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Il faut bien un ou deux sas pour atteindre cette exposition virtuelle, au coeur de la Bibliothèque nationale de France. Nous sommes quelques-uns, à l’heure prévue, prêts à entrer dans une première salle, très grande, où l’on peut voir des maquettes de bibliothèques, des ex-libris, des tableaux, une des prisons de Piranese sans doute plus pour évoquer le volume de l’architecture que l’enfermement, encore que certains rêvent de s’y laisser prendre. D’ailleurs, une fois passée la porte suivante, c’est peut-être ce qui nous arrive : nous entrons dans la bibliothèque d’Alberto Manguel, approchant soudain, dans la pénombre et le chant de la pluie, des secrets, des mots, des images comme si nous étions entrés dans la Tour de Babel. Une allitération va me faire glisser de Babel à bible puis biblio- puis… une étagère tourne sur elle-même comme dans certains récits mystérieux de mon enfance et nous entrons dans la forêt. Des arbres, des tables où sont posées des lampes, des chaises qui peuvent pivoter. Il suffit de mettre le masque et les écouteurs. J’y suis. À présent seul. J’oublie celles et ceux qui sont entrés avec moi dans ce bois (Umberto Eco a intitulé un de ses livres Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs : je suis ailleurs). Dix bibliothèques mythiques que je ne visiterai sans doute jamais m’accueillent. C’est vertigineux. On nous a interdit de nous lever. Je reste assis. Des moines viennent consulter un livre, des fantômes errent parmi les rayonnages, une touriste prend des photos du temple Hase-dera, un violoncelliste joue dans l'escalier de la bibliothèque de Sarajevo, le feu détruit celle d’Alexandrie. Quand je retire le masque et les écouteurs après ce tour du monde, je ne sais plus de quel côté aller : j’étais prévenu, j’aurais aimé rester parmi ces livres et, cette fois, les toucher, les ouvrir, les sentir, les lire.

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C. Matton

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Piranese

Cette exposition à la BNF a pris fin le 13 août 2017.