extrait de Ma terre Mon sang, poèmes de Cheikh Tidiane Gaye
(Kanaga Edizioni)
j’ai courtisé la beauté de tes syllabes,
de ton ventre de mélodies est née l’aube
qui m’a nourri et engraissé
et maintenant prête-moi ta flûte lisse
qui me glisse
sous ton ombre ombrageuse buvant
tes chansons,
forêts de paroles,
et tes paroles de poésie qui caressent
mon ouïe étourdie
mes yeux abusés
mais présents au ballet des chorégraphies
Nicolas Pineau relève dans son livre La cigale par les ailes quelques mots du philosophe Alain, à propos du « Cimetière marin » de Paul Valéry :
« ... ce vers de dix syllabes est didactique ; je le sens maintenant plus que jamais ; mais comment l’expliquer ? J’ai quelquefois tenté d’allonger quelques-uns de ces vers à la mesure de l’alexandrin (...) ; si vous l’essayez, vous serez étonné sans doute comme moi de tomber dans un autre monde. L’alexandrin s’allonge, il nous entraîne, il nous jette au vers suivant ; il émeut, il raconte. »
Et voilà que je pense à Victor Hugo posant ce vers à l’aspect bancal (et plusieurs autres) dans Les contemplations : « J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin ».
Ne s’agit-il que de passer de dix pieds à douze, le plus souvent répartis en deux fois six, et puis casser ce rythme pour trouver autre chose et surprendre l’écoute ou la lecture ?
Il est six heures trente à la ferme. Une lueur rosée monte derrière le coteau et Sorna éteint les bougies pour faire place au grand soleil. Aujourd’hui, la cohorte des simples met fin au secret de la Révolution sensible et se présente, pour la première fois réunie aux gens de la cité. Le moment est venu de faire corps commun. Disposée en cercle, la cohorte impatiente se colore des premiers rayons qui s’élèvent et les peaux se parent d’or.
(extrait de La cohorte des simples, de Mélanie Jouen, dans Les Utopiennes - Bienvenue en 2044)
Par-dessus le toit, j’ai aperçu une tête dans les nuages.
L’expression m’a poursuivi : avoir la tête dans les nuages.
Et d’autres expressions ont rejoint celle-ci tandis que je marchais : avoir l’estomac dans les talons, ne pas avoir les yeux dans les poches.
Il n’a pas fallu longtemps pour que j’en fasse une petite histoire :
Il avait la tête dans les nuages et, chemin faisant, il passa devant la vitrine d'une pâtisserie ; il avait l’estomac dans les talons mais n’avait pas les yeux dans ses poches. Il entra.
Je vous invite à trouver des expressions composées comme celles que j’ai utilisées et utilisant des mots du corps. Avec trois de ces expressions, vous pouvez raconter une petite histoire.
Merci de la poster dans les commentaires ci-dessous.
Le CAEL, Centre d’Animation, d’Expressions et de Loisirs, est situé rue des Rosiers à Bourg-la-Reine (92). Tout près de ce bâtiment, dans un square nommé Îlot des rosiers, une sculpture de Marc Vellay a été installée, intitulée Les premiers pas, titre qui résonne si près d’un lieu de loisirs, d’expressions et d'apprentissages.
