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C’est la musique techno qui nous accueille, une danseuse sur un ring au milieu des spectateurs. Une danseuse ? En tenue de motard, combinaison et casque, tournant sur ce ring, faisant des mouvements répétitifs, puis prenant la parole, essoufflée, « je vous parlerai de la guerre, de l’amour et des années 80 ». Son père qui peint sur son camion une danseuse en tutu rose et qui emmène dans ce camion toute la famille lors des championnats de moto-cross et des soirées qu’il anime avec ses disques.  

Elle se défait peu à peu de sa combinaison et de son casque de moto-cross, quitte le ring pour s’installer au clavier d’où elle raconte, dans un échange avec le DJ présent depuis le début, des faits marquants de sa jeunesse, notamment l’éruption du volcan Nevado del Ruiz en 1985, et du visage de cette fille de 13 ans, Omayra Sanchez qui mourra devant les téléspectateurs du monde entier (à Hawaï aujourd’hui, un autre volcan, le Kilauea, s’est réveillé depuis plus de quatre semaines). L’enfance meurt dans cette coulée de boue et de lave.

Retour sur le ring. Maud Le Pladec se saisit d’un micro et lit de manière saccadée un texte qui décrit ces années, qu’il s’agisse des guerres, de la politique, sorte de bilan sans complaisance, texte qu’elle a collé à une pochette de disque portant le titre d’une chanson : « Je danse encore ».

Puis, tournant autour de cette scène carrée, comme si elle avait été éjectée du ring, elle va se défaire de tous ses vêtements, et en revêtir d’autres avec lesquels elle reprend la danse, une autre danse, nourrie de tout ce qu’elle nous aura dit de son enfance, de sa jeunesse, des mouvements du monde. Et dansera dans la lumière stroboscopique sans un mot, comme si tout avait été dit et qu’il ne restait plus que la danse, puis que la lumière éclairant le plateau vide, et la musique.

Chorégraphie, danse et textes : Maud Le Pladec. DJ : Julien Tiné. Autres textes : Vincent Thomasset.

J'ai vu ce spectacle à Alfortville (94) dans le cadre du Focus Effervescence 2018.