couverture_200px

C’est au Marché de la poésie que j’ai rencontré Brigitte Brami, dehors, pas même sous une tente. Elle m’a interpelé et présenté deux autres poètes publiés par le même éditeur, les Éditions Unicité. Quand elle m’interpelle, c’est donc pour me parler des autres. Et notre discussion m’amène à acheter son livre, Corps imaginaires, dont je ne découvrirai qu’un peu plus tard le sujet. Elle a déjà publié un recueil de poèmes aux Éditions Saint-Germain des Prés, aujourd’hui épuisé, et un ouvrage intitulé La prison ruinée, chez L’Harmattan, après son incarcération à Fleury-Mérogis. Et c’est après une seconde incarcération qu’elle écrit les deux portraits de femmes de ce livre pendant une résidence à l’association Peuple et Culture de Marseille. Décidément, Brigitte Brami parle des autres.

La première femme, c’est Thérèse, décédée à 35 ans, suicidée dans sa cellule, jeune femme noire condamnée pour avoir tué son mari qui maltraitait leur enfant. C’était elle la victime. « Thérèse était trop sensible pour se pardonner son crime ; pas assez dupe pour se raconter des histoires ; trop lucide pour dénier son acte. » La dernière fois qu’elle l’a vue, Thérèse lui avait dit : » Je vous écris très vite. »

Sana, elle, est victime deux fois, son corps est incarcéré deux fois : la première par la poliomyélite qui lui donne cette claudication, la seconde  pour avoir donné de faux papiers aux policiers ( « Ils veulent du papier, je leur en ai donné »). Sana espère sa libération pour manger chez sa mère le kebab, le couscous et la pizza que celle-ci lui a promis.

Brigitte Brami est spécialiste de Jean Genet. La lecture de ces textes m’a rappelé celle de Hafed Benotman. Dans un entretien avec Chris Gerbaud, publié sur Facebook, elle dit que « la prison est une blessure indélébile autant qu’une chance de faire désormais partie et à vie de la part maudite de l’humanité et d’avoir été enfermée dans cette espèce d’égout de la société ».