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Thomas conçoit des matériels électroniques qui offrent, dit-il, « à chacun la possibilité de s’auto-évaluer, de prouver ses compétences en temps réel »… Jean, son frère, berger à la tête d’un troupeau de 180 bêtes dit qu’il « conçoit des mouchards portables ». Quand Thomas propose à Jean d’équiper ses bêtes de puces qui permettraient de suivre chaque animal sur des écrans, Jean lui rétorque (p. 361-362 de l'édition Folio) :

« Vous êtes en train de nous chasser du monde. On ne foule plus le sol, on se déplace dans des écrans. À qui ça profite ? C’est quoi le mobile ? Contrôler le bétail, les semences, contrôler les bergers, les éleveurs, que tout soit reversé dans la transparence électrique de vos fichiers-prisons, vous nous déliez de tout lien, vous nous isolez, vous nous séparez, vous nous séparez même de nos bêtes, vous nous organisez en échanges et en dialogues numériques de données. Vous voulez nous consigner massivement, planétairement dans un isolement pire que celui des premiers humains sur la terre, privés de technique et de langage, c’est votre apocalypse !  Elle est silencieuse et personnellement dédiée, que chacun soit seul et demeure désespéré dans sa réclusion numérique, perdu dans un monde où les liens entre tous les vivants, humains et animaux, ne transiteront plus que par des flux électroniques organisés, formatés, mis à jour depuis le cloud computing qui décidera des admissions et des exclusions, des rachats et des absolutions. Ah j’oubliais, vous allez foutre des marqueurs sur tout principe vivant, sur chaque graine, chaque semence animale ou végétale, qu’on ne puisse plus réensemencer d’une année sur l’autre sans votre autorisation grassement rétribuée (…)
Sachez seulement qu’on se laissera pas faire, qu’on saura inventer des liens imprévisibles, inaliénables, c’est le propre de l’humain : faire lien, tisser des histoires… »

J'ai trouvé le dessin de Samson, ci-dessus, dans une entreprise au moment où je lisais le livre de Luc Lang. Le rapprochement s'est fait spontanément.