Figures-stylees

Il y a quelques années, Mathilde Levesque a publié Figures stylées, un livre où elle expliquait des expressions de ses élèves en les interprétant assez justement comme des figures de style, un de ces procédés qui agit sur le sens ou la sonorité et auxquels on a attribué des noms (anaphore, pléonasme, etc.).

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Une autre prof vient de publier Le Cid en 4eB, une bande dessinée qui nous fait redécouvrir la pièce de Corneille, dans une classe d’aujourd’hui aux préoccupations, au premier abord, très éloignées du dilemme cornélien. Toutes les questions y sont immédiatement : comment capter l’attention d’un groupe de collégiens, les écouter , les emmener dans le théâtre, le vocabulaire (« on dirait du vieux français », dit l’une des filles ; la prof répond « c’est du français du XVIIe siècle »). C’est très vivant, respectueux, il y a beaucoup de tendresse envers les élèves, et peu à peu de l’intérêt pour ce qui se joue dans cette pièce parce que ça résonne encore aujourd’hui : est-ce qu’une gifle (« un soufflet »!) ça mérite qu’on se batte en duel (« un fight one to one ») et qu’on tue ? Comment choisir entre l’honneur et l’amour ? Le vocabulaire s’enrichit, la versification  est expliquée. Ça rappelle un peu L’esquive, film d’Abdellatif Kechiche. Quand la langue d’aujourd’hui intègre celle d’hier. On rit mais on ne fait pas que ça. Ce n’est pas un rire moqueur, un rire sur le dos des autres. C’est un rire de connivence aussi bien avec la prof (puisque le lecteur est à sa place) qu’avec les élèves. « J’avoue ».

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