Dans son recueil La scène est sur la scène, Jacques Jouet a publié il y a quelques années Trois fois trois voeux, disponible sur le site de P.O.L. éditeur.

Une huppe (d’origine vaguement extraterrestre) rencontre un âne à qui elle donne le pouvoir de parler comme les humains. Voici le début du texte :

troisfoistroisvoeux

L’âne. — Bonjour, huppe... J’ai vu que tu as mangé dans mon crottin, en conséquence de quoi tu dois avoir choppé mauvaise haleine, alors, s’il me prenait l’envie de t’embrasser sur la bouche et que par bonheur tu sois l’être suprême reconnu par les monothéismes, que tu sois « Dieu » déguisé, alors, j’aurais droit à trois vœux et ça serait pas du luxe ! Tiens, c’est bizarre ce que j’ai dit là : peut-il y avoir un seul être suprême reconnu par plusieurs monothéismes ? S’il y a plusieurs monothéismes, c’est qu’il y a plusieurs dieux. Je crois bien que je suis tombé sans le vouloir sur une sorte de paradoxe métaphysique !

La huppe. — Ah, c’est pas mal, pour un début dans la langue des hommes, c’est pas mal du tout, ma créature, mon sang, ma vie... dans mes bras, que je t’embrasse, tu m’as bien reconnu, je suis l’être suprême ! Un baiser, un baiser, âne ! Aâââne !

L’âne. — Moi, j’ai pas de mérite, embrasser la huppe qui a picoré le crottin d’un autre, il doit falloir se forcer, mais son propre crottin, c’est un jeu d’enfant, relativement narcissique, même, comme jouissance...

La huppe. — Eh bien, ça fait plaisir de tomber sur un intellectuel ! Dans mes bras, mon tout petit...

L’âne. — Ouiii, ouiii...

La huppe. — Mmmmm...

L’âne. — Mmmmmmmm...

La huppe. — Là, c’est quand même un beau baiser. Ahhhh. Je vais reboire un petit coup, tiens... Glou glou...

Elle siffle.

L’âne. — Je peux y aller du premier vœu ?

La huppe. — Ah bah toi, au moins tu perds pas de temps, je suis bien tombé. Justement, je suis assez pressé, on m’attend là-haut, pour un jugement dernier, alors, je t’écoute... (À part.) Celui-là, au moins avec sa jambe de bois, ses trois oreilles et ses yeux qui pleurent, il devrait pas avoir du mal à trouver des vœux !

L’âne. — Heu... C’est impressionnant... alors... premier vœu...
La huppe. — Non ! Il va pas perdre tous ses moyens, lui aussi !

L’âne. — Heu... Premier vœu... Ça me démange, là, à l’échine, là ou je peux pas atteindre avec ma langue, ni avec ma queue... Je voudrais que tu me grattes.

La huppe. — Ha ha ha, quel con, cet âne ! Mais que mes créatures sont donc irréfléchies ! Je me demande parfois si je les ai pas un peu bâclées du côté des boyaux de la tête... Pourtant, il avait bien commencé ! Vous vous rendez compte ? Il m’aurait même pas demandé que ça ne lui gratte plus jamais l’échine ! Non, il veut que je le gratte, c’est tout, une fois... dans le moment présent ! Crrt, crrt... Bah voilà, c’est gratté... enveloppé... gagné, fini... On a toujours une seule chance au grattage... Quel idiot ! Ha ha ha... Bon, deuxième vœu !

L’âne. — Haaaa... Je voudrais aussi... Vous voulez pas regarder si j’ai pas une poussière dans l’œil... Y a quelque chose qui me gêne...

La huppe. — Mais quel âne ce con ! Et quel con cet âne ! Il avait pas tort, Héraclite d’Éphèse, de noter que l’âne, il préfère toujours la paille à l’or... Âne, bel âne... C’est pas mon métier de te souffler des vœux, m’enfin tout de même... Y a l’amour, y a l’argent, la beauté, la santé, la bonté, la charité, la volupté, l’allègement de la fiscalité... je sais pas moi...

L’âne. — Ah ?

La huppe. — Allez, prends ton temps pour le troisième, je suis pressé, c’est vrai, mais enfin je ne suis pas en retard...

L’âne. — Hein ?

La huppe. — Je n’ai jamais vu quelqu’un, mais alors jamais – qu’on l’écrive, là, tout de suite... oui, je voudrais qu’il y ait quelqu’un pour l’écrire dans le Grand Livre de Dieu – je n’ai jamais vu, en une éternité d’apparitions, jamais, jamais, je n’ai vu, jamais, jamais vu quelqu’un réfléchir aussi lentement.

L’âne. — Le troisième...

La huppe. — C’est ça... le troisième... le troisième... Ha ha ha...

L’âne. — Le troisième... que j’aie droit à trois autres vœux...

C’est ce qu’il vous faudra écrire aujourd’hui : trois voeux, dont le troisième sera de demander trois autres voeux. Et ainsi de suite jusqu’à atteindre trois fois trois voeux. Mais, si vous comptez bien, vous ne devez imaginer que 6 voeux puisque le troisième de chaque série est de demander trois autres voeux. La huppe accepte deux fois. Que fera-t-elle la troisième ? 

Votre texte se présentera comme un dialogue théâtral entre la huppe et l’âne. Imaginez vos voeux, du plus simple au plus difficile à satisfaire.

Et lancez-vous dans ce dialogue que vous posterez dans les commentaires ci-dessous. Merci.