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La Compagnie Les 7 Doigts propose de voir ou revoir Séquence 8, un de leurs spectacles enregistré à Graz en 2012 (regardez en cliquant sur le titre du spectacle : c'est bientôt le week-end). Je l’ai vu avec émotion. 

D’abord, bien sûr, l’harmonie de ces mouvements me séduit. Et puis, je pense à la confiance qu’il faut dans ces acrobaties où le risque est toujours présent, faire confiance à l’autre, aux autres. Je me demande aussi à quel moment et comment il se fait qu’une femme ou un homme se dise « Je vais faire ce saut périlleux et retomber sur mes pieds ou dans les bras du ou de la partenaire ». Ce moment, cette décision est pour moi un grand mystère.  

Mais ce qui provoque mon émotion aujourd’hui, alors que les « gestes barrière » nous sont imposés par l’épidémie qui court, ce sont deux moments précis de ce spectacle. Le premier se situe à environ 15 minutes du début : les acrobates se serrent la main et tombent l’un après l’autre ; l’avant-dernière hésite, regarde autour d’elle les autres à terre, mais serre quand même la main, et tombe ; le dernier, sûr de lui, puisqu’il a transmis sans subir lui-même cette mort, se félicite en se frappant le coeur, et tombe. Le second se situe à environ 15 minutes de la fin : une des acrobates est debout au milieu de la scène ; chacun des autres, les hommes, s’approche et engage vers elle des gestes tendres mais elle les évite, ils ne peuvent pas la toucher ; la seconde acrobate s’approche, on se dit qu’elles vont s’embrasser, mais non, la première évite encore le contact ; je pense à cette phrase connue en latin « Noli me tangere » (« Ne me touche pas ») qu’on attribue à Jésus, ressuscité, s’adressant à Marie-Madeleine (c’est peut-être la proximité de Pâques qui m’y fait penser) ; mais ensuite cette femme va prendre son essor, seule, accrochée au cerceau et éclairée par un projecteur puissant tenu par l’un des autres. Comme l’image inversée du premier des deux moments décrits ici.

Il y aurait encore à dire : les cadres qui font le décor, les images en miroir, les envols alternés, les scènes qu’on n’a pas vu s’installer et qui apparaissent quand les lumières s’allument, les musiques, les performances bien sûr. Merci.

Sur scène Eric Bates, Ugo Dario, Colin Davis, Devin Henderson, Maxim Laurin, Camille Legris, Tristan Nielsen et Alexandra Royer.
Écrit, dirigé, et chorégraphié par Shana Carroll et Sebastien Soldevila
Décors: Anne-Seguin Poirier / Costumes: Manon Desmarais / Lumières: Nol Van Genuchten / Musique: Seth Stachowski et Nans Bortuzzo / Direction de production: Jeremie Niel
photo ® Lionel Montagnier