Kouv

Dix-sept ans de prison pour des vols, ça fait de Hafed Benotman plus qu’un témoin de la vie carcérale en France, un acteur clé du combat contre une justice inégale selon que vous êtes braqueur de banque ou que vous vous appelez Maurice Papon, et contre la prison qui était pour lui « un territoire social et un espace de rencontres ». Le livre publié par ses amis de « L’envolée » — un journal et une émission de radio — réunit en vingt-six chapitres des textes où il dit ses combats, ses refus, son attention aux autres : le prisonnier en fauteuil roulant qu’on sort de sa cellule au moment de la promenade et qu’on laisse là, dans le couloir, un « gosse de treize ans entre quatre murs », des pauvres parce qu’on « a criminalisé la pauvreté »… Il analyse la question de la récidive comme un effet de la prison. Il évoque l’islamisation, quand elle était souhaitée par l’administration pénitentiaire : « J’ai rencontré Dieu en prison. - Que faisait-il là ? - Oh il y était pour escroquerie… ». Ailleurs, il écrit : « Je crois en Spartacus et en tous les faux-monnayeurs ». 

C’est une parole libre. Il ne demande pas l’approbation de ceux qui le lisent, il accepte la contradiction, mais ses mots sont puissants : « Je ne peux pas me considérer comme une victime sociale. Le mot « délinquant » porte en lui l’idée d’une victimisation, celui de voleur un peu plus de révolte et de choix ». Il refuse tout enfermement qui, selon lui, est bien pire à l’extérieur que dans une prison : « La vraie prison est à l’extérieur. La misère sociale nous enferme »

Hafed Benotman a écrit des romans (la plupart édités par Rivages/Noir), des nouvelles, pièces de théâtre, scénarios. Il a aussi été acteur au théâtre et au cinéma. Ces activités l’ont amené à rencontrer des publics un peu partout en France ; c’est d’ailleurs en se rendant à une de ces rencontres qu’une ultime crise cardiaque l’a fait chuter à la gare Montparnasse, en 2015.