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main tenant

3 juillet 2026

Michael , Britney et compagnie

C’est une pièce écrite par Emmanuelle Bayamack-Tam, Autopsie mondiale (éd. P.O.L.).
Je ’ai pas vu cette pièce sur scène. J’en ai seulement lu le texte et je dois avouer que je connais trop mal les chansons de Michael Jackson et celles de Britney Spears pour que leur écho vienne à mes oreilles. C’est plutôt deux autres personnages qui retiennent mon attention : Opinion Mondiale et Fan. Michael et Britney y sont des individus pris dans le piège de leur image : jeunes, fulgurants, symboles, prisonniers de ce que veulent d’elle et lui Opinion Mondiale, le collectif qui montre du doigt et juge, et Fan, l’individu qui admire et crucifierait volontiers ce qu’il admire. Ce pourrait être une critique de notre monde (qui court à sa perte), si les quelques citations de poètes de siècles précédents glissées dans le texte ne faisaient de cette relation une histoire plus complexe.  Le titre nous invite à l’observation de cadavres mais spectateurs et spectatrices s’invitent, quand tout a été dit, à entrer dans une chorégraphie sans fin, la vie.

2 juillet 2026

Tacite

Jan Baetens a lu Tacite. Il ne le traduit pas dans ce livre, FAIRE Tacite (éd. Les impressions nouvelles). Il en lit pour nous aujourd’hui des signes et des souvenirs et sa voix dépasse le temps.



Prenez un mot comme période, il est immense.
Le dictionnaire parle poésie.
Encore Tacite ne parle-t-il que latin
et comme nous tous un peu de grec,
quelques mots de barbare,
puis le langage des signes,
de ceux qui ne trompent pas comme la rougeur
ou la main quand elle se retire
de l’autre main tendue.

Les mots se battent pour le sens
plus fort que les plantes et les arbres pour la lumière,
toujours jusqu’au dernier,
jusqu’en temps de paix.
À la fin c’est toujours la fin qui gagne,
Qui n’a pas besoin de lumière ni de sens.

1 juillet 2026

Errance

Un poème de Roberto Louis-Charles (éd. Project’îles)

Errant
toi qui connais
la lente histoire des traversées
qui as la mémoire des vagues dans les yeux
et l’odeur de la mer dans la gorge

Errant
Toi qui as inscrit sur ta peau
les marques brusques des frontières et qui as dans le coeur
les failles tangibles de l'exil
Sache qu'Ici
c’est avec le sourire qu’on dit bonjour

Ici
il faut avoir
la nuance des regards nus
et savoir compter sur la polysémie des gestes

Et surtout
ne gâche pas tes mots
à vouloir parler 
un langage vernaculaire
tu auras toujours ce goît d’errance au bout de ta langue

30 juin 2026

Corps lesbien

Marie Docher explique comment ce projet de photos et de témoignages est venu, après « la séquence politique du « mariage pour tous ». Sur ce sujet étaient invités «  des hommes majoritairement et des femmes opposées à la loi. » 
Elle a commencé un travail photographique pour « faire des portraits, parler d’amour, de solidarités, d’engagement. » Elle ajoute : « être visibles, c’est donner des possibilités à celles qui viennent et oeuvrer pour la dépénalisation de l’homosexualité à travers le monde. » 
Un livre publié en 2023 et publié à nouveau en 2026 par la maison d’éditions La déferlante donne à voir et à lire. Une exposition est actuellement visible au Studio 148 à Alfortville : ET L’AMOUR AUSSI est le titre du livre et de l’exposition.

 

29 juin 2026

Erre-Lande

Tristan Félix publie chez la maison d’édition aethalides un recueil de nouvelles qui font voyager, Les Hauts du Bouc.
Je vais marcher avec elle chapitre après chapitre. J’ai plaisir à la suivre, à écouter l’eau de la mer ou du lac, à entendre un poème de Yeats où Léda se débat jusqu’à plonger dans la mort, à regarder une abeille secouer de l’or et lutter non pour sa survie mais pour celle de sa reine. Et marcher sur des cailloux noirs avec des fées, parmi des ruines en jouant du saxophone.
Je relis et je relirai plus tard avant de passer au chapitre suivant. Prendre le temps.

