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L’exil, Jeanne Benameur l’a connu enfant, et ses livres, souvent, explorent ces départs, ces arrivées, ces chemins dont on ne sait pas toujours où ils vont mais dont on garde le souvenir de l’origine. Dans ce livre, une femme quitte son village, une femme dont on ne dit rien du père et dont on saura peu de la mère. Elle est celle qui lit, celle dont les autres ont déchiré le livre et qui marche. Un homme la suit, effaçant de ses pas les pas de la femme, effaçant le chemin du retour que, de toute façon, elle ne veut pas prendre. Lui, c’est son père qui n’est pas revenu. Elle est partie, a quitté l’enfance, a trouvé l’errance mais pas une marche au hasard : elle va traverser le désert pour atteindre la mer, désert et mer, deux espaces totalement inconnus d’elle. Le garçon d’un livre précédent de Jeanne Benameur, L’enfant qui, partait, lui aussi, mais cherchait plutôt les traces de sa mère qui, elle, était partie sans retour. Il y a donc toujours une femme ou un homme qui part. Ici, la femme se met à écrire puisqu’elle connaît les signes et qu’elle s’engage dans l’immensité de l’ailleurs. Elle n’y sera pas seule : l’homme qui l’a suivie est un danseur ; il l’entoure, ne la touche pas, l’accompagne. Il en caressait l’ombre. Voici venu le temps des corps et de la liberté sous le soleil.