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Salina, personnage créé par Laurent Gaudé, est revenue dans ses mots après plus de dix ans. Elle était d’abord apparue au théâtre, la voici dans un roman. À la question de savoir quelle était pour lui la différence entre l’écriture théâtrale et celle du roman, il dit qu’il a d’abord écrit pour le théâtre, que, pendant une dizaine d’années, Hubert Gignoux relisait tout ce qu’il écrivait et lui faisait des remarques : ça a été son apprentissage. Et son écriture, depuis, est un peu sa voix. On entend alors comme les mots viennent dans la voix du conteur. Son approche du réel est un moyen d’aborder la fiction, d’y semer des miracles. Quand il écrit sur la guerre 14-18, il en fait surgir un Golem. Quand il écrit à propos de l’ouragan Katrina, c’est parce qu’un jour il a trouvé les mots de Joséphine, « négresse depuis presque cent ans » et que ce personnage allait le guider. Parce que ce qui lui importe, c’est la femme ou l’homme dans ce monde, dans ce monde bouleversé, et la voix de cette femme et de cet homme qu’il veut faire entendre. Lui, Parisien de naissance, découvre par son histoire personnelle, qu’on peut être attaché à la terre et il écrit Le soleil des Scorta. Lui, homme de plans, aime le fait de ne pas tout maîtriser dans un texte, parce que c’est la place du lecteur, de la lectrice, qu’il permet. Lecteur, lectrice qui sera habité.e longtemps par ces personnages qu’on aura fréquentés plusieurs heures, plusieurs jours, et quittés à regret. Dans son livre, Salina, le fils devient dépositaire de la parole de la mère et doit lui chercher une sépulture. Et c’est une des questions qui traversent l’oeuvre de Laurent Gaudé : où trouvera-t-on la juste place de sa sépulture ? 

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Hugues Quester a ouvert la soirée avec une lecture des deux premiers chapitres de Salina.