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main tenant

2 novembre 2026

lucidité

Prologue à « L’exception et la règle », de Bertolt Brecht
 

Nous vous rapportons
L’histoire d’un voyage
L’expédition comprend un marchand et deux subalternes.
Regardez bien comment ils agissent :
Leur conduite vous paraît familière, découvrez-la insolite,
Sous le quotidien, décelez l’inexplicable,
Derrière la règle consacrée, discernez l »absurde.
Défiez-vous du moindre geste, fût-il simple en apparence.
N’acceptez pax comme telle la coutume reçue,
Cherchez-en la nécessité.
Nous vous en prions instamment, ne dites pas  : «  c’est naturel » 
Devant les évènements de chaque jour,
à une époque où règne la confusion, où coule le sang,
Où on ordonne  le désordre,
Où l’arbitraire prend force de loi,
Où l’humanité se déshumanise...
Ne dites jamais: « c’est naturel » 
Afin que rien ne passe pour immuable.

 

1 novembre 2026

Polyphonie

Après l’annulation de la rencontre prévue ce dimanche 1er novembre à Houdan (voir ci-dessus), Antemanha écrit :

 Mainmise

Ne laissons pas les lâches faire la loi

la contagion serait massive

l’anonymat sèmerait l’angoisse

muets les guignols porteront le noir

 

Trois jeux valent plus, trois yeux voient plus

qu’une bouche bâillonnée qui ne fait rire personne

 

Ne laissons personne fouiller la mise

l’exemple foisonnerait amère

l’arrière-goût simplifierait l’arrivisme

les huissiers se prélasseraient à l’ombre

 

Trois lames violent plus, trois accordéons zézayent plus

qu’un cabillaud baillant quand il saccage une pomme

 

©Antemanha 22/10/2026

 

 
 
31 octobre 2026

Nobel

Le Prix Nobel de littérature a été décerné en 2026 à Anne Carson, née en 1950, anglophone vivant au Canada. Les éditions Corti publient son troisième livre, Verre, Ironie et Dieu (première parution en anglais en 1995). De ce livre, auquel je reviendrai probablement un autre jour, j’extrais le texte suivant :
 

LA LISTE DES LIQUIDES DE DIEU

Il faisait une nuit venteuse de novembre.
Les feuilles filaient de l’autre côté de la vitre.
Dieu tenait le livre de vie ouvert à PLAISIR

et d’une main empêchait les pages de voleter
à cause du vent qui soufflait par la porte.
Car j’ai façonné leur chair comme un tamis

écrivit Dieu en haut de la page 
puis il dressa la liste suivante :
Alcool
Sang
Gratitude
Mémoire
Sentence
Chant
Larmes
Temps.

Je vous invite à poursuivre cette « liste des liquides de Dieu » par cinq mots dont les initiales sont les lettres du mot NOBEL.

exemple :
Nuage
Orage
Brouillard
Evaporation
Larmes

Merci de poster vos cinq mots dans les commentaires ci-dessous.

30 octobre 2026

besoins vitaux

L’économie de la mort, tel est le titre du livre de Françoise Vergès publié aux éditions La Fabrique.
Elle y montre comment « dans les camps de réfugiés, les camps de rétention, les logements temporaires, les refuges pour femmes, les foyers pour migrants, les prisons, les centres d’éducation pour la jeunesse, les services psychiatriques, les hospices pour personnes âgées », on constate une politique de négligence organisée par L’État. Elle démontre dans ce livre comment « les obstacles à la satisfaction des besoins vitaux élémentaires, imposés par la force ou par la loi, s’ancrent dans les politiques et pratiques consubstantielles à l’histoire esclavagiste et coloniale ». Sa démonstration est étayée d’exemples : Gaza et la difficile vie sous les tentes, et aussi les travailleurs et surtout travailleuses interdit·es de pauses dans certaines entreprises aux USA pour les toilettes et dont certain·es urinent et défèquent debout et portent des couches... Les exemples qu’elle cite sont expliqués par ce qu’elle désigne sous le nom de « punitif impérialiste et raciste » : l’histoire d’Haïti lui en fournit toute la palette, jusqu’à celle de la dette. 
Les politiques de l’eau, qui est un besoin vital élémentaire, révèlent ici et là qu’elle est une arme de guerre : en Haïti où une rivière a transporté il y a quelques années une épidémie de choléra, et en Palestine où les autorités militaires israéliennes ont instauré un contrôle total sur toutes les ressources en eau. Un chapitre du livre est consacré à Mayotte où, « deux ans après le passage du cyclone, l’eau est encore jugée non potable ou infectée ».
Françoise Vergès conclut son livre avec un chapitre intitulé « Respirer à nouveau » où elle évoque des réponses féministes antiracistes décoloniales à la satisfaction des besoins vitaux :  «  la terre, l’eau, l’air et la fin de la guerre permanente ».

