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Une voix, deux voix. Pedro Vianna et Eric Meyleuc lisent les poèmes de Pedro. Toute une vie, ou presque, une vie de poésie. Pedro dit y être arrivé par hasard. Ne s’est pas dit un jour « je vais écrire des poèmes » (il écrivait alors des pièces de théâtre) mais a écouté quand quelqu’un lui a dit « tu devrais publier tes poèmes ». Quels poèmes ? Et c’est ainsi que ça a commencé, en 1975, et ça n’a plus arrêté. 

Ce soir-là, il nous a proposé de visiter son écriture, depuis son premier poème jusqu’à un inédit.

j’aime les choses simples
un croissant
au beurre
acheté
au boulanger du coin

Voilà pour les choses simples. Et c’est vrai que ses poèmes sont meublés de ces choses simples. C’est une poésie de la vie quotidienne, des rues, du métro, du travail. Il parle aussi des hommes, des ouvriers, de ceux qui se battent pour leurs droits, pour la liberté, pour la dignité. 

un poème
est un instant d’évidence
qui s’échappe de son créateur

Écrire, évidemment, le met au contact des mots, il les questionne, il les écoute, il en habille ses peines et ses bonheurs. Il en joue aussi parfois.
Né au Brésil, ayant vécu au Chili, il écrit ses poèmes en français sans jamais oublier que le monde est le monde

Il est trois heures
à Paris.
Comme il le fut à Moscou.
Comme il le sera à Rio.

Et le monde, c’est les uns, les unes et les autres, les proches et les lointains, celles et ceux qui se réjouissent et celles et ceux qui souffrent. Et toi, et elle et lui, elles et eux.

souvent mais pas toujours

quand j’écris je
c’est d’un autre que je parle
peut-être de toi peut-être d’autrui 

quand j’écris tu c’est sûr
ce n’est pas à toi que je m’adresse
c’est peut-être à moi peut-être à quelqu’un d’autre 

quand j’écris vous sans aucun doute
je m’adresse à d’autres
peut-être à tous sauf cependant à toi et moi

quand j’écris ils
c’est encore d’autres que je vise
mais ces autres bien précis
dont nous et tant d’autres sommes toujours exclus 

quand j’écris il
alors là rien de plus clair
c’est presque toujours de moi qu’il s’agit 

quand j’écris on
c’est mauvais signe
car on on le sait
ce n’est pas bon 

et quand j’écris nous
le doute n’est pas permis
c’est bien de nous qu’il est question 

toute la question étant
de savoir
qui j’inclus dans ce nous

Tous les poèmes de Pedro Vianna sont à lire sur son site, gratuitement, en suivant ce lien.