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Cette année va voir sans doute une grande production éditoriale autour de mai 1968, « dans un pays qui est si friand en commémorations ». Le petit livre de Jean-Christophe Bailly en fait donc partie, « en l’ayant quand même esquivée ».

Ce n’est pas tout-à-fait un récit historique, une analyse des « évènements », un retour critique, un coup de projecteur sur un demi-siècle d’histoire de France (voire du monde). C’est plutôt une tentative autobiographique, écrite en 2004 en même temps que d’autres textes, et que l’auteur avait mise de côté, pensant peut-être la poursuivre. Mais elle s’est détachée pour rester en l’état, s’arrêtant après la « nuit des barricades », traversant cependant l’histoire d’une génération qui pensait peut-être en finir avec les générations précédentes mais qui ne savait pas qu’elle le faisait avec des pensées du monde ancien, et parfois même « une topologie quasi médiévale venant au secours d’une insurrection de la fin du XXe siècle ». Disant cela, Jean-Christophe Bailly ne renie rien de ce qu’il fit, de ce qu’il fut : militant contre la guerre du Vietnam, engagé avec une sorte de ferveur et parfois seulement passager d’un mouvement dont il avait vu la naissance à la faculté de Nanterre. La gare qui desservait cette Université n’existe plus. Et, sans nostalgie, l’auteur cite dans ces quelques pages beaucoup de choses, de lieux qui ont disparu : le téléphone parisien (trois lettres, quatre chiffres), la 2 CV, les usines de Billancourt… Il dit les sources de son propre engagement : par la fréquentation des oeuvres d’art, des livres, et bien sûr le hasard des rencontres. Il évoque aussi sa réticence à certains des slogans de l’époque, comme celui-ci : « Jouissez sans entrave ». On retient également de cet ouvrage qu’il parle d’amitié.