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Il ne faut pas prendre Éric Chevillard au premier degré. L’explosion de la tortue en fait la démonstration. Vous croyez lire la banale histoire d’un retour de vacances, quand le narrateur crève « la carapace fine et sèche » de la tortue de Floride qu’il avait laissée dans son appartement. Vous vous attendez, puisque le ton même du narrateur vous le laisse penser, à ce que de cette entrée en matière (!) le récit vous emmène loin, jusqu’à la création du monde et à la responsabilité des humains sur son évolution actuelle. Mais vous ne prenez pas garde aux digressions (qui n’en sont peut-être pas) : ce qu’il advient du couple, du gardien de l’immeuble, de cet auteur oublié du XIXe siècle, d'un souvenir d'enfance. Par moments, vous vient peut-être l’idée d’une prouesse oulipienne, mais vous ne trouverez pas le nom d’Éric Chevillard dans la liste des oulipiens. Et puis, il faut bien l’avouer, certaines pages vont vous ennuyer. Pourtant vous vous accrochez, parfois pour un bon mot. Par exemple : « Bref, les doigts ont beau faire ce qu’ils peuvent pour boucher les trous, l’air trouve toujours le moyen de sortir du pipeau ». Et vous n’oserez pas dire, ayant lu jusqu’au bout, que la littérature ne sert à rien, ou plutôt que rien ne sert à la littérature. C’est le contraire : tout est littérature.

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