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La première visite que j’ai faite à l’exposition de Morgane Tschiember s’est déroulée le soir et j’y voyais des ombres traversant la lumière des bougies. 

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Je suis revenu un autre jour, en début d’après-midi, et la clarté qui s’est imposée à moi laissait apparaître les peaux des choses : mues de serpent, rugosité des parpaings, ondulations de la moquette, creux et bosses des céramiques couchées comme des coquillages, ou verticale comme un dos, carton et béton associés transperçant sol et plafond, épaisseur de la mousse, onctuosité de la bougie fondue, pages glacées aux couleurs d’un coucher de soleil. Et j’ai déplacé les pièces de métal ressemblant aux feuilles du livre, ayant pris soin d’enfiler les gants qui m’étaient proposés, comme lorsqu’on feuillette des livres d’artistes.  Et, dans la pièce rose, où est installé l’accueil du Centre d’art, j’ai constaté que le revêtement du mur était un voile, une sorte de muqueuse. Et c’était comme si j’étais invité à toucher ces peaux, à en reconnaître la différence avec la mienne, à y percevoir ma propre existence. 

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J’ai refait le chemin depuis la pièce aux bougies jusqu’à la grande salle. J’ai franchi l’horizon, découvert la verticalité, et vu tourner le cercle du miroir reflétant dans son mouvement suspendu la flamme qui tombe goutte à goutte puis la porte ouverte vers le dehors. Naissance qu’en me retournant vers le mur que je viens de dépasser me signifient deux vers de Rainer Maria Rilke, titre de cette exposition : « Il m’a suffi de naître / pour te perdre un peu moins ». C’est à ce dialogue entre « moi » et « toi » que nous invite ce portrait intérieur.

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