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J’avais vu, il y a dix ans, James Thierrée marcher comme un cheval. J’ai vu, l’année dernière, la Compagnie Seydou Boro dans un spectacle intitulé Le cheval. Et voici Vincent Thomasset. Il s’agit pour ce metteur en scène de montrer quelque chose de l’apprentissage plutôt que la figure accomplie. Donc pas de mimétisme : l’application de règles. Et pour cela, remonter quelques siècles, rappeler que danse et art militaire sont bien proches, que le roi Louis XIV même avait dans ces domaines ses exigences. Il fallait se débarrasser du « nombre infini des ignorants »… C’est presque spontanément que la question du langage s’invite alors. Et c’est Molière qui s’y colle, avec quelques extraits du Bourgeois Gentilhomme, où il se moque de ceux qui se targuent de vouloir prendre les usages de cour. L’ordre, c’est le mot qu’il faut suivre. L’ordre des pas, l’ordre des gestes du maître d’armes, l’ordre des mots. Jacques Réda n’est pas loin, qui vient de publier un ouvrage sur l’histoire du vers français, intitulé Quel avenir pour la cavalerie ?, l’art équestre tout comme la versification étant mené par des questions de rythmes. Comme la musique, d’ailleurs, même si l’on a prétendu que la danse n’a pas besoin du violon, qu’elle exprime toute une gamme d’émotions par la seule mise en mouvement du corps.

Et le spectacle est drôle, car il touche à l’enfance, aux règles énoncées aux apprentis cavaliers de tous âges, aux désirs mélangés du loisir et de l’exploit, aux tenues obligatoires de la bombe et des bottes. Et ça marche au fouet qui claque dans l’air. Et ça s’arrête, comme pour la troupe qui marche au pas, en trois temps, trois syllabes : « ar-rê-tez ». C’est un ordre.

J'ai vu ce spectacle au !POC! d'Alfortville (94) - Photo Patrick Berger