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Un quartier en démolition en bordure de Londres. Au dernier étage d’un immeuble squatté par des gens qui ne semblent y habiter que pour faire le décor, vit un peintre, installé là sous un pseudonyme, comme si sa véritable identité était restée à Paris. Paris où vient de mourir son meilleur ami. Un suicide. La mort hante ce livre. Il faudrait s’en méfier dès qu’on ouvre la première page : le tunnel qu’il faut franchir pour atteindre l’immeuble, le policier qui interrogera bientôt les habitants à propos d’un meurtre qui y a été commis. Une jeune femme assassinée. Dans cette ambiance glauque, le peintre revient des funérailles de son ami quand deux évènements vont se produire : une jeune femme qu’il trouve un soir couchée presque sans vie devant sa porte et une exposition de ses oeuvres à New-York. 

En lisant ce livre, plusieurs autres oeuvres me sont revenues à l’esprit sans que l’on puisse en attribuer l’intention à l’auteur : le livre de Christopher Moore, Sacré Bleu, parce qu’il est construit sur une intrigue policière et se déroule dans un milieu de peintres mais rien de plus ; l’autre oeuvre est un film (Une pure formalité) dont le scénario a été écrit par Pascal Quignard, où le personnage principal (interprété par Gérard Depardieu) doit répondre de ses actes devant un inspecteur (interprété par Roman Polanski).

Le policier enquêteur, ici, a un comportement assez proche de cet inspecteur. Il ne semble pas chercher un coupable puisque tous le sont, y compris lui-même. Il semble seulement vouloir protéger la réalité, dont la mort fait partie. Tandis que l’artiste, qui a fui la scène parisienne en même temps qu’il a abandonné la peinture figurative, est obsédé par sa quête de la couleur pure, presque translucide. La jeune femme qui vient troubler cette quête en lui demandant de réaliser son portrait occupera désormais tout son être, sa pensée, son désir. 

Le livre même mène un combat contre et avec la mort, lutte puissante, érotique, désespérée, dont la folie est annoncée par l’exergue, que Hubert Haddad emprunte à René Daumal : « Le Mystère est réversible : crains la folie. »