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La vie brève de Gerta Pohorylle a laissé derrière elle des feux encore allumés. Serge Mestre raconte, dans une langue souvent riche, dont il assume de temps en temps la narration à la première personne, ses combats, ses désirs, ses convictions. De 1933 à 1937, quatre ans seulement, quitter l’Allemagne qui chasse les juifs, arriver à Paris, rencontrer celles et ceux que les nazis traquent jusqu’en Italie, aimer sans vouloir n’être que la femme d’un seul homme et garder parallèles des vies qui se sont un peu éloignées. Aimer et vouloir vivre intensément. Lutter. Apprendre la photographie : la mise au point, la prise de vue, le développement, le tirage. Choisir les pseudonymes de Robert Capa et Gerda Taro, couple qui ira en Espagne pour alerter les pays européens, trop timorés face au sort fait aux républicains espagnols par les franquistes soutenus, eux, par les nazis. Vouloir photographier une victoire quand elle voit surtout des morts. Et puis mourir elle-même à 27 ans sous la chenille d’un char républicain, son appareil enterré dans la terre du champ de bataille. Serge Mestre rend à la fois hommage aux combattants espagnols que son héroïne a soutenus jusqu’à en mourir et à cette jeune femme revendiquant sa place dans l’amour et dans la société. Et qu’on appose sa signature de photographe de guerre et non celle de Capa quand ce n’est pas lui l’auteur. Croiser dans ce livre André Kertész, Henri Cartier-Bresson, Louis Aragon, José Bergamin, Stephan Zweig, Abel Gance, Rafael Alberti, St Exupéry, et d’autres. Et voir, grâce aux mots de l’auteur, les photos, au moment même où elles s’impriment sur la pellicule, clic, ziiip.

Sans doute, Serge Mestre, enfant de républicains espagnols, aura fabriqué ce titre avec les lettres du prénom que s'était choisi la photographe (G, E, R, D, A) pour qui regarder était déjà témoigner, c'était agir au plus près.