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Manet a peint une scène dans un café en 1878. On ne sait pourquoi, il a coupé ce tableau en deux parties qui sont actuellement conservées dans deux pays différents. Elles étaient réunies en 2005 dans une exposition où Pierre Michon les a vues. Il a écrit, à leur propos, « Tablée ».

Et c’est une table démocratique qu’il y voit, une chaise étant vide vers la gauche du tableau, celle du roi. Et ce sera peut-être le spectateur qui y sera invité. Démocratique par plusieurs signes : en premier lieu les chapeaux, leur diversité ; puis la place qu’occupe celui qu’il nomme le Prolétaire, un espace plus important que celui du couple assis en face de lui ; l’attitude de la jeune fille en bout de table, sans chapeau et de profil... La table en peinture évoque toujours à son avis celle de la Cène, comme pour Maryline Desbiolles également, mais, contrairement à elle, il ne voit pas ce qui se passe sous la table, même s’il constate que certains personnages n’ont pas de main apparente. Ce qui se joue ici, c’est la promiscuité d’une salle commune où il s’agit de trouver une place, où chaque personne est proche de chaque personne, et non un espace intime, comme celui dont parle René Char dans un poème intitulé « L’amoureuse en secret ».

J’avais présenté ici deux autres tableaux de la même époque, intitulés « La lecture », et peints en 1870 et en 1877, et que Jan Baetens avait rapprochés, sans penser que, plus tard, je reviendrais à cette période par deux toiles d’un autre peintre, datées de 1878, toiles qui n’en furent qu’une et sont aujourd’hui séparées.

Manet,_Edouard_-_At_the_Café,_1878   cafe