Tes rues
Tes échoppes
Tes intersections
Miennes
Tes martyrs
Ton effroi
Tes Cris
Miens
Ton amour
Ton courroux
Ton olivier rouge
Miens
Ton sable
Ton rivage
Ton crépuscule
Miens
Ta mosquée
Ton église
Ton temple
Mien, miennes
Ta déception
Ton espérance
Ta liberté
Miennes
Tes hautes montagnes
Tes vallées
Tes plaines d'émeraude
Miennes
Laisse-moi donc te confier un secret :
Je ne t’abandonnerai pas
Ni hier, ni demain
Ni pour le temps qui vient
Car tu es
Mienne
De l’autre côté de la vitre, des araignées se sont installées, aux aguets, en cette fin de septembre. Que font-elles ? Surveiller, Être Prêtes Toutes Ensemble, Mobiles, Bondir, Rapides, Essayer.
Chaque mot de la phrase ci-dessus commence par une lettre de septembre, dans l’ordre où elles sont dans le mois. La phrase répond à la question « que font-elles? »
C’est à vous main tenant, répondez à la question.
Dans mon exemple, les verbes sont à l’infinitif. Vous pouvez conjuguer les verbes que vous utiliserez. Ses Élégantes Pattes Tremblent Encore Mais Bientôt Reviendront Épier
Dans le cas où vous conjuguez les verbes, je vous recommande d’être vigilant·e aux pronoms que vous y placerez car ils doivent respecter la règle des initiales définie ci-dessus.
Vous constatez, ci-dessus, que les initiales peuvent être coiffées d’un accent, même s’il n’y en a pas dans septembre.
Merci de poster votre phrase dans les commentaires ci-dessous.
Née en 2002 à Gaza City, Nour Elassy est exilée à Paris depuis 2025. La maison d’édition « Les liens qui libèrent » publie son premier recueil de poèmes, traduits par Lisa Ducasse, avec une préface de Mona Chollet et une postface de Karim Kattan. Des textes denses introduits par une page titre en deux parties et en gros caractères, l’une en arabe, l’autre en français. Je voudrais partager ici chaque poème, mais j’en sèmerai ici suffisamment pour que vous alliez y voir de vous-même.
(...)Je m’étais promis que
J'écrirais
sans le pouvoir toutefois.
Peut-être parce qu’une partie de moi se disait
Qu’écrire rendrait encore trop réels
Les cauchemars de la nuit, les cauchemars du jour.
Le génocide a commencé et a emporté tout ce à quoi nous tenions
Chaque route, chaque carrefour
Chaque école
Mais ils ne pourront nous prendre
Nos souvenirs, nos rêves
Notre espérance
L’aube, le toit
Des enfants faisant voler très haut
Leurs cerfs-volants
Mais pas plus haut, non, pas plus haut
Que mon espoir.
Bertrand Belin a écrit et chante Oiseau.
En voici les paroles :
Si j'étais un oiseau Je survolerais les villes
Je survolerais la campagne
Les parkings
D'autres parkings
Des monuments
Des chantiers
Je survolerais des chantiers
Si j'étais un oiseau
Même un tout petit
Je survolerais le pays
Avec le vent
Avec les nuages
Avec les avions de chasse
Les avions de chasse
Les avions de ligne
Je survolerais les vignes
Je mangerais les raisins
Je chierais les pépins
Le long des cours d'eau
Si j'étais un oiseau
Si j'étais un oiseau
Mais je n'suis qu'un serpent
Et ma vie est à terre
Mon ventre est sur les pierres
Où je ferai ma tombe
Je n'suis qu'un serpent
Et de murs en murs
De prairie en prairie
Je perpétue mes hécatombes
D'ailleurs je mange les œufs de colombe
Si j'étais un oiseau
Si j'étais un oiseau
Cui-cui-cui-cui-cui-cui
Cui-cui-cui-cui-cui-cui
Cui-cui-cui-cui-cui-cui
Cui-cui-cui-cui-cui-cui
Cui-cui-cui-cui-cui
J.Da Nang, dans un document publié par les éditions de notoriété publique dans sa collection Fanzin-zag, analyse cette chanson en détournant, en apparence, le titre de Claude Lévi-Strauss, Le cru et le cuit, en un autre qui semble le réduire, Le cru et le cuicui, mais il n’en est rien.
J. Da Nang lit « cru » dans le sens de ce qui est cru, de ce que l’on croit, et l’oppose au cuicui, qui n’est pas le redoublement de ce qui est cuit, bien que l’on puisse dire « je suis cuit, cuit » dans le sens de « je suis complètement épuisé ». Ce cuicui est, pour J. Da Nang, ce qui reste même quand tout est fini : « pépier pour ne pas disparaître », écrit-il.
Celui qui imagine ce qu’il pourrait faire s’il était un oiseau est ici un serpent et restera serpent, « mangeant des oeufs de colombe » (symbole de la paix). Mais son rêve d’oiseau ne lui fait survoler que des fabrications humaines et des cours d’eau et c’est peut-être là qu’est en réalité son objectif : devenir humain, devenir guerrier, manger des oeufs de colombe...
