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La voix de Gerty Dambury, avant toute chose, déclare que la représentation de ce soir est dédiée à la mémoire des 128 femmes tuées depuis le début de l’année par leur conjoint ou leur ex-compagnon.

Cinq femmes sur scène : « c’est notre histoire, alors contons-la nous-mêmes ». Et le portrait de huit femmes, pas celles de Robert Thomas ou de François Ozon. Huit femmes dans l’histoire, un combat engagé depuis longtemps, comme en témoigne Théroigne de Méricourt, morte à la Salpétrière, folle ? À cette époque, une femme qui revendique les mêmes droits que les hommes, on la disait folle, on la condamnait. Et Louise Michel, qui reprend le mot d’ordre de Théroigne, « Armons-nous ». Et Angela Davis, pas celle « enfouie sous les fiches Wikipedia » mais celle vivante, vibrante, agissant aux côtés des peuples, des femmes, des migrants, combattant pour la liberté : « Freedom is a struggle ». Sauvée du FBI par Gerty Archimède, première avocate noire guadeloupéenne, déjà face au représentant de Vichy qu’on appelait Ti-bandit. Et encore Ida Wells-Barnett, dénonçant les lynchages de ces hommes noirs accusés de prétendus viols. Et voici Marguerite Faucher, dont le salaire vient enfin de rattraper celui des hommes (c’est encore une fiction) et le combat n’est pas fini : « Debout ! debout ! » Approchez maintenant, à la gauche de Karl Marx, dans le cimetière de High Gate, vous verrez la tombe de Claudia Jones, femme noire qu’aucune tombe, aucune frontière ne peut contenir, « de la Caraïbe à Harlem, de Londres à notre cher continent africain », créatrice du carnaval de Londres après les chasses aux Nègres de Notting Hill. Et Apolline luttant contre les masculinistes, luttant contre les viols de guerre à l’aide d’une fleur tropicale, et ouvrant la possibilité d’une bonne nouvelle, celle d’un monde « qui ne se divise plus en couleurs et en genres ».

Cinq femmes sur scène, par lesquelles Gerty Dambury montre aussi qu’on peut interpréter Louise Michel, Théroigne de Méricourt aussi bien que Claudia Jones et Angela Davis quelle que soit sa couleur de peau. Cinq femmes sur scène, et nous dans la salle, emporté.e.s par les voix, les musiques, les rythmes des paroles, de la batterie, de la guitare. Huit femmes inscrites dans notre mémoire.

Ne pas céder sur ses rêves est une version musicale de La radio des bonnes nouvelles (éditions du manguier), de Gerty Dambury.

J’ai vu ce spectacle au Théâtre 13, à Paris, avec les comédiennes Martine Maximin, Marina Monmirel, Maroussia Pourpoint, et les musiciennes Ariadine Boussetta, Magali Öhlund dans le cadre de la troisième édition du Mois Kreyol.

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