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Un jour, Pierre (Nadir Louatib) rencontre Léa (Manon Rivier). Ils ont dix ans, peut-être. Le jeu de séduction du garçon va troubler la fille. Mais elle ira plus vite que lui. Un engagement amoureux qui dépasse les bornes, fait tomber le décor, les voiles, les affiches, et nous emporte d’ici à là, du collège Notre Dame du Vieux Cours jusqu’en haut du clocher, en passant par chez la grand-mère de Léa. C’est un personnage agaçant attachant, Léa. Amoureuse toute entière, amoureuse à se marier avec Pierre comme, avant, avec Grégoire. Elle est peut-être folle mais elle est fidèle, Léa. C’est seulement que sa mère change d’hôpital du Nord au Sud. Alors ses mariages ne durent pas plus longtemps qu’un jour et une nuit. Elle se raconte l’amour comme on le raconte dans les prières, dans les textes antiques, comme toujours. Cet amour si beau qu’on ne parvient pas à le partager toute une vie, ou bien c’est que la vie, ça dure un jour et une nuit quand on a dix ans. Et que ça recommence. Il n’y a que le décor qui change, au fond. Et les anges, les anges sont à plaindre, qui passent leur existence à regarder tout ça. 

Lys Martagon aussi voulait l’amour, dans une pièce du même auteur, que j’ai vue il y a deux ans et demi. Et si Léa peut dire "je t'aime et je n'en fais pas une montagne", Lys Martagon, elle, retourne dans la montagne.

Mais je pense aussi à l’enfant  de 13 ans qu’Erri de Luca présente dans Montedidio, à Naples, près du volcan.

Et à Ruby, 13 ans aussi, qui découvre le paradis du désir naissant dans le roman de Rebecca Lighieri, Eden.

Et même à d'autres, plus vieux, dans un film de Jean-Luc Godard : Marianne (Anna Karina) et Ferdinand (Jean-Paul Belmondo) qui ne veut pas qu'elle l'appelle Pierrot...

J'ai vu ce spectacle au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine (94) - photo bbflirt