29 octobre 2026

annulation

J’ai reçu ce message de l’association La Tannerie Regard Parole (Houdan):
Cher public,
Suite à une lettre anonyme reçue par la mairie et qui n’est pas sans rappeler les périodes les plus sombres de l’histoire de notre pays, nous sommes dans l’obligation d’ajourner les lectures musicales prévues le dimanche 1er novembre.

Ces lectures avaient pour titre  
Polyphonie pour la Palestine, livre publié par L’Harmattan et regroupant 102 poètes de trente et un pays.

28 octobre 2026

souche

Smaïl Chertouk, après « L’Algérie tu l’aimes ou tu la kiffes », a écrit « Étrangers de souche » (Orient éditions). Avec une pointe d’humour, il y révèle la source de l’expression « Français de souche », en signale l’à peu près, personne n’étant capable de la définir.  Son livre, l’auteur le commence avec l’Algérie, puis il va examiner tous les clichés concernant les « étranges étrangers », reprenant l’expression de Jacques Prévert. Son ton reste léger, sans être donneur de leçons, mais il démonte tous les préjugés, les mensonges, parlant des croyances, des habitudes alimentaires, des vêtements, de tout ce qui peut insister sur la différence plutôt que sur la richesse que représente la diversité, rappelant ces mots de Woody Allen : « Le monde est plein d’étrangers ».

27 octobre 2026

vespéral

Des plantes et leur ombre dans un éclairage artificiel, juste avant la nuit.
Art involontaire ?

 

26 octobre 2026

partage

Vers la fin de son livre Mathilde Boulay cite Sofiane, un jeune de la Génération Ascenseur (l’association où Mathilde s'est engagée) ; le jeune homme prend la parole lors d’un évènement « Génération discriminée ? » au Palais de la Porte-Dorée : « Voilà une classe qui se tient sage... » Je vous parle d’une scène que vous connaissez sûrement : une scène qui montre 151 jeunes à Mantes-la-Jolie, nassés, agenouillés, en rangs serrés, les mains sur la tête, encerclés par les forces de l’ordre, mis tour à tour après, des heures durant, en garde à vue. C’était un 6 décembre, où le froid mordant se mêlait à la fièvre des contestations. Ce jour-là, ce n’était pas simplement une réponse à des protestations ; c’était un miroir tendu vers la discrimination enracinée dans notre société. »

Sofiane, un peu plus tard, contacte Mathilde : « J’aimerais écrire, raconter mon parcours au plus grand nombre. Aurais-tu un peu de temps à m’accorder pour me conseiller ? » 
Elle poursuit : « Quand le désir d’écrire se transmet, quand un autre s’engage au service d’une cause et a la volonté de partager à son tour son récit, d’élever sa voix pour faire bouger les lignes en nourrissant notre société de son expérience (...), il ne s’agit plus de moi, ni de l’Ascenseur. Nos livres, nos médailles, nos engagements, notre mérite, nous amènent collectivement plus loin. » 

25 octobre 2026

mérite

Je suis revenu au livre de Mathilde Boulay.

J’y trouve ces définitions de mots dont je comprenais le sens imparfaitement :

« Les personnes racisées sont celles auxquelles on colle une étiquette raciale. (...) Le mot « racisé » a été inventé pour décrire un phénomène sociologique ».
«  Nous tous, moi y compris, nous pouvons tour à tour nous retrouver dans une situation d’essentialisation (réduire un individu à une seule de ses dimensions) ».

« Les discriminations ne relèvent pas uniquement de comportements isolés ; elles s’inscrivent aussi dans des structures sociales qui, parfois, malgré les intentions des individus, reproduisent des désavantages durables. » 

« La discrimation est une hydre, présente dans chaque regard fuyant, dans chaque mot qui blesse, dans chaque opportunité qui nous échappe, infiltrant le logement, l’éducation, l’emploi. » 

 

 

24 octobre 2026

trouver

Voici un poème de Thomas Vinau extrait de son recueil paru chez les Venterniers, ça suffira merci. 


Plus je vieillis
et plus je vais marcher
comme ça
pour rien
juste pour marcher
quand tu ne sais plus quoi faire de toi
marcher c’est déjà bien
et la plupart du temps
il vient marcher avec moi
on marche ensemble
une importante partie de la vie
consiste je crois
à trouver
avec qui marcher


Aujourd’hui, c’est très simple : il suffira de recopier ce poème en remplaçant le verbe marcher par un autre verbe (à l’infinitif) de votre choix, par exemple commençant par l’initiale d'un prénom. 
Exemple :

Plus je vieillis
et plus je vais jouer
comme ça
pour rien
juste pour jouer
quand tu ne sais plus quoi faire de toi
jouer c’est déjà bien
et la plupart du temps
il vient jouer avec moi
on joue ensemble
une importante partie de la vie
consiste je crois
à trouver
avec qui jouer

C’est à vous main tenant. Merci de poster votre texte dans les commentaires ci dessous.
Juste pour vous : lisez votre texte à voix haute. 

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