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Emily Dickinson, jeune fille (Emma Bell) à l’esprit indépendant et courageuse, refuse de se plier aux règles religieuses, de s’agenouiller. Comment peut-elle finir sa vie recluse, à 56 ans, dans la maison familiale ? Quand sur l’écran, on voit le décor intérieur de cette maison, malgré les bons mots qui fusent entre les enfants et leur tante, on sent l’oppression qui règne là, une mère silencieuse, un père (Keith Carradine) attentif et rigoureux. La religion est omniprésente, de l’enfance à l’âge adulte, au point qu’Emily (Cynthia Nixon) va s’enamourer d’un pasteur, malheureusement déjà marié… C’est après le mariage de sa meilleure amie, Vryling Buffam (Catherine Bailey), et après la mort de son père qu’Emily se retirera presque exclusivement dans sa chambre, vêtue de blanc et ne parlant à ses éventuels visiteurs qu’à travers sa porte.

Le film montre une société puritaine et la condition humiliante des femmes. Ce n’est pas seulement Emily qui vit recluse dans la maison familiale ; sa soeur Vinnie (Jennifer Ehle) n’a pas non plus quitté cette maison. Très peu des poèmes d’Emily Dickinson seront publiés de son vivant. Les autres, dont personne ne semblait soupçonner l’existence et que sa soeur découvrira après sa mort, seront édités plus tard et, pendant plusieurs années, corrigés par les éditeurs pour les faire coïncider avec la forme académique de l’époque. Il faut attendre près de soixante ans pour qu’une édition soit enfin conforme à l’écriture d’Emily Dickinson.

Si ce film propose quelques moments de grâce et parfois émouvants, il est dommage que la poésie de cette femme y soit à ce point liée à sa biographie. Si elle choisit d’écrire la nuit, c’est sans doute pour le faire libérée des contraintes quotidiennes. Et la poésie ne saurait être réduite ni à leur illustration ni à leur détachement. Rien ne remplace la lecture des poèmes.

There is no Frigate like a Book
To take us Lands away

Mor any Coursers like a Page
Of prancing Poetry—
This Travel may the poorest take
Without of fence of Toll-

How frugal is the Chariot
That bears the Human soul. 

Il n'y a pas de Frégate comme un Livre 
Pour nous emporter en Terre lointaine 
Ni de Coursier comme une Page
De fougueuse Poésie— 
Le plus pauvre peut être du Voyage 
Sans l'injure du Péage—
Qu'il est frugal le Chariot
Qui transporte l'âme Humaine. 

(extrait de 40 poèmes, traduits par Charlotte Melançon (collectif Liberté)