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Abracadabra, formule magique intraduisible, nous introduit à la poésie de Bruno Gonzalvi, hétéronyme de Bernardo Schiavetta, dont nous retiendrons son goût pour la forme, et plus particulièrement ce soir-là, celle du miroir. Evidemment, nous ne sommes pas loin de la contrainte oulipienne et de cette règle : « un texte écrit suivant une contrainte parle de cette contrainte ». Mais ce qui est étonnant et captive l’auditoire, c’est l’apparition, à partir des formes même et des mots qu’elles utilisent, d’un personnage, non pas un double de l’auteur, mais bien un personnage auquel l’auteur va construire peu à peu une biographie. Les textes présentés sont le résultat de ce travail sur la forme nourri de la grande érudition de ce Bruno Gonzalvi. La biographie de l’hétéronyme Bruno Gonzalvi traverse le XXe siècle, les mouvements littéraires (Dada, le surréalisme…), en particulier ceux de l’Europe (il cite Paul Valéry parmi les auteurs français). Mais il prend aussi sa matière dans des textes plus anciens : Shakespeare, Dante, etc.

Nous avons donc devant nous Bernardo Schiavetta, qui, d’une certaine manière, fait taire son « moi » pour faire émerger un « moi » plus profond traversé par les mots d’autres auteurs, porté par des rythmes accueillants et, dans l’histoire qu’il nous raconte ce soir, une langue qui n’est pas sa langue maternelle. Les procédés révélés ici d’écriture en miroir témoignent de cette démarche. Dans le dialogue qui s’installe avec les auditeurs, Bernardo Schiavetta, par ailleurs psychiatre, réfute toute idée de schizophrénie, parle plutôt de fictionnalisation et fait référence à Jung.

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La poésie n’est pas seulement l’expression d’un sens, de sensations, de sentiments qu’un poète s’évertuerait à mettre sur papier. L’Encyclopédie Larousse, à l’article Poésie, indique : L'étymologie du mot « poésie » est déjà une interprétation du fait poétique : poiêsis pour les Grecs signifie « création », du verbe poiein (« faire », « créer »). Le poète, qui s'est appelé d'abord l'« aède », le chanteur, est considéré comme le créateur, l'artiste par excellence, car il invente en même temps le langage, avec ses figures et son rythme, et l'objet du langage, que doit conserver l'architecture du poème.