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Alice passe de l’autre côté du miroir, comme si un autre monde existait quand on franchit ce seuil. Pierre Bonnard a peint des autoportraits dans le miroir d’une salle de bains, vers la fin de sa vie. Qu’est-ce qui apparaît quand on se regarde dans ces vitres de formes diverses ? Qu’est-ce qui réfléchit ? Une image de soi ? Un souvenir, comme un cinéaste dont j’ai oublié le nom voit y apparaître le visage de son père ? Soi-même comme un autre (pour reprendre un titre de Paul Ricoeur) ? Bernadette Gruson propose un dispositif où, du fond du miroir (qu’il soit mural, que ce soit celui d’une coiffeuse ou d’autre meuble intime), apparaît une oeuvre d’art, peinture ou sculpture, représentant un nu, masculin ou féminin. Dans le casque qui m’isole un instant face à ce miroir, des voix parlent du corps que je vois. Mon regard va suivre sur le corps devant moi les mots que j’entends. Ce ne sont pas des propos de spécialistes, mais des réactions de femmes et d’hommes découvrant les corps représentés. Elles disent, ces voix, le plaisir, l’étonnement, le désir, l’amusement. Elles suivent chaque détail de ces corps exposés comme si les modèles exprimaient leur intention propre alors qu’ils portent celle des artistes qui les ont mis en scène. Un dialogue surprenant et agréable s’instaure de cette façon entre plus que deux personnes, cette nymphe devant une grotte et le spectateur, ce colosse endormi et celle qui passe devant lui. La relation, par ce jeu de miroirs qui démultiplie les images (certaines oeuvres incluant elles-mêmes des surfaces réfléchissantes), ouvre l’espace et permet aux imaginaires d’entrer de l’autre côté du miroir, d’y rencontrer l’émotion de celui-ci, l’agacement de cette autre, le rire d’une troisième. Je suis assis avec ce jeune homme sur un rocher, je viens prendre part au déjeuner sur l’herbe… Et ces corps intouchés deviennent un peu le mien, et me touchent. 

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J'ai vu cette installation au !POC! d'Alfortville (94) où elle est visible jusqu'au 26 juin 2017.