murs« Les murs menacent tout le monde, de l’un et l’autre côté de leur obscurité. Ils achèvent de tarir ce qui s’est desséché sur ce versant du dénuement, ils achèvent d’aigrir ce qui s’est angoissé sur l’autre versant, de l’abondance. La relation à l’autre (à tout l’autre, dans ses présences animales, végétales, et culturelles, et par conséquent humaines) nous indique la part la plus haute, la plus honorable, la plus enrichissante de nous-mêmes. Que tombent les murs.

Nous demandons que toutes les forces humaines, d’Afrique, d’Asie, d’Europe, des Amériques, que tous les peuples sans Etats, tous les « républicains », tous les tenants des « droits de l’homme », les habitants des plus petits pays, les insulaires et les errants des archipels autant que les traceurs des continents, que tous les artistes, les hommes et les femmes de connaissance et d’enseignement, et toute autorité citoyenne ou de bonne volonté, ceux qui façonnent et qui créent, élèvent, par toutes les formes possibles, une protestation contre ce mur-ministère qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer peu à peu à l’insupportable, de nous mener à fréquenter, en silence et jusqu’au risque de la complicité, l’inadmissible.

Tout le contraire de la beauté. »

(Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau -
Quand les murs tombent. L'identité nationale hors la loi ?)