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22 septembre 2026

hantée

Quelques mots reçus de Michal Grabowski : «  Quelle belle surprise de voir Kinga Skwira lauréate de l’un des plus importants prix littéraires polonais, celui de la Fondation Kościelski, pour l’année 2026. L’artiste a obtenu ce prix pour sa parution récente, Zacznijcie beze mnie (en fr. Commencez sans moi), publiée en Pologne par les éditions Girls and Queers to the Front . Félicitations à Kinga, ainsi qu’à l’illustratrice du recueil Basia Ślusarczyk et à l’éditrice, dont l’activité, inscrite dans l’édition indépendante et engagée, mérite amplement une mise en valeur. » 

 





et un poème de Kinga Skwira :

je suis une maison hantée

les jours filent. Lumière pâle d’aquarium, anis, soleil évanoui.
le vent frotte mes jambes, dépose des glands dans mes
             cheveux, sombres décorations.
tu entres en moi, silencieux, comme si nous étions déjà
             morts
ces couleurs sont à toucher
                                traduit du polonais par Michal Grabowski
                                en collaboration avec Sacha Cichanowski

21 septembre 2026

Récitation

Dans quelques jours, ce samedi 26 septembre, la Librairie l’établi, à Alfortville (94) proposera une lecture d’extraits des onze livres qu’Antoine Volodine a fait paraître fin août chez onze éditeurs différents. La librairie réunit quatorze lecteur·ices pour cette lecture intervenant en ponctuations d’heure en heure, de 10h à 19h.

Pour annoncer cet évènement dans ce blog, j’ai choisi un texte d’Antoine Volodine extrait des Variations Volodine (éd. La Volte), extrait de ses Postures posthumes.

Il dit son nom pour couvrir le tonnerre des tambours et des flûtes, mais nul ne perçut ce qui, au fond, n’était plus que la vibration distante d’un murmure, et, délaissant l’espoir de trouver une issue, il s’affala au centre des flammes puis, à peine visible de ses bourreaux, il se mit à herser du bout des doigts de brefs cercles de cendres grâce auquel il put se distraire de l’accablante chaleur, et surtout construire un espace scénique qu’autrefois ses maîtres lui avaient conseillé d’édifier aux heures graves, afin d’y prendre abri et d’y susurrer ou d’y gémir de belles phrases en guise d’adieu, et, quand son hermétique théâtre eut pris consistance autour de lui, il s’en enveloppa, et il sentit qu’en effet le feu continuait sans lui (...)

 

20 septembre 2026

Graffitti

Dans une anthologie personnelle publiée par le Castor Astral en 2006, Serge Pey proposait une liste de graffitti. En voici trois :

Graffitti n°1  DANS UN PAYS OÙ L'ON DRESSE UNE STATUE POUR LA LIBERTÉ SEULES LES STATUES SONT LIBRES.

Graffitti n°11  DANS UN PAYS OÙ L’ON PROCÈDE À DES ESSAIS NUCLÉAIRES
SEULE LA RADIOACTIVITÉ EST LIBRE.

Graffitti n°12  DANS UN PAYS OÙ LA PENSÉE EST MISE EN SONDAGE SEULE LA BÊTISE EST LIBRE

19 septembre 2026

alexandrin

Il y a quelques jours, ici dans ce blog, Victor Hugo pointait son alexandrin disloqué.
Liv Pirosh, finaliste du Prix littéraire des lycéens de la Région Île-de-France, qu'édite Zinzinule, propose les siens :
«  Attention à la marche en descendant du train
Ou vous vous prendrez les pieds dans l’alexandrin. » 

Un alexandrin a douze pieds ; sous sa forme classique, il y a un hémistiche, c’est-à-dire qu’au milieu du vers, on marque une légère pause, une césure.

Exemple :
Attention à la marche / en descendant du train.

Quand Victor Hugo prétend avoir disloqué l’alexandrin, il le fait en le divisant en trois parties (et non en deux) :
J’ai disloqué / ce grand niais / d'alexandrin

Liv Pirosh s’y prend autrement :
Ou vous vous prendrez les pieds / dans l’alexandrin.

Je vous invite à proposer deux alexandrins, l’un ayant une césure à l’hémistiche, l’autre étant divisé autrement.

Peut-être, comme Liv « en descendant du train » , vous débusquerez des alexandrins dans votre quotidien :
sans qu’on y prenne garde, ils sont autour de nous...
Faites-nous profiter de ces mots, de ces vers...

Exemple :
Quand le jour s’est levé, j’étais encore au lit ;
D’un seul coup, / le soleil, / d’un rayon m’a surpris.


Et merci de poster vos deux vers dans les commentaires ci-dessous.

18 septembre 2026

chantier

L’immeuble sera nommé « poésie ». C’est sans doute pour y semer des étoiles qu’au niveau du premier étage en chantier un escabeau semble un moyen d’attraper le ciel.

