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L’incipit donne le ton : « Montre-lui, Mouloud ». L’usine est un lieu où on donne des ordres, où on adapte les corps aux besoins de la production. Ici, c’est la chaîne des 2CV de Citroën, années 1970. Robert Linhart s’est fait embaucher pour découvrir la condition ouvrière et, sans doute aussi, pour lui donner une conscience de classe. C’est un « établi ». Un de ceux qui ont choisi de quitter leur confort intellectuel pour se confronter à un réel qu’ils ne soupçonnaient pas. Ils avaient construit leur pensée, ils avaient à voir par eux-mêmes. Ils pensaient être une avant-garde, ils allaient mesurer la conscience politique et le sens de l’organisation des travailleurs exploités. Ils allaient également mesurer le poids de la hiérarchie, d’une part, la camaraderie entre ouvriers, quelles qu’en soient les origines, d’autre part, et estimer le bien-fondé de leur démarche. Robert Linhart n’oublie pas qu’il peut à tout moment quitter l’usine où il est venu par choix quand d’autres y sont par nécessité.

Guillaume Gilliet a fait une lecture du livre dans la librairie d’Alfortville (94) qui porte ce nom « L’établi ». Il en a choisi principalement deux temps : le premier racontant la difficile adaptation de Robert Linhart à un poste dans la chaîne, l’injustice comme règle, le second évoquant d’une part la mesquinerie patronale quand la direction de Citroën a tenté de récupérer, quelques mois après, les heures de grève de mai 1968 et d’autre part la stratégie que les ouvriers ont mise en place pour lutter contre cela.

Le comédien avait choisi de lire, la plupart du temps, assis devant l’établi, meuble portant les traces du travail et la mémoire de l’atelier, et autour duquel, ce soir-là, étaient réunis le public venu écouter et découvrir ce texte, l’équipe du Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine qui en avait proposé la lecture, et celle de la librairie qui l’accueillait.

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