Passant brièvement de Volodine (qui occupe beaucoup de mes jours ces temps-ci) à Nerval, je découvre, dans le texte intitulé Aurélia, ces lignes :
« il me semblait voir une chaîne non interrompue d’hommes et de femmes en qui j’étais et qui étaient moi-même : les costumes de tous les peuples, les images de tous les pays apparaissaient distinctement à la fois, comme si nos facultés d’attention s’étaient multipliées sans se confondre (...). Mon étonnement s’accrut en voyant que cette immense énumération se composait seulement des personnes qui se trouvaient dans la salle et dont j’avais vu les images se diviser et se combiner en mille aspects fugitifs.
« Nous sommes sept, dis-je à mon oncle.
- C’est en effet, dit-il, le nombre typique de chaque famille humaine, et, par extension, sept fois sept, et davantage. »
Quelques mots reçus de Michal Grabowski : « Quelle belle surprise de voir Kinga Skwira lauréate de l’un des plus importants prix littéraires polonais, celui de la Fondation Kościelski, pour l’année 2026. L’artiste a obtenu ce prix pour sa parution récente, Zacznijcie beze mnie (en fr. Commencez sans moi), publiée en Pologne par les éditions Girls and Queers to the Front . Félicitations à Kinga, ainsi qu’à l’illustratrice du recueil Basia Ślusarczyk et à l’éditrice, dont l’activité, inscrite dans l’édition indépendante et engagée, mérite amplement une mise en valeur. »
et un poème de Kinga Skwira :
je suis une maison hantée
les jours filent. Lumière pâle d’aquarium, anis, soleil évanoui.
le vent frotte mes jambes, dépose des glands dans mes
cheveux, sombres décorations.
tu entres en moi, silencieux, comme si nous étions déjà
morts
ces couleurs sont à toucher
traduit du polonais par Michal Grabowski
en collaboration avec Sacha Cichanowski
Dans quelques jours, ce samedi 26 septembre, la Librairie l’établi, à Alfortville (94) proposera une lecture d’extraits des onze livres qu’Antoine Volodine a fait paraître fin août chez onze éditeurs différents. La librairie réunit quatorze lecteur·ices pour cette lecture intervenant en ponctuations d’heure en heure, de 10h à 19h.
Pour annoncer cet évènement dans ce blog, j’ai choisi un texte d’Antoine Volodine extrait des Variations Volodine (éd. La Volte), extrait de ses Postures posthumes.
Il dit son nom pour couvrir le tonnerre des tambours et des flûtes, mais nul ne perçut ce qui, au fond, n’était plus que la vibration distante d’un murmure, et, délaissant l’espoir de trouver une issue, il s’affala au centre des flammes puis, à peine visible de ses bourreaux, il se mit à herser du bout des doigts de brefs cercles de cendres grâce auquel il put se distraire de l’accablante chaleur, et surtout construire un espace scénique qu’autrefois ses maîtres lui avaient conseillé d’édifier aux heures graves, afin d’y prendre abri et d’y susurrer ou d’y gémir de belles phrases en guise d’adieu, et, quand son hermétique théâtre eut pris consistance autour de lui, il s’en enveloppa, et il sentit qu’en effet le feu continuait sans lui (...)
Il y a quelques jours, ici dans ce blog, Victor Hugo pointait son alexandrin disloqué. Liv Pirosh, finaliste du Prix littéraire des lycéens de la Région Île-de-France, qu'édite Zinzinule, propose les siens : « Attention à la marche en descendant du train Ou vous vous prendrez les pieds dans l’alexandrin. »
Un alexandrin a douze pieds ; sous sa forme classique, il y a un hémistiche, c’est-à-dire qu’au milieu du vers, on marque une légère pause, une césure.
Exemple : Attention à la marche / en descendant du train.
Quand Victor Hugo prétend avoir disloqué l’alexandrin, il le fait en le divisant en trois parties (et non en deux) : J’ai disloqué / ce grand niais / d'alexandrin
Liv Pirosh s’y prend autrement : Ou vous vous prendrez les pieds / dans l’alexandrin.
Je vous invite à proposer deux alexandrins, l’un ayant une césure à l’hémistiche, l’autre étant divisé autrement.
Peut-être, comme Liv « en descendant du train » , vous débusquerez des alexandrins dans votre quotidien :
sans qu’on y prenne garde, ils sont autour de nous...
Faites-nous profiter de ces mots, de ces vers...
Exemple :
Quand le jour s’est levé, j’étais encore au lit ;
D’un seul coup, / le soleil, / d’un rayon m’a surpris.
Et merci de poster vos deux vers dans les commentaires ci-dessous.
L’immeuble sera nommé « poésie ». C’est sans doute pour y semer des étoiles qu’au niveau du premier étage en chantier un escabeau semble un moyen d’attraper le ciel.