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C’est la guerre. À Troie. Depuis des années. Ça va se terminer. Des morts, il y en a plein les terres,  plein les fleuves. Et voici les enfants, les gamins. Fils de la géographie : Bulgarie, Turquie, Grèce, Ethiopie. On ne disait pas encore ces noms-là mais c’est bien d’eux qu’il s’agit. Et de ces pays, naissent les enfants de l’aurore, une déesse. Parce que c’est le temps des dieux, le temps où les fleuves s’accouplent, le temps où les hommes se couvrent de peaux de bêtes et deviennent dans la nuit loup, taureau, sanglier, lion. Seul le héron, blanc, est un oiseau et s’envole avant le lever du jour. Ce sont des enfants massacrés. Peu importe la région d’où ils viennent. Ce qu’on nous a présenté sous le nom de Guerre de Troie, avec des héros, avec des histoires d’adultes, de rapt, de combats, de soldats, est d’abord cette histoire de sang et de fleuves et, ce que Marie Cosnay montre, une histoire d’enfants qui savent bien que ce qu’ils jouent, c’est leur vie, qui savent bien qu’on leur a prédit le pire mais qui y vont quand même. Elle trouve ses mots chez Homère, Euripide, Ovide. Et, puisque ce sont des histoires d’enfants, ce sont aussi des histoires de mères. « Chacune des mères d’enfant mort a le monde qui s’arrache. Chacune est de la mort une grande familière, chacune est son amie, la porte chaleureusement ou par elle est portée. La mère est pour moitié avec le fils ou la fille dans la mort. Ou la mort vient vivre sur la mère comme y vivait le fils ou la fille, tranquillement mais invisiblement. La mère est à cheval entre deux mondes ou c’est elle, la cavale. Ce qu’elle a acquis comme connaissances, contrairement à nous ! »