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Une comédie musicale… Peut-on réaliser un film de genre sans citer les réalisations précédentes ? On le sait, rien ne naît de rien. Mais alors, peut-on apprécier ce film sans avoir toutes les références ? Sans doute. Et, si vous voyez ce film, il y aura bien telle ou telle scène qui vous mettra en tête cette chanson d’Eddy Mitchell : « Il y a toujours un coin qui me rappelle… »

Je ne connais d’Hollywood que des images filmées ou des photos. Ce que je vois sur l’écran, est-ce que ce sont des décors de studio ? Peu importe, si l’histoire, son rythme qui nous saisit dès le début, son contenu, ses acteurs m’entraînent pendant les deux heures où je suis enfermé dans une salle de cinéma, avec d’autres, à me laisser envahir. Et puis, ça parle aussi de Paris, en contrepoint d’Hollywood. On pense à Jacques Demy (mais c’est Rochefort ou Cherbourg !) et à Fred Astaire dont je viens de voir des photos avec Audrey Hepburn dans l’exposition de Richard Avedon (et Funny Face est cité dans La La Land). 

Mais ce n’est pas qu’un film-hommage même si son esthétique semble nous transporter dans un temps révolu. Damien Chazelle filme admirablement la musique. Cela se voit avec les cuivres, les percussions dont on a l’impression qu’ils nous pénètrent ou nous entourent. Et, sous un aspect lisse, son image peu à peu révèle les failles, les égratignures, les blessures. Jusqu’au moment où, ellipse après ellipse, une nouvelle réalité s’impose. La joie et l’entrain de la comédie musicale ne font pas obstacle à l'apparition des difficultés relationnelles dans le couple, et cela sans maniérisme. Peut-on vivre ensemble et réaliser ses rêves ensemble ? Ou bien la réalisation personnelle passe-t-elle obligatoirement par l’effacement de l’autre ? Comment faire pour s’aimer toujours ? Peut-on aimer toujours ?

Tout ce que chacun vit reste en soi. Nous gardons confusément des images, des souvenirs qui aident à la construction de notre vie. Et même, parfois, si j’en crois le film de Damien Chazelle, un simple morceau de musique, interprété au piano, peut permettre d’imaginer ce qu’aurait été la vie si… Cela s’appelle, il me semble, la mélancolie. Un simple morceau de piano qui, dans ce film, revient en ritournelle, et nous enchante.