curiosa

Présentant hier le film de Lou Jeunet, Curiosa, j’ai évoqué le miroir sans tain.

En effet, c’est avec ce procédé, qui permet de voir sans être vu, que s’ouvre le film. Il faudrait y revenir pour souligner l’importance des miroirs dans cette oeuvre. Ils sont partout, dans l’appartement de la famille Heredia, comme on l’a déjà signalé, mais aussi lors de l’explication entre Henri de Régnier (qui vient de demander la main de Marie) et Pierre Louÿs ; on y prend, ailleurs, un cliché (un selfie ?) ; il y a aussi un miroir à main avec lequel Zohra montre à Marie le secret de son sexe. Mais au-delà de l’utilisation des miroirs, tout le film joue vraiment sur la question de voir sans être vu. Comme tout film, il est projeté sur un écran et place le spectateur dans la même situation que quiconque regarde à travers un miroir sans tain. 

Les photographies collectionnées par Pierre Louÿs sont aussi destinées à être vues, et lorsqu’il les montre lui-même, il comprend que celui à qui il les montre se sent gêné de les voir en sa présence et il les range. Mais Marie sait très bien où ces photos sont rangées… Les photographies ne sont pas vues comme les dessins ou les peintures qui demandent l’intervention de leur auteur : elles donnent à voir de soi ce qu’on ne voit pas soi-même directement — la face, les fesses —, comme le permettent les jeux de miroir. Et, même en temps décalé, elles montrent du présent, alors qu’un dessin ou une peinture peuvent montrer un souvenir.

On peut aussi rappeler que les psychanalystes parlent de pulsion scopique : selon Christian Metz, « le cinéma met en jeu les pulsions scopique et invocante : désirs de voir et d'entendre qui entretiennent le manque et la poursuite infinie de l’imaginaire » (Le signifiant imaginaire - Psychanalyse et cinéma).