blancheetincelleJe ne l’ai pas reconnue tout de suite, Mauricette. Il faut dire qu’elle a beaucoup changé. Elle a emménagé dans un nouveau logement. Elle semble plus seule que jamais : Alfonsina, son amie, est morte ; Christophe, son jeune ami, vit à Lille avec une jeune femme. Et c’est en hiver que tout renaît pour elle, avec cette rencontre, dans une librairie, de Blanche. L’univers de la musique lyrique va s’ouvrir à elle ; et sa propre bibliothèque va s’offrir aux autres, et pas seulement par le moyen d’enchères sur Internet lui faisant une retraite complémentaire. Mauricette va, en quelque sorte, être la grand-mère d’une famille recomposée, dans un paysage minier au bord de la Lys. La simplicité revendiquée, on en trouve l’origine du côté d’Amettes, village du Pas-de-Calais où est né Benoît-Joseph Labre, qualifié de « vagabond de Dieu », et dont Wikipédia dit qu’il est « le saint patron protecteur des modèles, des célibataires, des mendiants, des sans domicile fixe, des pèlerins, des itinérants et des personnes inadaptées ».

Si je n’ai pas reconnu Mauricette, c’est qu’ici elle a décidé de parler « en vérité », de choisir une écriture moins torturée qui éclaire un quotidien apaisé. Ecriture qu’un accident va immédiatement renvoyer à ses angoisses, le temps d’un chapitre. Elle est seule, mais bien entourée, de livres certes, compagnons d’une vie entière, mais aussi de voisins, de musiques, de poètes, de Blanche et de ses enfants, d’oiseaux, de pensées (les fleurs), d’un jardin et d’un jardinier, le bien nommé Jean-Baptiste Rivière, des souvenirs des morts qui, encore un peu douloureux, ne l’empêchent plus de vivre. « Vivre va prendre tout mon temps », peut ainsi affirmer cette femme avec qui il est bon de traverser un nouvel hiver et d’accueillir le printemps. Et Lucien Suel pourrait sans doute écrire, paraphrasant Flaubert : « Mauricette Beaussart, c'est moi ».