28 juin 2026

et pourtant

Elle a chaud, cette danseuse de Nathalie Leverger présente à cette place depuis une quinzaine d’années. Et pourtant elle danse

27 juin 2026

canicule sans eau

En ces jours de canicule, j’ai commencé la lecture du Livre de Kells, de Sorj Chalandon. Et, ce vendredi, j’étais attentif, d’abord sans intention particulière, au fait que les lettres e,a et u sont dans le mot canicule. Et, en conséquence, j’ai noté que la cnicl est la canicule sans eau. Puis, j’ai relevé certains mots dans un peu plus de trois pages du texte de Sorj Chalandon qui contenaient ces trois voyelles (quel qu’en soit l’ordre) et, les voyant, je me suis dit :


- un sqr est un square sans eau
- du grbg, c’est du grabuge sans eau
-  les lambx sont des lambeaux sans eau
- La Nsé, c’est la Naue sans eau
- mon cerv, c’est mon cerveau sans eau
- un v, c’est un aveu sans eau
- les épls, ce sont les épaules sans eau
- un tr banc, c’est un autre banc sans eau
- leurs chssurs, ce sont leurs chaussures sans eau
- une borrd, c’est une bourrade sans eau

à votre tour, dans votre lecture du moment, relevez entre cinq et dix mots contenant ces trois lettres (e,a,u) et copiez-les en prenant pour modèles les lignes précédentes. Merci de les copier dans les commentaires ci-dessous.

26 juin 2026

personnage

Ariane Dreyfus évoque Calamity Jane dans un texte intitulé Les trois coups où elle suit les lettres de Calamity Jane à sa fille. Elle indique, dans les notes en fin d’ouvrage que «  certains doutent de l’authenticité de ces lettres ». Mais elle cite une phrase de Pierre-Jean Jouve« un personnage n'est jamais qu'un morceau intime de nous-même, et toute oeuvre, quelle qu'elle soit, est une confession qui subit une métamorphose. » Avec cette citation, Pierre Peuchot explique son travail de réalisateur adaptant un roman de Pierre-Jean Jouve, Aventure de Catherine Crachat. Et il n’est pas surprenant qu’Ariane Dreyfus cite ici Pierre-Jean Jouve, passant elle-même du cinéma (ses «  westerns ») à la poésie, à l’ «  histoire qui passe », bien qu’elle ouvre son chapitre avec ces mots : « un peu de réalité »...

25 juin 2026

Merci

Sorj Chalandon a publié Le livre de Kells en août 2025, dans lequel il raconte sa fuite de Lyon à 17 ans « pour ne pas être dévoré par son Minotaure de père, raciste et antisémite ». Après plusieurs jours d’errance dans la ville, il est accueilli par un de ses amis, Jacques, dont les parents avaient accepté cet accueil. Avec cet ami, il jouait à faire deviner un mot à l'autre, yeux fermés, tandis qu’ils écoutaient la musique d’un film de Nicholas Ray, Le roi des rois. Jacques faisait croire à son ami qu’il trouvait toujours le mot auquel il avait pensé. C’était presque miraculeux. Juste avant le départ de Sorj pour Paris, celui-ci propose à son ami de deviner un mot. Jacques ne trouve pas. Sorj lui dit : « Merci. C’était ça le mot. » 
Le lendemain, il partit.

24 juin 2026

une heure

Pierre Ménard avait donné rendez-vous lundi pour une promenade dans son livre, Rien que les heures (éd. Jou). Rendez-vous reporté à cause de la canicule. Mais dans son livre le rendez-vous me fait arriver à ce paragraphe :

À force de travailler, ses yeux se ferment peu à peu. Il s’endort devant l’écran allumé qui se met en veille dès qu’il cesse de l’utiliser. Des formes lumineuses dansent sur l’écran noir, évoquant des aurores boréales dans le ciel du Grand Nord. Ce qui se déroule en son absence. Sensation d’étouffement. Une brume légère. Un souffle discret du vent dans les feuilles des arbres. Dans l’invisible du jour, la nuit approche et l’attrappe. Un rêve, une nostalgie, peut-être un espoir ? Tout paraît si loin, même dans ses rêves.

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