Peut-être nos voisins imitaient-ils, dans leurs jardins, la paix de notre jardin où les enfants ne se battaient point, où bêtes et gens s’exprimaient avec douceur, un jardin où, trente années durant, un mari et une femme vécurent sans élever la voix l’un contre l’autre…
Il y avait dans ce temps-là de grands hivers, de brûlants étés. J’ai connu, depuis, des étés dont la couleur, si je ferme les yeux, est celle de la terre ocreuse, fendillée entre les tiges du blé et sous la géante ombelle du panais sauvage, celle de la mer grise ou bleue. Mais aucun été, sauf ceux de mon enfance, ne commémore le géranium écarlate et la hampe enflammée des digitales. Aucun hiver n’est plus d’un blanc pur à la base d’un ciel bourré de nues ardoisées, qui présageaient une tempête de flocons plus épais, puis un dégel illuminé de mille gouttes d’eau et de bourgeons lancéolés… Ce ciel pesait sur le toit chargé de neige des greniers à fourrages, le noyer nu, la girouette, et pliait les oreilles des chattes… La calme et verticale chute de neige devenait oblique, un faible ronflement de mer lointaine se levait sur ma tête encapuchonnée, tandis que j’arpentais le jardin, happant la neige volante… Avertie par ses antennes, ma mère s’avançait sur la terrasse, goûtant le temps, me jetait un cri :
- La bourrasque d’Ouest ! Cours ! Ferme les lucarnes du grenier !… La porte de la remise aux voitures !… Et la fenêtre de la chambre du fond !
(...) Ô monde, monde étranglé, ventre froid !
Même pas symbole, mais néant, je contre, je contre,
Je CONTRE, et te gave de chiens crevés.
En tonnes, vous m'entendez, en tonnes je vous arracherai ce que vous
m'avez refusé en grammes.
(Henri Michaux La nuit REMUE)
jusqu’à demain que fugue danse. les couteaux.
et les chevaux. s’il ne fallait que partir. à rôder le pays. de rien et saisissant nous en souvienne. pleine bouche et AGAINST. et rien de juste et rien de rien. saisissant comme ici et maintenant. rien qu’à. on dit oublier. s’il ne fallait que d’ailleurs on danserait. à rôder le pays ici est la rose. s’il ne fallait qu’un cadavre. ce sont corps très étranges. à hurler le silence ne restera qu’à. rien. rien. à toujours. à toujours ici et maintenant rien qu’à. ici à creuse langue ces lèvres qui REMUENT.
(...)
Samedi 5 septembre, à l’occasion du Village associatif de la Ville d’Alfortville (94), la Librairie l’établi a proposé et accompagné la réalisation d’un arbre dont les feuilles portent, chacune, le titre d’un livre. Cet arbre est aujourd’hui exposé dans la vitrine de la librairie : un arbre, des feuilles, des livres. Après cet été d’incendies de forêts et cette rentrée marquée par une tempête d’une grande violence qui a mutilé de nombreux arbres dans la ville, une même exigence : protégeons les arbres, protégeons les livres.
Dans un ouvrage intitulé Hypallages (Jean-Benoît Desnel éditions - collection « Qui ne sait rien de rien ne doute »), Suzanne Dracius présente des femmes, souvent méconnues, et, si elle commence par celles qui ont lu le poème inaugural de présidents des États Unis,Elizabeth Alexander pour Barack Obama, Maya Angelou pour Bill Clinton, puis Amanda Gorman pour Joe Biden, elle consacre plusieurs pages à Olympe de Gouges dont, sans cacher ses ambiguïtés, elle souligne que son combat pour les femmes allait de pair avec sa lutte contre l’esclavage. Elle revient aussi à Lumina Sophie dite Surprise, et aux « figures féminines défigurées », Suzanne Césaire, Paulette Nardal. Dans un dernier texte de ce livre, elle présente Joséphine de Beauharnais, dont elle doute qu’elle soit à l’origine du rétablissement de l’esclavage aux Antilles, rappelant que « le code Napoléon imposait le devoir d’obéissance de la femme envers le mari » et que c’est un autre Napoléon qui commença la colonisation de la Nouvelle Calédonie.
De Victoire de Changy, je découvre un recueil de poèmes publié par L’arbre de Diane, Obliques.
Et, dans ce recueil, ce texte court :
J’écris les choses parce qu’il me semble que, sans
dénomination exacte, elles se fondent dans une
matière indistincte, confuse, que rien n’éclaire à
mes yeux sinon les noms pour les dire.