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24 mai 2009

Vertébrales, d'Ophélie Jaësan

cousumainCousu main est une maison d’édition. Et un blog dont vous pouvez suivre le lien en cliquant sur l’image ci-contre.

A cette maison d’édition, j’ai acheté Vertébrales, poèmes et photos d’Ophélie Jaësan. Un ouvrage présenté de manière originale : un papier plié en accordéon, collé sur deux feuilles cartonnées, le tout fermé par un ruban bleu. D’un autre bleu était la couverture du premier recueil d’Ophélie Jaësan, publié aux éditions Cheyne, La Mer remblayée par le fracas des hommes. Un autre bleu mais pas fondamentalement différent.

Sur une face du recueil que je viens de recevoir, des lignes droites, horizontales avec, en dehors, le point de fuite, et me faisant penser à une palissade. Sur l’autre face, des lignes courbes, tendant à croître comme le font les tiges des plantes, les algues.

jaesan_netPremier mot du premier poème : « Homme ». Dernier mot du dernier poème : « homme ». Deux forces en présence : d’un côté le désir de tenir droit («je me mords pour tenir droite», est-il écrit dans le premier recueil), et de l’autre la mer («que faire, pourtant, / si ma maison prend l’eau ?», lit-on aussi dans le premier recueil).

L’auteure est née tout près de l’océan ; l’eau, c’est la vie, c’est la mort, c’est Jonas avalé par une baleine et rendu quelques jours plus tard au rivage. L’eau, c’est la ligne horizontale sur laquelle s’appuyer pour «tendre (la) vision / vers le haut : / aspiration verticale».

L’arbre qui permet à l’homme de tenir droit, c’est la colonne vertébrale, mais celle-ci est aussi «une clé / rentrant parfaitement / dans la serrure / des tombes». Tournant le recueil d’un côté puis de l’autre, on alterne des images masculines et des images féminines. On passe de la «serrure» (que je viens d’évoquer) à «un bruit de clés». Et s’invente «la plante dans le bulbe», se déplie le corps, s’ouvre la maison, se dessine la piste qui mène à l’homme.

cousumainversoPour cela, les mots ne suffisent pas, il faut aussi le silence, la nudité, parole qui se dérobe. Jean-Luc Nancy écrit : «La robe tombée donne le signe de ce que atteindre la nudité est toujours plus et autre chose que l’atteindre : la nudité se retire toujours plus loin que toute mise à nu et c’est ainsi qu’elle est nudité. Elle n’est pas un état, mais un mouvement, et le plus vif des mouvements – vif jusque dans la mort, dernière nudité.» (extrait de La pensée dérobée – éditions Galilée).

La dernière photo du recueil montre le dos nu d’une femme en jupon blanc, bras croisés sur la poitrine, accroupie face à un mur sombre, la ligne courbée de sa colonne vertébrale portant une tête penchée légèrement vers la gauche, comme si elle cherchait «l’air avec la terre l’air avec la terre l’air», pour «renaître à soi-même».

Commentaires
C
Vous en parlez très bien. Merci.
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