separationdessonges« Ce que demande chaque geste, pas, qu’il va falloir faire sur scène, c’est qu’on endure qu’aucun ne se fasse autrement que dans une ignorance éprouvante, mais aucun autrement non plus que dans un ardent besoin. » C’est ce qu’écrit l’auteur dans le document qui nous est remis à l’entrée de la salle.

La jeune fille qui est là, sur scène, quand nous entrons dans la salle, assise devant une table où sont posés micros et autres instruments, qui est-elle donc ? Elle s’enregistre, amplifie sa voix, vieillit plus vite que le temps, marche, commande au goutte à goutte de l’eau tombant dans une bassine, règne sur un univers gris de bassines que parfois éclaire la faible lumière d’un soupirail à travers des croisillons. Et, à tout moment, revendique sa liberté. Mais pas une liberté comme nous la voudrions pour elle, nous qui sommes assis dans l’obscurité, témoins anonymes de son récit et qui ne faisons rien, pas même partir quand elle nous le demande. Pas une liberté arrachée à l’autre, le kidnappeur, le geôlier non brutal, l’autre que nous ne verrons jamais que dans ses gestes à elle. Une liberté qui décide, une fois enfermée, que le dehors n’existe pas. Qui soumet, au sortir de l’enfance et de l’école, son adolescence au secret d’une prison non fermée.

Elle est pourtant sortie. Avec le dehors lui arrive la haine dans l’éblouissement de la lumière puis les questions qui l’assaillent, nous assaillent, du rapport à l’autre, de savoir comment on devient soi-même et de la nécessité de se confronter à la société des humains.

 

J'ai vu ce spectacle au Vent se lève ! à Paris. Après avoir été présenté à Saint Laurent du Maroni (Guyane), il était le 30 avril au Théâtre de l'Arlequin, à Morsang sur Orge (91).