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Envoyée sur la route pour fuir on devine quel danger et trouver du travail, coiffée et habillée en garçon, Grace va affronter la grande famine qui règne cet hiver 1845 en Irlande. Tout est sombre,  même les cours d’eau, la violence est partout. Il vaut mieux avoir un couteau sur soi. La faim tenaille les ventres, les esprits des vagabonds. Une allumette peut sauver du froid qui mord les membres, les corps. Ce n’est pas la place d’un enfant, la route, et pourtant ils y sont nombreux, vivant comme ils peuvent, mourant le plus souvent. On cherche un abri pour la nuit, une grange, une maison abandonnée, une pièce où l’on s’entasse à quarante, dont quelques cadavres… Qu’est-ce qui tient en vie Grace ? Ses dialogues incessants avec ses proches, son frère qui joue à lui poser des énigmes, absents ? Ces rencontres qui parfois la menacent (et elle sait se défendre), parfois la protègent ? La campagne peut-être. Mais la grande famine dure longtemps. Le gamin qu’elle était deviendra bientôt une jeune femme et elle devra faire face à cette nouvelle réalité. Jusqu’au jour où la ville ne la protègera plus, où elle devra fuir à nouveau, avec ses voix, entendant les corbeaux, ces « chiens du ciel » qui « craboient » et voyant les corps emportés par l’épidémie qu’on ramasse et qu’on verse dans des fosses communes. Grace n’en meurt pas mais où donc ont disparu les voix qui l’accompagnaient ?