100_3724La Compagnie s’appelle 3C Théâtre, mais chacune des trois comédiennes porte un prénom commençant par A : Anaïs, Anne et Agnès. Et ces trois A occupent l’espace, tantôt debout, tantôt accroupies, tantôt assises, et faisant bon usage de leurs mains entre les tissus, le savon et l’eau. C’est un spectacle qui se joue à l’extérieur, le blanc du linge qui sèche sur les cordes se détachant du vert des gazons, des feuilles des arbres. Chaque lavandière a sa bassine. Ce n’est pas en famille qu’on lave ici son linge sale, c’est au cœur du village où est arrivée depuis peu une étrangère, comme si son homme n’avait pas pu trouver ici même une femme à son goût. Et les discussions s’animent : Faut pas laisser ton homme te frapper - Quand est-ce que tu lui feras un enfant ? – Moi, je suis née la dernière, je crois que ma mère ne m’attendait pas… Le titre dit « Hier » et c’est la vie des femmes comme on ne l’imagine pas quand on a vingt ans aujourd’hui, en ville : lessive à la main, au battoir, pas de contraception, petites chansons anciennes. Mais une tension sociale qui ressemble par instants à la nôtre, et la violence des rapports sociaux qui éclate à la fin. 100_3734Hier, sans doute, mais dans les draps essorés à la force des poignets, dans le trempage du linge et son séchage au soleil agité par le vent sur la prairie, nous voyons des images qui sollicitent notre mémoire. Comme si nous avions vécu cette époque, ou plutôt, comme si, quelle que soit l’époque, les mêmes problèmes relationnels trouvaient à s’exprimer à travers et entre les générations.

 

J’ai vu ce spectacle au Festival Guinguettes et Compagnies, à Palaiseau-Villebon (91). Le survol des avions en a malheureusement rendu difficile la perception.