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Il a, pendant plusieurs années, organisé des rencontres poétiques à Paris, y accueillant des jeunes poètes et d’autres dont les noms étaient déjà connus. C’est que, pour lui, la poésie n’est pas un exercice confidentiel à garder au secret. Bien au contraire, Nasser-Edine Boucheqif, depuis toujours, défend une idée du poète agissant dans le monde. On l’a vu au théâtre, auteur et metteur en scène. On l’a vu peintre. On l’a vu un peu partout, dans les pays arabes ou européens. Attentif aux autres, gardant vive sa révolte quand d’autres pactisent avec l’argent, le pouvoir, son premier geste de la soirée fut de laisser entendre un jeune slameur marocain, Hamza Khafif

Puis, plutôt que de lire lui-même les poèmes de son récent recueil, Échos d’Étreintes Sauvages, composés à la manière d’un journal du 1er janvier au 31 décembre, il en fait circuler le livre, chacun.e y lisant les mots correspondant à la date de son anniversaire. Ainsi, un peu à la manière de Hafez, lu parfois comme une poésie divinatoire, Nasser-Edine Boucheqif proposait aux participant.e.s de lire une sorte d’horoscope, et, surtout, dispersait, comme on le fait de graines semées, ses mots devenus les mots de chaque personne présente. Ainsi, pour moi, ce fut la lande, les haies, les étangs.

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Ensuite, le poète a fait entendre des extraits de son Ode pour la femme oubliée. Commençant comme le Cantique des cantiques, ce recueil ne se ferme pas dans l’intimité mais ouvre, au contraire, vers les autres, toujours les autres, les amis, l’insurrection, la lumière. Qu’on ne s’y trompe pas, les textes de La nuit ne nous contraignent pas à l’obscurité : « Vois-tu / on massacre nos rêves », mais le poète dresse des mots « à hauteur d’homme » et « sur les rives de l’éveil / il y a une jeunesse criblée d’espoir ». Cette vigilance permanente, cet engagement dans le monde telle est la géopoétique, la géopoéthique de Nasser-Edine Boucheqif.

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