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Les oeuvres de Jean-Pierre Vielfaure exigent une fréquentation longue : non seulement les mots y sont des chemins, mais encore les couleurs même indiquent le pas, la marche, le voyage. Nul ne peut prétendre connaître l’étendue des paysages arpentés par l’artiste, présent, en 1985, dans une exposition intitulée Les arpenteurs de l’utopie (Gilbert Lascault, Francis Limérat, Jean-Pierre Vielfaure) où se côtoyaient des cartes, des plans, des objets. Dans les dessins de Jean-Pierre, il y a des flèches, des indications de parcours, des jeux de pistes. De ses toiles, parfois très grandes, pendent des galets, comme sortis de la peinture, galets qui me donnaient l’impression d’assurer la verticalité, de témoigner de l’artiste debout dans le geste de peindre. Rien n’est dû au hasard ici, et pourtant tout peut arriver. Quand on entrait dans l’atelier de Jean-Pierre Vielfaure, on avait le sentiment que la peinture était toujours en cours de réalisation, qu’elle était toujours à l’oeuvre, et qu’elle naissait progressivement d’un lent et long travail de maturation. Il y a des dessins qui semblent être des empreintes relevées le long des plages ou sur des rochers. Et des peintures de formats différents qui, approchées les unes des autres, présentent des territoires. Ce n’est pas seulement parce que les expositions portent des titres révélateurs (Quand la banquise devient opéra, Fragments d’itinéraires, Journal new-yorkais, Codex Bevern) mais parce qu’on peut y suivre une couleur, d’un tableau à un autre, qu’elle évoque la splendeur, le souvenir, l’hommage, parfois la nostalgie, toujours la vie, même dans l’archéologie de l’imaginaire où Jean-Pierre était dans son élément. L’imaginaire n’était pas pour lui un moyen d’évasion de la réalité ; c’était la réalité toute entière. Sa peinture nous invite à aller le plus loin et le plus profond possible dans cette réalité, dans notre propre conscience. Il s’est intéressé au chamanisme, à la relation entre les êtres, humains, végétaux, animaux, trouvant dans ce travail sur lui-même des passages étonnants traversant les mondes, les espaces, les temps. Et ce sont ses couleurs qui témoignent le mieux de ces interactions : j’aime tel rouge qui sonne en moi comme une musique, tel jaune prenant la main de Van Gogh, tel bleu me donnant à entendre les mouvements des marées et leur rythme lié aux astres, étoiles et planètes. Tout lui est Odyssée. Tout lui est Opéra. Triangles, pyramides, ouvrages du temps forment l’image d’une sphère blanche, lune de glace roulant sur l’horizon, le ciel devenu lac, mer, océan, ayant englouti l’enfance et faisant résonner longtemps encore le chant des sirènes.

jpv

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