exposition.

Ci-contre : Germaine Richier : La feuille, 1948. Bronze, 141,5 x 26,5. Collection Alicia Koplowitz - Grupo Omega Capital. © ADAGP, Paris, 2017

Posté par onarretetout à 08:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 avril 2017

Mario Urbanet à la Rencontre poétique chez Tiasci - Paalam en avril 2017

fullsizeoutput_290b

Nous retiendrons sans doute de cette rencontre avec Mario Urbanet son sens profond de l’amitié qui lui est paysage, qui fait virevolter les images comme la paille dans les champs moissonnés, comme les couleurs d’un Van Gogh, d’un Chagall, d'un Magritte. Son regard semble prendre tout ce qui passe à sa portée, pour le garder, seule possession « dans un an et un jour », façon d’inscrire le souvenir pour mieux le partager. Et, de même qu’il ouvre les pages de son recueil à d’autres plumes, d’autres couleurs, mêlant la poésie et le jeu, compagnons de paroles en balades, il propose une lecture à deux voix, claires et souriantes. On y entend les vagues, le vent et parfois le silence des fougères. Les noms des lieux précèdent ceux des amis comme, dans un album, on marque les endroits où ils demeurent encore, sous le clocher de Saint-Tugdual.

Mario Urbanet a lu, avec Véronique Helena Malvoisin, des poèmes extraits de ses recueils Le chant du Darric, Impressions, et un conte intitulé La SBIR.

fullsizeoutput_2911

fullsizeoutput_290d

 

Posté par onarretetout à 08:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

19 avril 2017

Miquel Barceló (1957) – Kula Be Ba Kan – 1991 – Technique mixte sur toile – 200 x 200 cm

Miquel-Barceló-1957-Kula-Be-Ba-Kan-1991-Technique-mixte-sur-toile-200-x-200-cm

© Collection Alicia Koplowitz – Grupo Omega Capital © ADAGP, Paris, 2017

C’est en visitant l’exposition présentée actuellement au Musée Jacquemart-André, à Paris, que j’ai découvert cette toile de Miquel Barceló. Si j’ai d’abord pensé à la prière païenne d’Erri de Luca, que je venais de lire (présentée ici), c’est dans ma lecture, quasi-simultanée à ma visite, d’un poème de Guy Tirolien qu’elle a pris son sens, l’embarcation ressemblant à un nid, et le nid à une île :

L’île pousse vers demain
sa cargaison d’humanité.

Posté par onarretetout à 07:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 avril 2017

Guy Tirolien, de Marie-Galante à une poétique afro-antillaise, entretiens recueillis par Michel Tétu

fullsizeoutput_290a

Ce livre est peut-être d’abord un grand moment de la francophonie : Michel Tétu (1938-2008), Québécois, rencontre Guy Tirolien (1917- 1988), Guadeloupéen. Ces entretiens, qui se sont déroulés peu avant la mort de ce dernier, sont riches d’informations et de réflexions autour des thèmes qui ont jalonné sa vie : la poésie, son amitié avec Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Maryse Condé, son engagement dans la Négritude, sa vie en Europe, en Afrique (où il fut administrateur colonial puis représentant de l’ONU), son amitié avec Paul Niger (Albert Béville), son adhésion au RDA (Rassemblement Démocratique Africain), ses années marie-galantaises… Avec ces entretiens, on entre de plain pied dans l’oeuvre poétique de Guy Tirolien, qui, s’il n’a publié que deux recueils (aux éditions Présence africaine), a cherché à mettre dans ses poèmes, dans une forme assez concise, ses rapports avec son île, avec l’Afrique. Il y expose ce qu’il aime de la langue française, comment l’enrichir du créole (et il cite Patrick Chamoiseau), dit son intérêt pour Saint-John Perse, il y discute des points-de-vue d’Édouard Glissant, évoque Hégésippe Légitimus et Louis Delgrès, marque ses divergences avec le surréalisme…

Plusieurs de ses poèmes sont publiés intégralement dans ce livre, poèmes qu’il a lus lui-même et commentés au cours de l’entretien : « Prière d’un petit enfant nègre », « Black Beauty », « Ghetto », « Satchmo », « Karukera », « Îles », et d’autres encore.

Si, comme il le dit en fin d’entretien, l’écriture est un « moule figé », « fixer par l’écrit le verbe inopiné, c’est nous permettre de traquer la pensée fuyante », une des « activités de la vie ».

Posté par onarretetout à 07:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

17 avril 2017

À voix haute - La force de la parole, film de Stéphane de Freitas

A_voix_haute_La_force_de_la_parole

Les concours, ceux qui font qu’un seul gagnera à la fin, ne m’ont jamais satisfait. C’est pourquoi sans doute je n’avais que peu accordé d’attention à ce documentaire quand il a été présenté à la télévision, cette machine qui multiplie ces concours : chant, danse, cuisine, etc…

Mais concourir, c’est aussi courir ensemble. Et c’est, en grande partie, cela que montre ce film. L’enthousiasme qui monte n’est pas que l’engouement pour tel ou tel candidat. C’est aussi le résultat de ce qui se fait en commun : des ateliers de rhétorique, de théâtre, d’écriture, dans lesquels on voit le plaisir de discuter, de construire un raisonnement, de faire confiance à l’autre, de dépasser ses propres blocages. Plusieurs exercices en sont témoins : le jeu de la bouteille ivre (une personne au centre d’un cercle formé de plusieurs ferme les yeux et se laisse tomber de part et d’autre assurée que le cercle la retiendra) développe la confiance dans le groupe, la prise de parole dont les gestes sont faits par un autre placé dans le dos nécessite de trouver une complicité… C’est tout ce qui aide chacun-e à se projeter, à se réaliser, à ne pas se contenter de copier tel ou tel modèle mais à trouver son expression personnelle.

Le réalisateur a suivi quelques jeunes hors des ateliers, mettant en lumière le contexte de leurs vies, familiale, sociale, et ouvrant de cette manière notre regard : ces jeunes que l’on voit essayer, essayer encore, réfléchir, réfléchir encore, ne sont pas hors sol ; elles, ils portent en eux, avec eux, sur leurs épaules, dans le rouge qui monte aux joues, dans la note d’humour qui va accrocher l’attention de l’assistance, des difficultés qu’il faut surmonter avec volonté, jour après jour. Et, quelque soit le lauréat, tous ont gagné en présence, en écoute, en engagement, en personnalité.

Et la rencontre finale au Palais de Justice donne à chacune et chacun l’occasion de s’exprimer dans ce lieu de la parole, parole pour affirmer, pour convaincre, pour échanger. Et ils y sont ensemble, celles et ceux qui nous ont émus, avec qui nous avons fait ce chemin, avec qui nous avons ri, des jeunes femmes et des jeunes hommes qui ont appris et pris la parole.

Posté par onarretetout à 07:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :