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Fernand Deligny (1913-1996), on aurait tendance à l’oublier dans une époque qui a voulu oublier l’antipsychiatrie qui a changé la vie quand il fallait changer la vie. Était-il écouté, entendu, celui qui  a progressivement pris congé d’une société qui ne savait pas entendre les enfants mutiques, comprendre les enfants autistes ? Et qu’il est difficile de parler de cet homme qui se méfiait du langage enfermant de ceux qui savent !

Sandrine Bourguignon est allée consulter les documents qu’il a laissés, et notamment ses tentatives d’autobiographie, à l’IMEC (Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine). Elle s’y est encordée, puisque c’est ainsi que Fernand Deligny décrivait le lien entre auteur et lecteur.

Et son écriture à elle, suivant un récit chronologique, tente d’être fidèle à sa vie à lui et à ses refus et à ses amitiés, écriture que la ponctuation rend claudicante, comme si elle avait un caillou dans la chaussure, et dont les mots insistent pour être entendus : pantois, narquois, aubier, détriment, déblais, et tant d’autres. Ainsi elle nous encorde à notre tour. Regardant Janmari découvrir les points d’eau, mais peut-être faudrait-il écrire « inventer » comme on a dit inventeurs les enfants qui sont, les premiers, entrés dans la grotte de Lascaux. Elle s’adresse à cet homme qui préfère écrire « humin » comme on écrit « caprin, félin », inscrivant ainsi l’homme dans une lignée animale. Cet homme qui a choisi de « camérer ». Cet homme qui, cherchant asile, a évité tous les asiles. Passant par le Nord, puis la clinique de La Borde, pour finir dans les Cévennes. Seul. Au bout de ses peines ? « Nous sommes seuls et c’est sans remède. / En prendre son parti et choisir de vivre plutôt autiste ». S’intéresser aux copeaux, ceux qui tombent, aux « copeaux d’homme ».