9782081471757

On m’avait dit que le lecteur sortait crade d’un livre de Michel Houellebecq. Je m’en étais donc abstenu jusqu’alors. Jusqu’à la lecture du livre de Philippe Lançon, Le lambeau, où il rappelle un article écrit lors de la publication précédente de Michel Houellebecq, Soumission. Les mots de Philippe Lançon étaient différents de ceux que j’avais entendus. Quand est sorti Sérotonine, j’ai donc décidé de le lire.

Certes, le crade m’est tout de suite apparu, avec une pointe d’humour certes, mais crade quand même. Et puis, c’est la tristesse qui a dominé. Sérotonine est un livre triste, désespéré. Après avoir fait des tours et des tours sur les clichés à propos des femmes, de la société, des bourgeois, du théâtre subventionné, etc., tours qui donnent parfois l’impression de suivre des commentaires sur Facebook, voici l’arrivée d’un personnage. Comme le narrateur, il a fait ses études à « l’Agro », mais il est sorti de Danone et de la filière agro-industrielle pour devenir agriculteur, éleveur, et qui plus est, en respectant le cahier des charges « bio ». Héritier de la noblesse, il veut vivre de ses propres revenus mais les règles en vigueur l’en empêchent. Quand on est étudiant, dit alors le narrateur, on a tout l’espoir de l’avenir, et puis, ensuite, on va travailler et il ne reste rien à espérer. Même pas revivre le grand amour qu’on a pu connaître. Alors, si on prend les armes, ça n’est pas tant contre le monde social qui est « une machine à détruire l’amour » que contre soi-même.