C’est sans souvenir précis que j’ai regardé L’école des femmes, dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig au Théâtre de l’Odéon, disponible gratuitement sur internet ces jours-ci. Il n’y avait que cette énigmatique petite phrase : « Le petit chat est mort ».

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C’est toujours étrange de regarder une pièce de théâtre seul, assis devant un écran. Les rires de la salle ne produisent pas le même effet que si j’y étais installé.

Et puis, on regarde toujours à partir de là où et du temps dans lequel on est.

On ne peut pas, me semble-t-il, ignorer qu’Agnès est bien tenue au confinement par cet homme qui veut l’épouser et se fait nommer Monsieur de la Souche. Là encore, de la Souche, aujourd’hui, c’est un nom qui résonne étrangement. D’autant que l’origine d’Agnès ne sera pas ce que l’on pense selon le récit de ce Monsieur de la Souche, sous le nom duquel se cache Arnolphe. Si Molière construit sa pièce avec le rebondissement final dont on le sait habile, la mise en scène en fait une histoire d’aujourd’hui : la séduction d’une enfant, le discours qui prétend qu’une femme doit être asservie à l’homme… La scène où Agnès lit sous la pression d’Arnolphe les « maximes  du mariage ou les devoirs de la femme mariée » est ici très pertinente : Arnolphe se laisse emporter par ces maximes qui lui donnent tout pouvoir et ne s’aperçoit pas tout de suite qu’Agnès n’en croit pas vraiment un mot. Elle en rit. C’est qu’elle sait déjà ce qu’elle veut et ce n’est pas d’un homme âgé qui l’a quasi kidnappée enfant, la choyant sans doute mais la privant de liberté. Elle a rencontré Horace et son récit, toute rougissant du plaisir de le dire, est d’une évidence telle qu’Arnolphe n’y peut rien et qu’il en prend conscience au point de vouloir précipiter le mariage qui lui garantirait, du moins en est-il assuré, sa propriété. Peut-être alors seulement comprend-il le double sens de cette phrase qui tombe comme négligemment de la bouche de la jeune fille : « Le petit chat est mort ».

Les hommes de l’époque de Molière devaient rire sans doute aux propos méprisants sur les femmes mais l’auteur les interpelle directement dans la scène 3 du troisième acte et peut-être en étaient-ils touchés. Et si le ridicule d’Arnolphe, aujourd’hui, nous fait encore rire, on ne peut oublier que certains, et sans doute pas des moindres, de nos jours se comportent comme lui.

Ici, dans cette mise en scène qui date de la fin 2018, c'est Agnès qui sort la première par l'avant-scène à la fin du spectacle, comme si le mariage arrangé qui se profile ne lui convenait pas plus, quels que soient ses sentiments pour Horace qui lui a bien fait le jeu de la séduction.

(photo Victor Tonelli)