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De ce spectacle, Joris Lacoste, qui le co-signe avec Emmanuelle Lafon, dit : « On pourrait avancer que c’est du théâtre politique, dans la mesure où il nous fait entendre non seulement comment nous parlons, mais surtout comment on nous parle, comment on tente de nous influencer, que ce soit à la maison, à l’école, à la télévision, dans la publicité ou le cinéma. »

C’est, d’abord pour nous, spectateurs, la formidable performance d’une comédienne, Armelle Dousset, prêtant sa voix à toutes ces petites phrases qui nous environnent sans que nous y prenions garde : celles des films, des dessins animés, des jeux vidéos, des annonces de la SNCF, des slogans politiques, entendues sur Youtube, règles du jeu, match de foot, et « coupez-leur la tête ! », etc. Tant de mots qu’on pense peut-être n’entendre qu’à la dérobée, dont on se dit a priori qu’ils ne font que passer par une oreille et sortir par l’autre, mais que nous reconnaissons immédiatement dans l’élocution modulée de l’actrice, parce qu’ils font partie de notre environnement sonore. L’espace qu’Armelle Dousset investit se remplit de ces mots, la salle s’en remplit, en déborde. 

Je pense alors à ces techniques dénoncées il y a plus de 40 ans dans un livre intitulé Les géants, signé Le Clézio, où, dans une ville-supermarché nommée Hyperpolis, derrière la musique d’ambiance diffusée en permanence, des messages subliminaux et ciblés donnent des ordres : acheter ceci ou cela, faire telle action, y compris celle de saboter le système. « Réveillez-vous, écrit alors Le Clézio, pour regarder ceux qui vous regardent. »

Photo © Martin Argyroglo

J'ai vu ce spectacle au !POC! d'Alfortville (94) dans le cadre du Focus Effervescence.