chambre_d_isabellaJan Lauwers lui-même présente son spectacle, pour sa part d’autobiographie sans doute. Il est vêtu de blanc, la couleur dominante du spectacle, et restera sur scène. Avec La Chambre d’Isabella, nous allons traverser le XXe siècle, de 1910 au début des années 2000. Jan Lauwers maîtrise le récit, nous livrant au moment opportun les secrets ressorts de l’histoire. Dans une construction linéaire (les dates sont annoncées au fur et à mesure), la clarté va se faire. Naissance, mort de la mère, mort du père, découverte de la chambre, voyage en Afrique, cécité… Mais, bien sûr, on ne peut en rester à cette chronologie, au plaisir que posent en nous ces chansons, et, en particulier, la dernière (« and on and on and on we just go on »). Les questions nous accompagnent.

De quoi héritons-nous quand nous recevons l’héritage de nos parents ? De leur vie ? Ce serait trop simple. Nous recevons de quoi inventer notre propre histoire. Si Isabella (Viviane de Muynck) regardait les objets qu’elle reçoit comme des œuvres pour musée, si elle transformait sa chambre en musée, elle ne vivrait pas, les objets eux-mêmes ne vivraient plus. Je n’ai compris que peu à peu à quel point ces objets la représentent, alors qu’ils ne sont que l’accumulation des voyages supposés de son père. Elle les utilise, elle en joue, elle en fait un élément de la réalité, quand tout, jusqu’à l’origine même, fait état de mensonges. Mais le mensonge, c’est la morale. Isabella ne vit pas dans le mensonge du passé, elle est dans le présent, très entourée (y compris des morts avec qui elle dialogue) et très solitaire.

Il se passe quelque chose dans ce spectacle de théâtre, de musique, de danse, cette exposition, ce spectacle total (une comédie musicale ?) : les spectateurs lui sont indispensables. C’est pour eux que Jan Lauwers met en scène les objets hérités de son père, c’est par eux que mensonge et vérité vont se révéler l’un à l’autre, c’est à travers eux que l’auteur peut saluer le siècle passé. Il y invite sa propre histoire, la littérature, l’histoire de l’art, la musique, les souvenirs des guerres qu’il n’a pas vécues, et nous invite à y prendre part. C’est une communion qui s’est jouée là, dans cette chambre d’écho où se répète « and on and on and on we just go on ». Une recherche du bonheur.

J'ai vu ce spectacle au Théâtre Monfort dans le cadre de Paris Quartier d'Eté.