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Une lecture-concert du livre de Lola Lafon présenté ici était proposée à la Maison de la Poésie, à Paris. Les choix qu’a faits l’auteure ont orienté mon regard un peu différemment de ma lecture initiale. Elle s’est attachée à lire toute la première partie, ou presque, puis les dernières pages du livre. C’était donc assez résolument autour de Patricia Hearst que nous étions tournés. Bien sûr dans les derniers pages du livre, il est question des femmes enlevées par des Natifs aux États-Unis au XVIIe et XVIIIe siècles et qui ont choisi de rester avec leurs ravisseurs. Ça pourrait être vos filles, vos soeurs, vos voisines, dit-elle à la fin.

Le décor est fait de feuilles d’arbres, d’images projetées de troncs landais (puisque la rencontre de Gene Neveva et de Violaine a lieu dans les Landes) ou du visage de Patricia Hearst apparaissant dans les feuillages.

Elle chante des chansons dont je retiens les suivantes : 

Suzanne, dans la traduction de Greame Allright, où il est dit « Tu veux rester à ses côtés »

Sur le pont du Nord, une comptine qui interdit à une fille d’aller danser et qui s’achève sur ces mots : « Voilà le sort des enfants obstinés », frère et soeur étant morts pour avoir désobéi à leurs parents

Une vie de voleuse, chanson présente dans l’album présenté ici, où elle revendique « Une vie d’arbre évadé de toutes les forêts », et affirme « Une vie, si tu veux en avoir une, vole-la ».

Ainsi, le texte lu ce soir reprenait les préoccupations de Lola Lafon, développées de livre en livre, de chanson en chanson : 

Gene Neveva, Violaine, deux femmes qu’on pourrait dire « à moitié folles », au bord de la mer qui répond « que depuis toujours tu l’aimes ». 

« Le sort des enfants obstinés » me rappelle les Énervés de Jumièges que les deux filles qui traversent la France dans Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce décrivent : les fils d’un roi dont les parents, pour les punir d’avoir osé se révolter contre leur père, ont brûlé les tendons pour les empêcher définitivement de bouger.

Une vie de voleuse, c’est aussi cette volonté qui anime Lola Lafon de réaliser sa propre existence et quand, pour conclure cette soirée, elle chante trois couplets de la chanson de Georges Moustaki Il est trop tard, c’est pour dire qu’en chantant, qu’en rêvant, en aimant, « il est encore temps » d’agir, d’être soi-même, d'avoir « le courage des oiseaux qui chantent dans le vent glacé », pour reprendre la chanson de Dominique A qui annonce, au début de la lecture « que cette histoire finit mal ».

Lola Lafon: lecture, chant — Olivier Lambert: guitare, machines — Julien Rieu de Pey: basse, guitare — Apolline Raï: chœurs — Jonas Mordzinski: chœurs — Abel Zamora: chœurs
Mise en scène: Chloé Dabert — Lumières: Marianne Pelcerf — Son: Raphaël Allain