Unknown

Ça commence à la ducasse, la fête foraine du Nord, celle où tu vas enfant avec tes parents, celle où, ado, tu retrouves tes copains, et où, plus tard, tu espères rencontrer, rencontrer… l’amour ? Perdre la tête. À la ducasse, les portes s’ouvrent. Celles de l’enfance, celles de l’abattoir où travaillent les parents. Son père qui appelle sa mère « ma poule ». Comment ça meurt une poule ? Et deux mille poules ? Comme une biche dont la tête est accrochée au mur du salon ? Et sa mère dit que l’amour donne des ailes et aussi que rien ne sert de voler. Restent les bons usages, la Princesse de Clèves, « pleine de grâces et de charmes, un exemple de vertu », comme la vierge sous le globe. La ducasse, celle de Courrières, où des mineurs sont morts sous terre, celle de l’enfance qui fait tourner la tête. Où naît le désir de sortir de l’enfance.

C'est le deuxième texte du recueil de Bernadette Gruson.
(photo Sébastien Pouilly vue sur le site de la Compagnie Zaoum)