Kirina-Serge-aimé-Coulibaly-et-Rokia-Traoré-©-Philippe-Magoni

Sundjata Keita est le fondateur de l’empire mandingue au XIIIe siècle. Né infirme, il parviendra, à l’âge de sept ans, à se mettre debout, et c’est à l’issue d’une bataille à Kirina qu’il conquiert le titre de Mansa (roi des rois). L’épopée de Sundjata Keita traverse le spectacle de la troupe de Serge Aimé Coulibaly. Des musiciens sur scène, deux chanteuses, une musique composée par Rokia Traore, neuf danseurs déployant une énergie incroyable, et des figurants qui passent sans cesse de jardin à cour, de cour à jardin, puis entrent dans le cercle au moment du combat décisif. Il me manquait sans doute une connaissance de cette histoire d’Afrique de l’Ouest pour en percevoir toutes les nuances. J’en retiens trois moments. (photo Philippe Magoni)

« Il faut que tu naisses ». Cette injonction s’adresse à Sundjata, celui qui va libérer le peuple d’un tyran et faire s’unir les peuples mandingues. Le danseur qui incarne Sundjata tente de se redresser, de sortir de la terre où il retombe sept fois, pour enfin se lever : le premier combat qu’il remporte est contre lui-même.

« Au-dessus de l’honneur, il y a toujours l’honneur ». Ce n’est pas de fierté qu’il s’agit mais bien d’honneur qui ne peut jamais être atteint une fois pour toutes, qui nécessite toujours exigence envers soi-même et respect des autres. C’est cet honneur qu’on retrouve dans la Charte attribuée à Sundjata Keita et inscrite depuis 2009 au patrimoine immatériel de l’Unesco.

Enfin, le troisième moment que je retiens de ce spectacle est en fait permanent, du début à la fin : ce sont ces personnes de tous âges, de toutes couleurs, qui passent, d’abord en fond de scène puis au milieu même du plateau, là où se sont déroulés les combats, à Kirina. Ce sont les femmes, les hommes et les enfants jetés à travers le monde et marchant sans cesse en quête d’un lieu où vivre, aimer, grandir, devenir l’humanité.