nos_cabanes

C’est un livre qui tient facilement dans une main et qu’on ouvre sur les Noues, « fossé herbeux en pente douce, qui recueille les eaux », ainsi nommé dans « un bocage en bout de Loire, vers Nantes », Notre-Dame des Landes. Les Noues, et nous. 

On peut écouter Marielle Macé sur internet lors d’une conférence intitulée « Nouons-nous », conférence où elle dit que nous est « un sujet collectif et non un collectif de sujets », que ce n’est pas plusieurs « je » mais un « je dilaté », des gens « avec qui » faire, dire. Une formule d’hospitalité.

Dans ce monde abîmé, sols contaminés, forêts détruites, eaux polluées, dans « les ruines du capitalisme » (une formulation d’Anna Tsing), il ne sert à rien de chercher à restaurer, réparer, revenir. Les cabanes sont une tentative de faire à plusieurs, penser, écrire à plusieurs, utiliser l’infinitif, « forme syntaxique du possible », penser les lieux, les temps, jardiner des possibles, privilégier en tout le vivant. S’apprêter à bouger toujours. 

Elle construit sa cabane de mots avec Gilles Clément, et avec des poètes, Jean-Christophe Bailly, Jacques Darras, Ovide, Olivier Cadiot, Paul Celan pour qui le poème est une tente, Jean-Marie Gleize qui fait de Tarnac un cantar.

Et nous propose d’écouter comme il faut, écouter le monde, les arbres, les animaux, placer ce nous avec eux et non contre ou à côté. Avec, autant de zones à défendre.