 

17 septembre 2026

Passé

Pablo est venu en France après avoir quitté le Chili où il a connu les prisons de Pinochet. Mais il n’en dit rien. Rien de son enfance, rien de ces prisons. Marion Brunet ne laisse pas les lecteur·ices sans information, mais c’est Pablo qui reste secret. Ce n’est pas qu’il ne transmette rien : une carte du Chili est accrochée au mur dans la maison qu’il a choisie, avec Florence, au bord de la mer. Il est inscrit dans un club de boxe, il accompagne sa fille, Victoria, au haras voisin. Mais il ne répond pas aux questions de ses proches. Sinon parfois avec des mots de poètes. Que pourrait-il dire ? Raconter, ce serait revivre un passé très douloureux.
À 18 ans, sa fille part, sans le prévenir, au Chili. Il doit la retrouver et risquer de se confronter à ce passé qu’il ne peut plus, désormais, taire.
Ce livre m’a bouleversé. Par son propos et par l’écriture de Marion Brunet qui sait nous garder au plus près des préoccupations de ses personnages.

16 septembre 2026

universel

Un autre poème de de Cheikh Tidiane Gaye

UNIVERSALE

Il mio nome è arabo
Il mio cognome è 
wolof

la mia nascita è scrittura che si legge in primavera quando l’estate suona alle mie porte
l’alfabeto sorride all’arcobaleno

che mi offre colori e coreografie.

Mi tuffo nell’alveare divento dolce, dolce docile
il mio dardo è sorriso.

Per me le frontiere sono come luci che mi guidano nella traversata verso altri alfabeti
nella traversata di dune discordanti
nella traversata di mari moribondi.

Sono la canzone che vivifica,
la collana che porto intorno al collo,
intorno al mio cuore colmo

la collana d’oro, la collana parlante
che cammina ai confini dei mari e degli oceani.

 

LUNIVERSEL

Mon prénom est arabe
Mon nom est wolof
Ma naissance est une écriture qui se lit au printemps, 
Quand l’été sonne à mes portes
L’alphabet sourit à l’arc
-en-ciel
Qui m’offre couleurs et chorégraphies.
Je m’abreuve 
dans la ruche
Je deviens doux, doux,
Docile,
Mon dard est le sourire.

Les frontières ne sont que des lumières pour me guider À la traversée vers les autres alphabets,
À la traversée des dunes discordantes,
À la traversée des mers moribondes.

Je suis la chanson qui revigore,
Le collier que je porte autour de mon cou Autour de mon coeur étendu

Le collier d’or, le collier parlant,
Qui marche aux confins des mers et des océans.

15 septembre 2026

Ma terre

extrait de Ma terre Mon sang, poèmes de Cheikh Tidiane Gaye

(Kanaga Edizioni)

j’ai courtisé la beauté
de tes syllabes,
de ton ventre de mélodies 
est née l’aube
qui m’a nourri

et engraissé
et maintenant prête-moi ta flûte lisse
qui me glisse
sous ton ombre ombrageuse buvant
tes chansons,
forêts de paroles,
et tes paroles de poésie qui caressent
mon ouïe étourdie
mes yeux abusés
mais présents au ballet des chorégraphies

14 septembre 2026

alexandrin

Nicolas Pineau relève dans son livre La cigale par les ailes quelques mots du philosophe Alain, à propos du «  Cimetière marin »  de Paul Valéry :
« ... ce vers de dix syllabes est didactique ; je le sens maintenant plus que jamais ; mais comment l’expliquer ? J’ai quelquefois tenté d’allonger quelques-uns de ces vers à la mesure de l’alexandrin (...) ; si vous l’essayez, vous serez étonné sans doute comme moi de tomber dans un autre monde. L’alexandrin s’allonge, il nous entraîne, il nous jette au vers suivant ; il émeut, il raconte. » 

Et voilà que je pense à Victor Hugo posant ce vers à l’aspect bancal (et plusieurs autres) dans Les contemplations : «  J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin ». 
Ne s’agit-il que de passer de dix pieds à douze, le plus souvent répartis en deux fois six, et puis casser ce rythme pour trouver autre chose et surprendre l’écoute ou la lecture ?

13 septembre 2026

utopien.nes

Il est six heures trente à la ferme. Une lueur rosée monte derrière le coteau et Sorna éteint les bougies pour faire place au grand soleil. Aujourd’hui, la cohorte des simples met fin au secret de la  Révolution sensible et se présente, pour la première fois réunie aux gens de la cité. Le moment est venu de faire corps commun. Disposée en cercle, la cohorte impatiente se colore des premiers rayons qui s’élèvent et les peaux se parent d’or.
(extrait de La cohorte des simples, de Mélanie Jouen, dans Les Utopiennes - Bienvenue en 2044)

 

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