Cette revue annuelle de littérature et de réflexion initiée par Hubert Haddad s’engage à parler du monde d’une manière décentrée, nomade, investigatrice, loin d’un point de vue étroitement hexagonal, avec pour premier espace d’enjeu l’Afrique et la Méditerranée.

C’est autour du nom prestigieux d’Apulée – auteur berbère d’expression latine qui, avec l’Âne d’or ou les Métamorphoses, ouvrit au IIe siècle une extraordinaire brèche de liberté aux littératures de l’imaginaire – que se retrouvent ici écrivains et artistes venus d’horizons divers. Romanciers, nouvellistes, plasticiens, penseurs et poètes des cinq continents ont la part belle pour dire et illustrer cette idée de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.

C’est avec le numéro 2 de cette revue, paru en 2017, que nous aurons, cette année, notre rendez-vous mensuel.

Boualem Sansal

À quoi rêvent les hommes
ou
l’odyssée de l’imagination

(extrait)

marie-curie-scientifique

Imaginer n’est pas rêver, c’est une révolte, une transgression, une ambition, un acte responsable qui dépasse nos angoisses pour affronter ce qui les provoque. (…) L’histoire du rêve est une ruine ininterrompue qui a engendré des dictateurs par centaines et des victimes par millions, des gourous turpides et des illuminés en masse, l’histoire de l’imagination est une merveilleuse odyssée, elle est le fait d’hommes libres qui ont permis à l’humanité de grandir et d’aller de l’avant. Ils ont imaginé ce qui en leur temps était impensable, interdit, ils ont subi mille avanies mais ils n’ont pas reculé. (…) La lunette de Galilée, la cornue de Lavoisier, l’horloge d’Einstein sont les armes qui ont abattu le monde antique des dogmes et des fanatismes. (…) le rêve aide à oublier , il détourne l’attention, il apporte de petits soulagements bons à prendre, mais là où l’imagination arrive à émerger, le regard s’allume, le coeur s’emballe, l’esprit s’échauffe et commence alors l’irrésistible révolution.