REGLESDUBUS_HeleneHarder-web

C’est un roman de Tania de Montaigne. La romancière raconte ce qui s’est passé à Montgomery, Alabama, en 1955. Noirs et Blancs y vivent en principe égaux, mais séparés. Ainsi, dans les bus, il y a des places devant pour les blancs et d’autres, au fond, pour les noirs. Un jour Claudette Colvin, 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche ; elle sera évacuée manu militari du bus et même conduite en prison. Puis, elle intentera un procès à la Ville. Mais lorsqu’on est noire, jeune, pauvre et qu'on tombe enceinte, on a peu de crédit, même au sein de son propre camp. 

C’est la voix de Claudette Colvin que nous entendons. « Écoutez-moi, dit-elle, prenez une profonde inspiration, suivez-moi et vous êtes noir. » Nous allons suivre cette histoire pas si ancienne et dont la protagoniste est encore vivante. Rosa Parks réitérera plus tard le refus de la jeune fille ; elle sera plus « respectable » et c’est après elle que le boycott des bus aura lieu, soutenu par Martin Luther King.

Le spectacle est présenté comme un théâtre graphique, comme on dit aussi roman graphique. Le texte est dit par une comédienne (Sophie Richelieu), une dessinatrice (Charlotte Melly) illustre en direct et accompagne son témoignage, montrant les lieux de l’audace, le bus, le tribunal, les inégalités entre blancs et noirs, entre hommes et femmes, entre adultes et jeunes, les tergiversations des responsables de la communauté noire. Et on comprend qu’un acte n’arrive jamais tout-à-fait isolé, qu’il est précédé de signes et déclenche des conséquences. 

Il faut savoir gré à Tania de Montaigne et au collectif F71 (mise en scène de Lucie Nicolas) de revenir sur cet acte fondateur.