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Après avoir vu Thyeste, de Sénèque, dans la mise en scène de Thomas Jolly, j’ai lu un petit livre de Pascal Quignard où celui-ci cite Plutarque : « Les peintures montent les actions comme sur le point de devenir, les récits les narrent comme étant devenues. » Car il s’agit bien de cela, d’une des fonctions du théâtre que de nous raconter ce que nous n’avons pas vu, ce que nul n’a pu voir. 

Dans ce livre, qui réunit quelques conférences, Pascal Quignard rappelle d’abord une idée qu’il avait présentée dans un autre livre consacré à Pompéi : Le sexe et l’effroi. Dans nos vies, « une image manque à la source. Personne d’entre nous n’a pu assister  à la scène sexuelle dont il résulte. (…) Une image manque à la fin. Car personne d’entre nous, vivant, n’assistera à sa mort. »

Et il poursuit en analysant quelques oeuvres de la peinture de la Grèce et de la Rome antiques : ces tableaux montrent des moments où l’action n’est pas encore réalisée, Médée n’a pas encore tué ses enfants, César n’a pas encore franchi le Rubicon. « Derrière l’image, il y a le désir, c’est le fantasme le jour, c’est le rêve la nuit, c’est l’oracle la veille. »

Le sacrifice que pratique Atrée dans la pièce de Sénèque n’existe que lorsque et parce que la messagère vient en faire le récit terrible, douloureux. Il nous faut des témoins.