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Le silence attend dans les espaces de l’exposition des Manuscrits de l’extrême. Peut-être révèle-t-il le bruit du crayon qui gratte le papier ou le bois. Peut-être est-il un signe de respect pour celles et ceux qui ont écrit avec de l’encre, du sang ou toute autre matière capable de laisser une trace. Surtout, il nous fait entrer dans l’intime, presque le plus qu’intime, ce qui touche à notre humanité. « Travailler, écrire, écrire, la seule éclaircie possible dans les ténèbres. » écrit Arthur Adamov.  L’émotion nous gagne : à côté des derniers poèmes d’André Chénier, à côté des écrits tourmentés d’Antonin Artaud, à côté du petit carnet où Stéphane Mallarmé inscrit des notes pour le Tombeau d’Anatole (son fils mort à 8 ans), à côté d’un poème de Guillaume Apollinaire, à côté donc de la littérature il y a cette lettre jetée du train par deux jeunes déportées pour leur père à qui un réseau de résistants la fera parvenir, il y a cette attestation signée Asmodée écrite par une des « possédées de Loudun », il y a les lettres-testaments des frères Charoy avant leur mort sur le front de la Guerre 1914-1918…

Des graphies de toutes sortes : minuscule pour Auguste Blanqui « l’Enfermé », nerveuse pour Blaise Pascal pendant sa « nuit de feu », désordonnée pour Pierre Guyotat juste avant de tomber dans le coma, urgente comme celle de Jean Cassou recopiant ses 33 sonnets composés de mémoire en prison…

Lisant ces documents bouleversants, on partage ce souffle de vie, parfois le dernier, surpris qu’il soit encore perceptible, et regrettant qu’on ne l’ait pas laissé au secret. 

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Adamov - Mallarmé - Apollinaire

Il faut un peu de temps pour retrouver le soleil en sortant de cette exposition.